Octobre 2026,
Je le dis sans tergiverser, j’ai beaucoup aimé ce livre. Sa quatrième de couverture m’avait convaincu de le lire. Le texte qui y figure avait réussi son effet de teaser, d’aguiche. Des mots avaient attiré mon attention, éveillé ma curiosité, suscité mon envie. Il était question, à Moscou, d’une jeune fille française interpellant son grand-père russe sur le passé, se heurtant à des secrets, découvrant des vies brisées par le Goulag. En fond de plan, la peur de parler chez soi trop près de la porte d’entrée, la peur de parler à voix haute… la peur, qui se transmet d’une génération à l’autre…
La narratrice et personnage principal de À voix haute ressemble beaucoup à son autrice, une jeune écrivaine, traductrice et comédienne de nationalité française : Polina Panassenko est née à Moscou en 1989 et réside en France depuis l’âge de quatre ans.
Le roman commence en douceur, par le récit d’anecdotes originales, plutôt cocasses, datant de la prime adolescence de la narratrice. Dans son environnement de collégienne, elle avait dû gérer la complexité à revendiquer deux patries. Elle exprimait aussi sa vocation précoce de comédienne et son ambition d’intégrer un jour l’école du prestigieux Théâtre National Russe. Sept ans plus tard, après s’être préparée avec détermination, elle passe avec succès l’examen d’admission au théâtre de ses rêves.
Je me trouvais loin de ce que j’attendais du livre, mais Polina dispose d’un vrai talent de narration, d’un certain sens de l’autodérision et d’une plume précise, délicate, originale, qui m’ont séduit.
De léger, le ton du livre va insensiblement devenir pesant à partir du début des cours au Théâtre National. La jeune femme s’installe chez son grand-père, dans un appartement communautaire où elle avait vécu avec ses parents avant de venir en France, et où elle avait souvent séjourné en vacances. Elle découvre les réticences de son grand-père à commenter à voix haute le climat politique mouvementé de Moscou et à s’ouvrir avec franchise sur des aspects du passé familial. Une question la tarabuste notamment : pourquoi le grand-père de son grand-père est-il mort à 7 500 kilomètres de chez lui ?
La narratrice se lance alors dans une longue phase d’enquêtes documentaires, téléphonant, écrivant inlassablement à des institutions administratives peu habituées à ouvrir leurs archives aux citoyens. Elle s’avoue en même temps déçue par l’atmosphère régnant au Théâtre National, où les professeurs, imbus de leur statut, font preuve d’un autoritarisme opaque pour orienter l’apprentissage de leurs élèves. La transparence ne fait vraiment pas partie des pratiques locales, semble-t-elle conclure.
Début d’une seconde phase d’enquêtes, sur le terrain, qui l’emmène loin, loin, jusqu’à l’extrême orient du pays, un trajet si long qu’il implique plusieurs semaines de voyage en train. Elle visitera les vestiges d’anciens camps de concentration et finira par reconstituer le parcours terrible de son arrière-arrière-grand-père dans les années 1937 - 1938. Une époque où, après la création des kolkhozes, Staline avait décidé d’exterminer les petits propriétaires agricoles déchus, les koulaks, désignés comme ennemis de l’Union soviétique.
De ce régime totalitaire jamais vraiment amendé, subsiste aujourd’hui le réflexe du silence, la peur muette des écoutes, des indics, des dénonciations. Dans les familles, de génération en génération, on se transmet la mémoire des arrestations inexpliquées de braves gens, que leurs proches n’ont jamais revus et dont on ne sait pas comment ils sont morts.
La lecture du roman est fluide, agréable et instructive. Les crimes du régime soviétique sont connus, mais je n’imaginais pas qu’il ait pu exister, dans l’Extrême-Orient russe, un musée du Goulag, malheureusement fermé récemment. J’ai aussi appris que Staline avait voulu y réserver un territoire d’accueil pour les Juifs d’Union soviétique. L’idée avait fait long feu.
À voix haute a été récompensé par le prix littéraire du Monde. Le livre a fait partie des premières listes de candidats pour le prix Femina.
FACILE oooo J’AI AIME BEAUCOUP
/image%2F1426270%2F20230713%2Fob_43d236_img-0417.jpeg)
/image%2F1426270%2F20261006%2Fob_eaf2f5_cvt-les-papiers-de-jeffrey-aspern-2645.jpg)
/image%2F1426270%2F20261006%2Fob_d4c9bc_cvt-ethan-frome-4677.jpg)
/image%2F1426270%2F20260922%2Fob_8119e4_cvt-le-fabuleux-piano-7120.jpg)
/image%2F1426270%2F20260922%2Fob_fd7c24_51ont3l6xcl-sx95.jpg)
/image%2F1426270%2F20260906%2Fob_9504d6_img-0617.jpeg)
/image%2F1426270%2F20260906%2Fob_cb6aaf_41bt4h-0mql-sl160.jpg)
/image%2F1426270%2F20260815%2Fob_bf790a_cvt-le-temps-des-betes-feroces-6670.jpg)
/image%2F1426270%2F20260815%2Fob_58cdb3_cvt-une-unique-lueur-1030.jpg)