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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Envoyée spéciale, de Jean Echenoz

Publié le 22 Mai 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Mai 2026, 

Au premier regard, Envoyée spéciale se présente comme un roman d’espionnage. Au QG des services secrets français, relégué dans un petit bureau dont l’équipement minable et désuet prête à sourire, un général proche de la retraite a concocté l’opération de renseignement qui, espère-t-il, couronnera sa carrière. Il en dévoile les prémices à l’agent chargé de la mener à bien. Il s’agira de recruter un élément féminin séduisant et de l’envoyer en mission très spéciale dans un pays mystérieux à l’autre bout du monde. Elle devra au préalable être soumise à une préparation particulière, à l’isolement, et s’il le faut, à l’insu de son plein gré. (Je n’ai toujours pas bien compris pourquoi, mais dans le contexte, ça n’a pas d’importance.) Toujours est-il qu’une jolie jeune femme prénommée Constance sera effectivement enlevée dans les beaux quartiers de Paris, séquestrée au fin fond de la Creuse pendant plusieurs semaines, avant de prendre l’avion pour Pyongyang. Les moments mouvementés qu’elle traversera n’ébranleront en rien la… constance de sa sérénité.

Les péripéties sont plutôt loufoques, leurs narrations alternent avec des digressions souvent plaisantes, déclenchées par des associations d’idées. Tu comprendras vite, lectrice, lecteur, qu’Envoyée spéciale est en fait un pastiche de roman d’espionnage, mettant en scène des barbouzes pas vraiment conscients de l’absurdité des tâches qui leur sont dévolues.

Auteur atypique de nombreux romans appréciés dans les cénacles littéraires, Jean Echenoz considère que l’intrigue est un mal nécessaire, mais qu’elle n’est pas essentielle. Pourquoi donc choisit-il d’écrire des romans ? Ce qu’il aime avant tout, explique-t-il, c’est créer des personnages, s’inspirant de ceux qu’il croise dans la vie quotidienne et qu’il observe d’un œil empreint d’une ironie à la fois cruelle et affectueuse. Il se plaît à les envoyer voyager dans le vaste monde ou plus simplement — et cela peut être tout aussi pittoresque — à travers les rues de Paris. Ces personnages sont pour la plupart des ratés, des losers, des bons à rien qui s’ignorent, enfermés dans leur vanité et leur vacuité. Ne nous en déplaise, ils nous ressemblent un peu, car nous partageons avec eux de petites faiblesses inavouables… Eh oui ! Cela contribue même à nous faire sourire.

Après avoir lu précédemment deux romans de Jean Echenoz, j’avais pris la mesure de son sens de l’humour et surtout de la suprême virtuosité de son travail d’écriture. À chaque fois, sa prose me procure un vrai plaisir instantané de lecture. Une fois néanmoins le livre refermé, je dois constater l’absence d’un sens profond qui imprimerait durablement l’ouvrage dans ma mémoire. Quelle importance, me diras-tu, lectrice, lecteur ; pour retrouver le même plaisir de lecture, je n’ai qu’à lire un autre roman de l’auteur, il n’en manque pas.

Il est vrai qu’avec Echenoz, on sourit souvent, on rit parfois, pas forcément pour les situations décrites, même si quelques-unes sont carrément cocasses. On rit surtout à la lecture des digressions, lorsqu’elles évoquent d’une manière irrésistible des bizarreries comportementales dans lesquelles nous nous reconnaissons.

Mais est-il possible de maintenir un niveau comique élevé dans des ouvrages successifs dont le genre profond et le style se renouvellent peu ? Le rire suppose un minimum de surprise. La meilleure blague entendue dix fois ne fait plus vraiment effet et à mon âge, malheureusement, je trouve qu’en matière d’humour, les reprises sont monnaie courante et les innovations plutôt rares. En l’occurrence, le procédé littéraire de l’auteur consistant à conserver la même tonalité plate et relativiste pour évoquer une observation accessoire et pour relater un retournement stratégique de situation peut amuser un moment, mais il finit par conférer à la lecture un sentiment de longueur ennuyeuse.

Pour ne pas donner moi-même l’impression de me répéter dans mes commentaires sur Jean Echenoz et ses ouvrages, je t’invite, lectrice, lecteur, à relire les chroniques que j’avais écrites en leur temps pour ses romans Vie de Gérard Fulmard et Bristol. Elles complètent la présente.

GLOBALEMENT SIMPLE     ooo   J’AI AIME

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