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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le Temps des bêtes féroces, de Victor del Arbol

Publié le 15 Août 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Août 2026, 

Ce n’est pas la première fois que je le proclame — et il n’est pas impossible que ce soit la dernière —, les polars noirs de l’écrivain espagnol Victor del Arbol sont de plus en plus noirs avec les années. Son plus récent, Le Temps des bêtes féroces, atteint même des sommets de noirceur. Chapitre après chapitre, de surcroît, le texte part dans des directions disparates, où il se perd dans des violences atroces et des détails bavards, sans qu’on puisse avant longtemps comprendre où il mène. Quand l’opacité se mêle à la noirceur au point de t’abandonner, lectrice, lecteur, dans une obscurité totale, c’est comme si tu errais à l’aveugle sur un terrain hostile ; tantôt tu te cognes durement à un obstacle invisible, tantôt tu perds l’équilibre faute d’appui à portée de main…

Rien de vraiment grave, me diras-tu, car quand tu n’es pas à ton aise au début d’un roman, un peu de patience suffit généralement à reprendre pied… Mais j’ai un autre reproche d’importance. Dans ses précédents romans, les intrigues ne manquaient pas de complexité ni de noirceur. Victor del Arbol en délivrait toutefois les clés une par une, au fil des chapitres, selon un dosage subtilement maîtrisé. Une structure littéraire « en puzzle », que j’appréciais particulièrement chez cet auteur, car elle te donnait l’impression de participer à la résolution des énigmes, en voyant peu à peu s’emboîter l’ensemble des vérités embrouillées qu’il avait imaginées.

Rien de tel dans Le Temps des bêtes féroces. Le roman est construit comme une vaste tragédie au dénouement impossible. Une bonne dizaine de personnages s’y confrontent successivement dans d’innombrables scènes à deux ou à trois, à l’issue desquelles il est souvent fait état, en termes peu clairs, de secrets partagés, d’accords confidentiels, dont le détail, lectrice, lecteur, ne t’est pas dévoilé. Il te faut attendre des révélations globales qui ne te parviendront, sous la forme de récits en flash-back, que dans la dernière partie de l’ouvrage.

Le roman est découpé en huit grandes parties dotées de titres se rapportant à leur contenu, mais leurs significations en sont trop cryptées pour t’aider à la lecture. Essayons quand même d’y voir clair dans les intentions de l’auteur. Les multiples péripéties violentes qu’il a imaginées sous-tendent l’idée que l’histoire sombre de l’Espagne, héritée de la guerre civile et du franquisme, s’incarnerait de nos jours dans des collusions au plus haut niveau entre les institutions politico-judiciaires nationales, le narcotrafic international et l’univers de la grande finance – internationale, elle aussi —. Après une entrée en matière sur les terres noires de Lanzarote, les intrigues du livre et leurs origines t’embarquent au Mexique, bien sûr, ainsi qu’à Barcelone, à Milan, à New York…

… et aussi dans les Balkans : un retour en arrière en pleine guerre de Bosnie. Les faits horrifiants (fictifs mais crédibles) qu’il évoque montrent la dépravation, la violence et la férocité partagées par trois hommes, le patron d’un vaste conglomérat industriel, le président d’un important fonds d’investissement et le chef d’un puissant cartel de narcotrafiquants. Une manière pour Victor del Arbol de prétendre qu’en faisant fi des règles démocratiques de droit et d’éthique, les vrais détendeurs de pouvoirs aujourd’hui s’arrogent la liberté de se laisser aller à d’indicibles fantasmes monstrueux.

La thèse poignait déjà dans le précédent roman noir de l’auteur, Personne sur cette terre (lu, apprécié et critiqué il y a un an). Surprise : plusieurs personnages réapparaissent dans Le Temps des bêtes féroces, notamment le tueur à gages anonyme. L’auteur lui cède la plume, pour qu’il nous fasse part, non sans cynisme, de ses commentaires et de quelques éléments de son passé… sans que cela nous éclaire vraiment sur son rôle dans les deux ouvrages, qui seront suivis d’un troisième à paraître, complétant ce qui devrait s’appeler La trilogie du tueur à gages sans nom.

Attendons pour voir ce qu’il en sera. Je ne suis toutefois pas certain d’en être moi-même.

DIFFICILE     oo   J’AI AIME… UN PEU

Autres romans de Victor del Arbol déjà critiqués : Toutes les vagues de l’océan, Par-delà la pluie, Le fils du père.

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