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Juin 2026,
Certains livres ont un parcours pour le moins atypique. C’est le cas de Diables blancs, qui vient d’être publié en première mondiale par l’éditeur français Monsieur Toussaint Louverture, à partir d’un manuscrit resté brut depuis 1996 ! Son auteur, l’Américain James Robert Baker (1946-1997) était un scénariste et romancier talentueux, mais provocateur et transgressif. A force de se projeter dans des personnages queers, psychopathes, addictifs aux drogues dures, affichant une critique radicale des normes sociales et sexuelles de l’époque, ses livres ne trouvaient plus d’éditeur. Déprimé, sans ressources, il avait mis fin à ses jours chez lui, non loin de Los Angeles.
Diables blancs s’inspire de l’histoire de Truman Capote, un autre enfant terrible de la littérature américaine. Celui-ci était devenu très célèbre et très riche grâce à son roman De sang-froid (1965), un best-seller phénoménal. Fondé sur une longue et minutieuse enquête de son auteur, le livre relatait le meurtre sauvage d’une famille fortunée par deux marginaux, en 1959, et en reconstituait les détails authentiques vécus par les personnes réelles impliquées, depuis la première intention des assassins jusqu’à leur exécution par pendaison quelques années plus tard. Un roman de non-fiction, portant sur un true-crime, un crime réel, selon les formules consacrées.
Venons-en au narrateur et personnage principal de Diables blancs, l’écrivain Tom Dunbar. Encensé par la critique et par le public, son roman de non-fiction lui avait valu la célébrité et aurait pu le mettre à l’abri du besoin. Mais la proximité d’Hollywood et de ses stars est corrosive. Tom et son épouse Beth ont préféré mener grand train et acheter une très belle maison sur les collines de Los Angeles avec vue imprenable sur l’océan. Le problème est que les années passent, que le deuxième livre de Tom, un roman de forme classique, ne se vend pas et que des difficultés financières apparaissent.
Pas question pour Beth, une beauté californienne dépressive, extravagante et quelque peu toxique, de quitter la maison et son quartier résidentiel élégant. Elle enjoint fermement à Tom de retrouver l’inspiration et d’écrire un nouveau roman à succès, afin de restaurer leur aisance financière. Elle le provoque en évoquant son propre père, auteur prolifique de polars minables et vulgaires qui se vendent comme des petits pains ; ce qui ne l’empêche pas, conviennent-ils tous les deux, d’être un très sale type qui ne mérite pas ses millions…
Pourquoi Tom ne se lancerait-il pas dans un nouveau roman de true-crime, puisque le premier lui a si bien réussi ? Mais voilà ! Difficile de trouver un fait divers sanglant qui se prêterait à l’enquête d’un écrivain… De fil en aiguille, une idée germe dans le cerveau de Beth. Si aucun crime actuel ne convient à Tom, peut-être est-il possible d’en… provoquer un ?
Un roman noir, très noir, qui raconte la longue descente aux enfers d’un auteur en panne d’inspiration, l’influence perverse d’une femme fatale sur un homme qui cherche désespérément un salut pour son âme ; la fuite en avant d’un couple narcissique et diabolique sous l’emprise permanente d’antidépresseurs et d’autres stupéfiants.
J.R. Baker a construit son roman comme une longue confession enregistrée à son intention par Tom Dunbar sur une série de cassettes audio. Le style est donc très oral, direct, fluide, les dialogues — souvent passionnels — entre Tom et Beth sont retranscrits tels quels, sans filtre, dans un langage parfois cru. Certaines scènes sont violentes, choquantes, très visuelles. En dépit d’incohérences mineures dans les nombreux rebondissements et même si tu n’es pas spécialement amateur de sensations fortes, lectrice, lecteur, tu apprécieras certainement leur réalisme très cinématographique.
Les clins d’œil au cinéma et à la littérature sont d’ailleurs légion. Tom cite des œuvres, Beth et lui croisent des vedettes de l’époque. Tom mentionne aussi la musique qu’il aime, celle qu’aimait l’auteur — comme nous —, celle de la contre-culture underground des années quatre-vingt-dix.
Il était donc bienvenu d’exhumer Diables blancs, roman inédit de l’écrivain maudit James Robert Baker.
GLOBALEMENT SIMPLE ooooo J’AI AIME PASSIONNEMENT
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