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Mars 2026,
Célèbre et souvent célébré dans son pays, l’écrivain danois Jens Christian Grondahl, né en 1959, est l’auteur d’une vingtaine de romans, où il scrute l’évolution des relations homme-femme dans les couples d’aujourd’hui. Pour Au fond des années passées, publié en 2025, il a imaginé un homme et une femme ayant noué une courte liaison amoureuse dans les années quatre-vingt à l’âge de vingt-cinq ans, et s’étant retrouvés par hasard trente-sept ans plus tard.
Qui sont cette femme et cet homme ? Elle, c’est Anna. C’est en tout cas le prénom que le narrateur déclare lui avoir donné. Lui, c’est le narrateur soi-même ; il ne précise pas comment il s’appelle. C’est son choix de narrateur du roman : quand il parle de lui, il dit « je ». Mais moi, pour ma chronique, je trouve plus pratique de lui attribuer un nom ; je m’inspire pour cela de la méthode qu’il explicite dans le roman et je l’appellerai Christian (l’idée m’a sauté aux yeux, c’est le second prénom de l’auteur).
A vingt-cinq ans, Christian est étudiant en philosophie à Copenhague. Intellectuel introverti et irrésolu, il fait la connaissance d’Anna, une jeune femme de son âge, qui le fascine. Elle l’entraîne dans une communauté d’artistes fêtards. Plus mûre que lui, elle le domine sur de nombreux sujets, au point qu’il est presque surpris qu’elle accepte ses avances. Pendant leur liaison qui dure quelques mois, l’attachement d’Anna à sa liberté le perturbe. Il est à tort ou à raison jaloux d’un peintre en vogue, devant qui elle pose nue comme modèle. Un jour, Anna disparaît.
Christian n’en connaîtra la raison que trente-sept ans plus tard. Entre-temps, il a épousé Eva, avec qui il a eu une fille, et il est sur le point d’être grand-père. Pendant vingt-six années, ils ont mené une vie bourgeoise confortable, mais leur relation de couple s’est peu à peu étiolée. Quand il s’est avéré, il y a quelques mois, que Christian était atteint d’une maladie neurodégénérative, Eva a décidé de divorcer. Christian ne s’y est pas opposé ; affaibli, il a tendance à se replier sur lui-même. Un jour, dans un parc public de Copenhague, il est tombé sur Anna.
Anna a mené une belle carrière. Elle est mariée depuis près de trente ans à Jan, un célèbre présentateur du journal télévisé. Elle était une femme accomplie et heureuse jusqu’à ces derniers temps. Mais voilà qu’une inconnue a porté plainte contre Jan pour un viol commis il y a une vingtaine d’années, alors qu’elle était une jeune stagiaire. Anna a eu l’impression que le ciel lui tombait sur la tête. Jan nie le viol, il prétend que la relation était consentie, et auprès de son épouse, il a plaidé une stupide erreur de jeunesse due à un coup de déprime, il regrette. Mais le scandale est énorme et ce qu’Anna apprend chaque jour transforme le faux pas en trahison double, triple… Pas de retour en arrière possible !
Anna et Christian se sont raconté leur vie, leurs déboires ; ils s’écoutent l’un l’autre avec empathie, ce qui les rassérène, ils affrontent ensemble les difficultés, se portent mutuellement assistance. Bien qu’étant tous les deux sexagénaires, ne leur reste-t-il pas des jours à vivre, des jours pour être heureux ? Ensemble, pourquoi pas ? Sont-ils d’ailleurs différents de ce qu’ils étaient au fond des années passées, lors de leur amour de jeunesse ? « Nous étions les mêmes qu’à l’aube de notre temps » reconnaît Christian, qui ajoute « C’était le même temps qui avait continué sa course et avait fini par nous rattraper ».
Je laisse Christian de côté et je reviens au narrateur, à son travail, à son texte écrit au fil de ses déambulations dans Copenhague, de ses introspections, des rencontres, des propos de ses personnages. Il décrit ce qu’il voit, analyse ce qu’il ressent, filtre ce qu’on lui confie, devine ce qu’on ne lui dit pas. Il restitue les dialogues, les discussions. Les sujets ne manquent pas : pourquoi elle ? pourquoi moi ? où en serions-nous si … ? Sans compter que des digressions multiplient les débats de société d’hier et d’aujourd’hui. C’est riche, c’est varié, c’est animé, on s’y croirait !
Alors l’écriture se fait discrète et s’efface, le texte devient image et son, le passé et le présent s’entremêlent. Plus qu’un livre, lectrice, lecteur, c’est un film que tu auras l’impression de voir dans Au fond des années passées. Un film plaisant et attachant.
DIFFICILE ooo J’AI AIME
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