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Janvier 2026,
Le parcours personnel de l’écrivain Andreï Makine est vraiment exceptionnel. Né en 1957 en Sibérie, élevé par une grand-mère française après la mort de ses parents (probablement en déportation), il étudie puis enseigne le français en URSS. En 1987, il obtient l’asile politique en France, où il donne des cours de russe. Il écrit ses premiers livres en français et en 1995, il reçoit à la fois les prix Goncourt, Médicis et Goncourt des Lycéens pour un roman d’inspiration autobiographique, Le Testament français. Auteur prolifique, il est élu à l’Académie française en 2016.
Publié en 2025, Prisonnier du rêve écarlate raconte la vie chambardée d’un ouvrier fictif originaire du nord de la France : un destin rythmé par les évolutions politiques des sociétés soviétiques et françaises tout au long du XXe siècle.
Né en 1918, Lucien Baert est encarté au Parti communiste dès son plus jeune âge. Familier d’amicales internationales où il apprend le russe, il croit dur comme fer à la propagande stalinienne et en 1939, il part avec enthousiasme pour Moscou, dans un groupe de militants, afin de contempler de visu le paradis qu’on lui a décrit. A peine est-il arrivé que ses yeux se dessillent. Repéré, soupçonné, arrêté, accusé d’espionnage, déporté, mobilisé pendant la guerre dans un bataillon disciplinaire, Lucien multipliera les désillusions et les malchances, ne retrouvant la liberté qu’en 1957, sous une identité russe, avec une assignation à résidence au nord du pays, en pleine taïga. Il s’installe en couple avec une femme russe, Daria, gardienne d’un petit site militaire désaffecté et isolé.
En 1967, retour en France, un pays qui n’a plus rien à voir avec celui qu’il avait quitté. Pour conforter à raison la disgrâce du communisme soviétique dans l’opinion, des journalistes en vogue récupèrent les témoignages de Lucien sur les brutalités, les procès expéditifs, les déportations, les horreurs du goulag. Il est sollicité pour des interviews, des conférences, des publications, avant que le sujet ne finisse par lasser. Quelque peu esseulé désormais, il est irrité par la futilité et la dispersion d’un simulacre de « résistance anticapitaliste, qui dérive vers des questions culturelles et sexuelles ».
En 1974, il préfère repartir. Il retrouve Daria ; le couple vivotera en marge d’un « kolkhoze sans perspectives », mais au fond fraternel. A partir de la fin des années quatre-vingt, il assistera à la « pérestroïka », puis à la dissolution de l’Union soviétique. La Russie entre alors dans une phase de libération des mœurs et d’ultralibéralisme financier, avec l’apparition d’une génération d’entrepreneurs opportunistes, les oligarques, qui accumulent des fortunes et des pouvoirs considérables ; certains adoptent des méthodes violentes de gangsters. La Russie menace de tomber dans le chaos.
Très remonté contre les idéologies et les pratiques totalitaires absurdes de l’ex-URSS — on le serait à moins avec un tel parcours personnel —, l’auteur de Les prisonniers du rêve écarlate n’est pas plus tendre avec la France post-soixante-huitarde et la légèreté de ses élites bobos qui zappent sur les tendances du moment. Le fil de la narration s’arrête avec le siècle, avant que n’émerge un certain Vladimir Poutine, ce qui évite à Makine, dont l’admiration pour le président russe actuel est notoire, de faire état de ses convictions personnelles.
Cette fiction romanesque adossée à plus d’un demi-siècle d’événements historiques est passionnante. Les péripéties imaginées par l’auteur sont à la fois plausibles et réalistes. Tu auras le sentiment, lectrice, lecteur, de les vivre au plus près de Lucien Baert — ou de Matveï Bélov —. Certaines pourraient même paraître cocasses, si elles ne correspondaient pas parfois à d’authentiques faits tragiques.
La construction du roman est habile. Un prologue intrigant ouvre sur un récit classique, réparti en dix parties clairement ordonnées. L’auteur a fait le choix de chapitres, d’alinéas et d’énoncés très courts, conférant une sorte de transparence à la narration. Le texte est extrêmement fluide. Le prisonnier du rêve écarlate se lit très facilement et agréablement.
Roman d’Andreï Makine déjà critiqué : L'archipel d'une autre vie.
FACILE oooo J’AI AIME BEAUCOUP
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