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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le Calamity Club, de Kathryn Stockett

Publié le 22 Juillet 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Juillet 2026, 

Souvenez-vous, il y a quinze ans : le premier livre de Kathryn Stockett, La Couleur des sentiments, dix millions d’exemplaires. L’émotion et l’emballement chez les uns, la réserve et la polémique chez d’autres (qu’on ne qualifiait pas encore de woke). Je me souviens pour ma part d’un ouvrage constitué de trois séries de narrations conçues comme des témoignages fictifs, très réalistes, auxquels il était difficile de rester indifférent, dès lors qu’ils mettaient en lumière les modes de vie humiliants du personnel noir au sein de familles blanches dans le Sud des Etats-Unis, au début des années soixante.

Dans son nouveau roman, Le Calamity Club, l’autrice a conservé le Mississippi comme théâtre des opérations. Nous sommes en 1933 ; après le krach boursier, la Grande Dépression a déferlé sur l’Amérique et elle frappe toutes les catégories sociales dans le Sud profond. La ségrégation raciale est la loi, les mentalités en sont imprégnées, les pratiques sont sectaires, les croyances arriérées : les femmes ne servent qu’à faire des enfants, celles qui vivent dans le péché mettent au monde des faibles d’esprit, l’homosexualité est une maladie qui se soigne… et autres fadaises.

Le roman compte six cent cinquante pages et se compose des récits alternés de deux narratrices très attachantes, auxquelles l’autrice fait prononcer quelques messages féministes un peu déconnectés.

Meg a onze ans. Sa mère ayant disparu, elle est hébergée dans un orphelinat délabré, où elle subit chaque jour de mauvais traitements psychologiques et physiques. Pour des motifs à découvrir, elle a été prise en grippe par la présidente de l’établissement, une femme sèche et bigote, qui est aussi à la tête de la Ligue contre l’immoralité pour tout le Mississippi ! Ce que raconte la petite fille est révoltant. Adoptée par un couple étrange, elle vivra des expériences inattendues. Loin d’être sotte, Meg observe le monde avec bon sens, agit avec à-propos… et ne manque pas d’humour.

À vingt-quatre ans, Birdie n’était jamais sortie du village isolé où vit sa famille désargentée. Sa personnalité a été étouffée par sa sœur cadette, jolie, coquette, arriviste. Ayant été atteinte d’une maladie infantile grave, Birdie ne peut pas avoir d’enfant, ce qui, dans le contexte de l’époque, ôte tout sens à son destin de femme. Les circonstances la mettent en présence de Meg, à laquelle elle s’attache, se promettant de l’arracher aux conditions indignes auxquelles la petite fille est soumise. Son engagement extirpera ses plumes d’oie blanche au physique négligé, pour faire apparaître une femme d’action ne reculant devant aucun obstacle et découvrant avec surprise ses facultés de séduction.

Kathryn Stockett est restée fidèle à son profil de romancière. Les premiers chapitres ont tellement sollicité ma sensibilité, que je me suis demandé un temps si Le Calamity Club était un livre pour moi. Tu constateras, lectrice, lecteur, que le texte joue de tout ce qui te fait fondre d’apitoiement et de tout ce qui te fait bondir d’indignation. Les caractères des personnages, bons ou méchants, sont poussés à l’extrême, voire à la caricature, leurs gestes et leurs mots étant parfois excessifs.

L’autrice sait varier les registres, ce qui rend la lecture plaisante en dépit de sa longueur et de ses velléités moralisatrices. Elle insuffle une tension dramatique de haut voltage dans des scènes d’apparence anodine. Elle imagine des péripéties extravagantes tournant au vaudeville, s’autorisant des imbroglios cocasses, notamment lors de la transformation clandestine d’une villa bourgeoise en maison close, où les pensionnaires s’en donnent à cœur joie, l’une d’elles lâchant, mine de rien : « si j’avais su qu’on allait inventer le cinéma parlant, je n’aurais pas perdu mon temps à apprendre à lire ».

L’écriture n’a pas d’autre ambition que de s’adapter avec finesse aux personnages qui s’expriment. La fiction est intelligemment intégrée dans un contexte historique solidement documenté… où j’ai relevé au moins une inexactitude, lorsque Birdie contemple une revue où la star hollywoodienne Hedy Lamarr figure en couverture ; celle qui s’appelle alors Edwige Kiesler ne deviendra Hedy Lamarr qu’à la fin des années trente — Voir La femme qui en savait trop, de Marie Benedict.

Le Calamity Club est un roman incontestablement efficace. Je lui prédis un grand succès populaire.

GLOBALEMENT SIMPLE     ooo   J’AI AIME

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