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Juin 2026,
Ecrire une fiction romanesque insérée dans un contexte historique précis est une bonne idée. L’effet en est meilleur quand les événements réels avaient été dramatiques et si la narration inclut des intrigues à énigmes justifiant des fins de chapitres en suspens. Un principe qui a dû guider l’autrice de La librairie des faux-semblants, Louise Fein, une écrivaine anglaise qui n’en est pas à son coup d’essai. Elle en explicite d’ailleurs toutes les clés dans une note finale.
L’essentiel de l’action se passe à Londres, en 1962. La guerre froide bat son plein ; les relations entre l’Est et l’Ouest sont tendues ; dans les deux camps, les services secrets sont à la manœuvre, des individus au-dessus de tout soupçon travaillent clandestinement pour l’ennemi, jusqu’au moment où l’annonce de leur désertion et de leur fuite déclenche un scandale et avive les inquiétudes. Des traces de la Seconde Guerre mondiale sont encore visibles à Londres et ses ravages hantent les esprits ; la perspective d’une guerre nucléaire fatale à l’humanité alarme une partie des populations. La menace atteint son acmé en octobre, quand s’avère la présence de missiles russes à Cuba, à proximité des côtes américaines. Le monde se suspend alors au bras de fer opposant le président des USA John F. Kennedy au numéro un soviétique Nikita Khrouchtchev… La guerre n’aura pas lieu, mais l’affrontement nucléaire semblera avoir été évité de justesse…
Venons-en à la fiction. Née dans des conditions particulières, Celia a dix-neuf ans en 1962. Elle travaille à Londres, comme vendeuse dans une petite librairie spécialisée dans les livres anciens et les éditions rares. Elle est résignée à une vie médiocre, celle qui attend, à l’époque, des millions de jeunes femmes de milieu modeste au Royaume-Uni (et ailleurs !). Celia a en effet été élevée sous cloche, dans une banlieue populaire, par des parents âgés, vieux jeu, bigots et étriqués, qui se sont bien gardés de lui faire miroiter des espérances.
Voilà toutefois que Père et Mère — ainsi que Celia les appelle — se retrouvent contraints, bien malgré eux, de lui révéler un secret de famille qui va changer la vie de la jeune femme. Celia découvrira que pendant la Seconde Guerre mondiale des femmes de son âge s’étaient mobilisées, parfois au risque de leur vie, pour lutter en France au côté de la Résistance contre l’Allemagne nazie. En même temps, la librairie est vendue à une femme paraissant avoir d’autres intérêts, ce qui laisse à Celia une grande liberté dans son job. C’est ainsi qu’elle rencontre Septimus Nelson, un très séduisant jeune homme d’origine canadienne. Les deux jeunes gens sont très attirés l’un par l’autre et semblent partager la même crainte d’une bombe atomique apocalyptique. La vie de Célia va prendre un cours inattendu.
Les intrigues, plutôt complexes, sont intelligemment conçues, leur imbrication dans les faits historiques est très convaincante. Le roman se lit agréablement ; il comporte des passages émouvants et quelques rebondissements faciles à anticiper, mais il te donnera l’impression, lectrice, lecteur, d’un récit fluide un peu monocorde, se trainant parfois en longueur dans des explications détaillées superflues.
Les profils psychologiques des personnages te rappelleront les romans policiers anglais d’avant-guerre. Il est probable que l’ingénuité et la naïveté de Celia te paraîtront peu crédibles, de même que la sincérité de Septimus. La confiance en soi de l’héroïne s’affirme toutefois au fil des quatre cents pages d’un texte très classique, décomposé en une quarantaine de chapitres sagement développés sur cinq parties. Sur l’idée originelle de Louise Fein, d’aucuns auraient livré un roman d’espionnage au suspense trépidant, alors que La librairie des faux-semblants a été écrit sur un ton un peu mièvre, comme un thriller dont les accents agressifs et violents, si l’on m’autorise l’expression, auraient été déconstruits. Un style lié à la teinture féministe que l’autrice a tenu à donner à son ouvrage.
Le titre m’amène à une dernière critique : les faux-semblants sont manifestes, mais le titre original, The London Bookshop Affair, me paraît plus conforme à l’esprit du livre.
GLOBALEMENT SIMPLE ooo J’AI AIME
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