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Septembre 2026,
Fabuleux ! Vous avez dit fabuleux ? Le mot s’entend de deux façons. Familièrement, on l’emploie à la place de fantastique, de sublime. Spirituellement, fabuleux signifie mythique, légendaire. Il arrive que les deux sens coexistent et se renforcent l’un l’autre. Mais commençons par le commencement…
Dans un précédent ouvrage (Les Exportés), la journaliste et chroniqueuse Sonia Devillers avait raconté comment des familles juives de Roumanie, contraintes dans les années soixante de quitter leur pays en y laissant tous leurs biens, avaient en réalité été « échangées » clandestinement par l’État roumain communiste contre du bétail et du matériel agricole. Née elle-même à Paris dans une grande famille juive originaire de Roumanie, l’autrice avait observé que sa grand-mère, pianiste brillante dans sa jeunesse, ne s’était jamais consolée de l’abandon de son piano personnel de concert.
Qu’est devenu ce piano, s’était-elle demandé ? Une question qui la conduisit à enquêter plus largement, en s’appuyant sur des travaux de chercheurs, en consultant des archives, en épluchant des registres. Elle découvrit que des milliers de pianos et autres instruments de musique, appartenant à des familles juives déportées, avaient été embarqués pendant l’Occupation allemande, par des commandos nazis mandatés pour le pillage d’œuvres d’art et d’objets culturels. Son intérêt se porta ainsi sur le destin d’un piano exceptionnel, fabriqué sur mesure à la fin du XIXe siècle par la maison Érard, l’un des plus célèbres facteurs européens, à la demande d’un éditeur de musique exigeant.
Et voilà comment l’histoire du fabuleux piano devient aussi une saga familiale, celle des Enoch, des Juifs d’origine allemande venus s’installer à Paris dans les années 1850 et ayant tout fait pour devenir des citoyens français à part entière. Une dynastie d’éditeurs musicaux ; trois d’entre eux bénéficient d’un chapitre dans Le fabuleux piano : Wilhelm, le commanditaire du piano ; Daniel, son fils, qui fut déporté et gazé à Auschwitz avec son épouse Anna ; Jacques, leur fils, qui tint un journal détaillé des événements et qui inscrivit notamment son ressenti lorsqu’il retrouva l’appartement familial entièrement vidé de ses meubles et de ses objets, à son retour à Paris, une fois la guerre finie.
Autour de la famille, tout au long de ces décennies, des compositeurs, un poète, un cinéaste : Stravinsky, Maurice Ravel, Joseph Kosma, Jacques Prévert, Marcel Carné, ainsi qu’une chanson devenue éternelle, Les feuilles mortes, chanson indissociable de son principal interprète, Yves Montant.
Le livre peut aussi se voir comme la chronique d’une résurgence de l’antisémitisme à partir de la fin du XIXe siècle, puis de l’émergence de l’hitlérisme et des persécutions des Juifs, avec au final, la Seconde Guerre mondiale, la Shoah. Et une interrogation : piller les biens des Juifs déportés et faire disparaître leurs œuvres artistiques n’ont-ils pas été des objectifs complétant leur extermination selon la Solution finale, avec la volonté d’anéantir toutes traces des Juifs sur la terre ?
Ce n’est pas tout. De l’expérience de sa famille en Roumanie, de celle des Enoch en France du temps de l’affaire Dreyfus, puis dans les années trente, Sonia Devillers se demande « ce que ça fait d’être juif dans un pays progressivement englouti par la fièvre antisémite ». Une question qu’il est légitime de trouver d’actualité.
Le fabuleux piano est un ouvrage hybride, entre récit historique, rapport d’enquête, saga romanesque. Une dispersion qui te troublera peut-être, lectrice, lecteur, mais l’hybride est à la mode et dans Le fabuleux piano, il a du sens. Il n’est pas inutile, en ces temps-ci, de revenir sur les circonstances passées d’authentiques persécutions de Juifs français, des citoyens bien établis dans la République et ayant compté sur l’État pour les protéger.
La lecture est fluide et tout à fait captivante. La documentation est très riche et complète. Tu sentiras peut-être, lectrice, lecteur, que Sonia Devillers s’est efforcée de maîtriser son émotion tout au long de la narration, très précise, très détaillée, et que l’écriture, la qualité littéraire s’en ressentent un peu. Mais qui pourrait le lui reprocher ?
FACILE oooo J’AI AIME BEAUCOUP
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