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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Nous aussi, d'Anne Godard

Publié le 22 Septembre 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Septembre 2026, 

En feuilletant les nouveautés littéraires de la rentrée, je suis tombé incidemment sur les premières pages de ce livre. Le texte et le ton m’ont fait sourire, ils m’ont séduit et ont éveillé ma curiosité. J’en ai donc entrepris la lecture, sans avoir la moindre idée de son propos global. Je n’avais jamais entendu parler d’Anne Godard. J’ai appris depuis qu’elle était une universitaire renommée, spécialiste de la littérature et de la langue française. Elle avait précédemment publié deux romans, l’un il y a vingt ans, l’autre il y a dix ans. Il lui a fallu beaucoup de temps pour écrire celui-ci, Nous aussi.

Nous aussi ! Je n’ai sur le moment pas saisi l’allusion, mais c’était pourtant évident, le titre aurait dû m’alerter. Parce que je me méfie en principe des récits fondés sur des souvenirs de jeunesse tourmentés avec règlements de comptes familiaux. Mais là, j’étais lancé et je ne me suis pas arrêté. Je ne l’ai pas regretté.

Une grande famille bourgeoise, des grands-parents, des parents, oncles, tantes, des enfants, frères, sœurs, cousins, cousines. Elevés bien comme il faut, diplômés, cultivés, convaincus de leur supériorité sociale et morale, ils vivent tous ensemble à Paris sur la rive gauche dans un bel immeuble patrimonial et passent tous ensemble leurs vacances à la montagne, dans une majestueuse propriété, patrimoniale, elle aussi. Il est logique qu’ils se suffisent à eux-mêmes, que pourraient-ils trouver de mieux ailleurs ?

Mais on le sait bien, il arrive que les apparences flatteuses masquent des secrets inavouables. Il suffit alors d’un drame soudain pour que l’enveloppe se craquelle.

Nous aussi est un roman, inspiré de faits vécus par l’autrice, des faits qui l’ont façonnée depuis son enfance, jusqu’à ce qu’elle s’en extirpe par la littérature, par l’écriture. Elle a longuement enquêté pour reconstituer les circonstances détaillées des événements. Pour les transmettre par un livre, elle a adopté un mode de narration original, qui donne son caractère et son charme à l’ouvrage.

La voix qui s’exprime parle collectivement, au nom de la famille, au nom des enfants, parfois au nom de certains enfants, puis d’autres, quelques rares fois au nom d’une seule personne : « On est Parisiens… on sait que les pauvres existent… on a les mêmes copains… on se regarde dans le miroir… on va jouer dans nos chambres… on prend nos bains ensemble… on est l’aîné, le cadet, celui qui domine, celui qui se soumet, on est celle qui se plaint… on veut jouir de tout… on ne sait pas quoi faire de notre vie… on dort dans son lit… on voyait qu’il n’allait pas bien… on a douze et treize ans… on ne nomme pas ce qu’on va faire, on continue à dire jouer… ».

Chapitre après chapitre, lectrice, lecteur, tu découvriras ce que raconte ce « on » omniprésent, incontournable, un pronom d’usage familier, à la consonance populaire, enfantine, neutre, plurielle, singulière, indéfinie surtout. Un moment, tu pourras même te lasser, t’agacer, avoir la tentation de sauter des lignes, parce que cela devient répétitif, mais garde patience, tu finiras par comprendre que dans ce qu’on te raconte, dans cette famille exemplaire, il y a quelque chose qui cloche, et qu’on te le cache. On te le dévoilera peu à peu dans la seconde partie du roman, tandis que tu te crisperas page après page, et que le malaise grandira tout en te captivant.

Les très courts chapitres s’enchaînent, la plume d’Anne Godard est légère, sobre, directe ; Nous aussi se lit avec fluidité. On imagine la quantité de travail qu’il a fallu pour écrire ce roman très personnel, en prenant en compte une probable démarche introspective approfondie. Il fallait aussi une réelle maîtrise de la langue, ainsi que beaucoup d’exigence sur soi et de détermination, pour tenir le concept narratif adopté, du début à la fin de ses deux cents pages. Ce livre est une très agréable surprise.

GLOBALEMENT SIMPLE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT

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