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Septembre 2026,
On entend beaucoup parler de L’Odyssée et d’Ulysse. L’homme de lettres Christophe Ono-di-Biot a planché sur l’œuvre en mode pédagogique, le cinéaste Christopher Nolan a réinventé le personnage façon effets spéciaux. Dans Ithaque, le professeur de philosophie Laurent Mantese propulse l’œuvre et le personnage dans ce qu’on appelle les littératures de l’imaginaire, où se croisent le fantastique, la « fantasy », la science-fiction et aussi, par intermittence, l’épouvante et l’horreur. Les frontières sont perméables entre toutes ces catégories et je dois avouer que je n’en suis pas amateur.
Et pourtant ces littératures de l’imaginaire n’ont pas d’âge. C’est bien chez Homère et dans la mythologie grecque, il y a près de trente siècles, qu’on a raconté que dans le quotidien de leurs vies terrestres, les femmes et les hommes étaient soumis aux ambitions et aux caprices de dieux et de diverses créatures plus ou moins monstrueuses : géants, cyclopes, nymphes, sirènes, etc. C’est bien dans l’Odyssée qu’ont été conceptualisés, bien avant leur invention concrète, les somnifères, les gilets de sauvetage, les automates et autres artifices considérés alors comme magiques ou surréels.
Dans son roman, Laurent Mantese met au goût du jour les aventures d’Ulysse, roi d’Ithaque, après la chute de Troie, tout au long du voyage pour le moins tourmenté qu’il a entrepris avec ses compagnons pour rejoindre leur patrie après dix années d’une guerre cruelle. Ne compte pas, lectrice, lecteur, y retrouver le héros grec mythique, le glorieux guerrier, l’audacieux maître d’œuvre du fameux cheval de Troie qui valut la victoire finale aux Achéens, « l’homme aux mille tours » rusé et protégé par Athéna, encensé universellement pour ses qualités de stratège et de meneur d’hommes.
Où est donc passée la puissante déesse, pas une seule fois citée dans Ithaque, alors qu’elle était omniprésente chez Homère, tout au long de L’Iliade et de L’Odyssée ? Sans elle, que deviendra Ulysse, lui qui, dans l’œuvre d’origine, relatait avec une fierté teintée d’une fausse humilité, comment Athéna l’avait aidé à se sortir de chausse-trappes dressées par d’autres dieux ne lui étant pas favorables ?
Dès le début de son périple dans Ithaque, Ulysse n’est plus qu’un chevalier à la triste figure, ignorant ce qu’il advient de sa femme Pénélope, de son fils Télémaque et de son royaume, privé de roi depuis dix ans. Il doute. Il ne sait pas si les dieux lui sont reconnaissants d’avoir détruit l’orgueilleuse cité troyenne ou s’ils lui tiennent rigueur des massacres et des horreurs commises par les vainqueurs sous son commandement. Ses compagnons, usés, marqués, doutent avec lui et doutent de lui. Tous compensent le doute par la rage, qui les pousse à poursuivre les carnages partout où ils accostent.
A leur première escale, sous prétexte d’un soutien naguère aux Troyens, les Achéens passent leur rage en violant et égorgeant femmes et enfants de manière épouvantable, complaisamment racontée ; un avant-goût de ce que l’auteur te réserve, lectrice, lecteur, dans les Chants (chapitres) à venir. Il faut avoir le cœur bien accroché pour lire le Chant consacré aux Lotophages, qui ne sont pas de placides opiomanes, mais des femmes féroces, ayant remisé toute féminité pour dominer et martyriser une gent masculine anémiée. Leurs luttes contre les Achéens sont atroces, au même titre, dans les Chants suivants, que celles des monstres du palais d’Eole et celles des Lestrygons mangeurs d’hommes.
Réécrire l’Odyssée sous forme d’un diptyque de « fantasy » horrifique contemporaine ! Si telle est l’intention de Laurent Mantese, ce premier volet atteint son but. J’ai été impressionné par sa prose, empreinte d’un lyrisme riche et sombre, dont je peux juste regretter qu’elle tombe par moment dans le « trash ». J’ai du mal à comprendre le plaisir à lire ou à écrire certaines horreurs. Que réserve l’auteur à Ulysse pour la suite ? Je ne suis pas certain aujourd’hui d’avoir la curiosité de le découvrir.
Un dernier mot positif sur ce long texte lugubre. Comme une oasis de fraîcheur se détache le Chant consacré au cyclope, par le ton bonasse de son narrateur, lequel se trouve être Polyphème soi-même. Celui-ci paraît en énorme adolescent mentalement attardé, souffrant de solitude sur son île. C’est avec bienveillance qu’il voit débarquer Ulysse et ses compagnons, de minuscules individus très agressifs, avec lesquels il cherche désespérément à engager une relation amicale. Amusant et touchant.
TRES DIFFICILE ooo J’AI AIME
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