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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le désastre de la maison des notables, d'Amira Ghenim

Publié le 4 Mai 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Mai 2026, 

Conçue par l’écrivaine et linguiste tunisienne Amira Ghenim, Le désastre de la maison des notables est une vaste fiction romanesque insérée dans un contexte sociohistorique authentique. Un roman foisonnant, porteur de messages, un grand moment de lecture ! Son architecture et sa puissance narrative lui ont valu en 2024 le Prix de la littérature arabe. Sa subtile traduction en français par Souad Labbize, une romancière et poète algérienne, a été récompensée en France par le Prix Fragonard de littérature étrangère (2025).

Décembre 1935 : véritable big-bang, un événement cataclysmique survient dans la vie d’un couple, celui de Moehsen Naifer et de Zbeida, née Rassaa, mariés depuis cinq ans et parents de deux petits garçons. Le livre peut se comprendre comme une saga relatant les bonnes et mauvaises fortunes sur quatre générations de deux grandes familles de Tunis, les Naifer et les Rassaa, brouillées depuis le drame. Plus largement, il révèle les modes de vie dans les différents stéréotypes sociaux tunisiens et tunisois tout au long des événements politiques ayant transformé le pays et sa capitale depuis une centaine d’années.

Et justement, tout avait commencé dans la vraie histoire, par un personnage ayant laissé dans la Tunisie contemporaine une trace de précurseur, un jeune intellectuel brillant aux idées d’avant-garde, que les Rassaa, se voulant ouverts à la modernité, avaient choisi comme précepteur de leur très jeune fille Zbeida. A peine âgé de trente ans, Tahar Haddad fut entre 1927 et 1930 une éphémère coqueluche de l’élite dominante tunisienne — à l’instar de certains artistes transgressifs d’aujourd’hui subjuguant une certaine bourgeoisie conservatrice —, avant d’être condamné et mis au ban de la société, puis de mourir dans l’isolement et la misère en décembre 1935.

Quelle relation le jeune précepteur avait-il nouée avec son élève, une brillante et ravissante adolescente ? Que s’est-il vraiment passé ce terrible jour en la maison des Naifer ? Comment les circonstances s’étaient-elles enclenchées pour provoquer un tel désastre ? Moehsen et Zbeida ont-ils ensuite surmonté l’événement ? Les questions ne cessent de s’ajouter aux questions.

Lectrice, lecteur, pour t’apporter des éléments de réponse, onze membres et domestiques des familles Naifer et Rassaa, témoins directs ou indirects du drame, vont prendre la parole sous forme de longues confidences adressées mentalement à un interlocuteur de leur choix. Des confidences qui semblent leur échapper un beau jour, plusieurs années plus tard, comme s’ils avaient soudain envie de se libérer de ce qu’ils savent, bien que ce qu’ils dévoilent n’éclaircisse, chaque fois, qu’une partie de la vérité. Tous s’expriment dans une langue prolifique, chatoyante, presque musicale, dégageant une sorte de nostalgie orientaliste.

Emaillés de longues digressions sur l’actualité sociale et politique du moment, leurs témoignages évoquent les stades successifs de la modernisation de la Tunisie, une marche en avant surtout institutionnelle. Car au sein d’une société tunisienne aux fondements inégalitaires, hiérarchisés et racistes, la vie quotidienne est restée tardivement encadrée par des traditions ancestrales et rythmée par les rituels d’un Islam rigoriste. Sujet essentiel longtemps maintenu en jachère, l’invraisemblable condition de dépendance, d’infériorité et d’invisibilité de la femme est illustrée par des anecdotes ahurissantes… pourtant encore courantes de nos jours sur la planète…

L’asymétrie conventionnelle de la relation homme-femme n’épargnera d’ailleurs pas le couple Moehsen-Zbeida. Faute d’absolues certitudes sur la vérité, le mari finira par admettre que « la trahison du cœur n’est pas moins atroce que la trahison du corps ».

Une construction bien maîtrisée qui rappelle certains romans policiers d’antan, une écriture ensorcelante, un fond de cadre historique panoramique ! Le désastre de la maison des notables procure une lecture addictive, dépaysante et passionnante. Juste une petite réserve sur le dernier chapitre servant d’épilogue, pour sa tonalité inutilement militante ; tout était déjà dit.

DIFFICILE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT

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