Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Au soir d'Alexandrie, d'Alaa El Aswani

Publié le 4 Mai 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Mai 2026,

Ce livre confirme qu’avec des personnages fictifs et des aventures imaginées dans un contexte authentique, un roman peut être plus percutant qu’un rapport factuel ou une thèse historique. L’action romanesque d’Au soir d’Alexandrie, se situe dans la deuxième plus grande ville d’Egypte, un port industriel et commercial important. Imprégnée par son prestigieux passé gréco-romain, Alexandrie est longtemps restée un symbole de culture cosmopolite et de vie mondaine internationale.

Tout a changé après le coup d’Etat de 1952, l’exil du roi, le retrait de la présence britannique et la prise du pouvoir par un groupe d’« officiers libres ». Quelques années plus tard, leur leader, Gamal Abdel Nasser, reste seul au sommet de l’Etat ; il promulgue une constitution fondée sur un parti unique et proclamant l’illégalité de toute opposition. Sans remettre en cause son impulsion économique et modernisatrice à l’Egypte, le régime est évidemment dictatorial. Le Président Nasser s’est réservé tous les pouvoirs, son ambition étant alors de prendre la tête d’un monde arabe socialiste.

Au début des années soixante, un petit groupe d’amis prend plaisir à se retrouver régulièrement le soir autour d’un ou plusieurs verres dans un restaurant chic de la corniche d’Alexandrie, pour converser sur toutes sortes de sujets. Leurs origines, leurs conditions et leurs profils sont divers ; le groupe — qui s’est donné le nom de « caucus » — est représentatif d’une certaine élite de la ville. On y trouve un industriel prospère, un avocat important, son épouse, fille d’un pacha destitué de ses biens, un artiste-peintre idéaliste, une Française exploitant une librairie francophone, la propriétaire du restaurant et son directeur, un séducteur impénitent.

Après les propos d’usage sur l’actualité artistique et mondaine, après les confidences personnelles ou professionnelles de chacun, ils en arrivent forcément à évoquer les échos qui leur parviennent : arrestations arbitraires, emprisonnements, expulsions du pays. Plus ou moins inquiets, cultivant leur indépendance d’esprit, ils s’autorisent toutes les prises de position ; certains affichent ouvertement leur indignation, d’autres expriment des critiques nuancées ou relativisent en invoquant des raisons d’état passagères, quelques-uns préfèrent ne pas se prononcer… Ils finiront toutefois par attirer l’attention des services de renseignement et tout partira en vrille.

Car le régime ne cesse de se durcir. La loi n’existe plus, la volonté du pouvoir en fait office. Pour Nasser, les mots eux-mêmes deviennent des crimes à punir. Autour du Président, un réseau de militaires et de fonctionnaires fanatisés sont prêts à tout : à espionner la population ; à transformer les mécontentements en complots contre le Président, c’est-à-dire contre l’Etat ; à emprisonner les contestataires ; à recruter et à forcer l’adhésion active des neutres et des faibles.

Pour convaincre les hésitants et les naïfs de passer à l’action, rien ne vaut l’argumentation doucereuse par le syllogisme. Un exemple ? « Vous considérez que la politique du Président est bénéfique à notre pays / vous convenez qu’en dire du mal entrave son action / vous devez donc dénoncer les opposants et les sceptiques / à défaut, nous pourrions penser que vous les soutenez ». Et si la méthode douce ne marche pas, place aux menaces, au chantage, à la corruption. Voilà comment fonctionnent les dictateurs et comment fonctionneront ceux qui aspirent à suivre le même chemin.

Pas de temps mort dans Au soir d’Alexandrie, rien qui ralentisse la lecture. Le texte français est très simple, très accessible. Sur la cinquantaine de courts chapitres, une bonne quinzaine te permettent, lectrice, lecteur, de faire la connaissance des principaux personnages sous toutes leurs facettes, y compris les plus intimes, avec leurs qualités, leurs manies, leurs travers. Le roman prend ensuite l’allure d’un thriller t’embarquant inexorablement vers des horizons sombres et malsains.

Né en 1957 au Caire, Alaa el Aswani est l’auteur de plusieurs romans populaires diffusés en de nombreuses langues, comme L’Immeuble Yacoubian ou Automobile Club d’Egypte. Mais certains de ses ouvrages plus récents, dont celui-ci (2024), sont interdits en Egypte et dans le monde arabe. Alaa el Aswani a toujours dénoncé les méfaits des dictatures. Il vit aujourd’hui aux Etats-Unis.

GLOBALEMENT SIMPLE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

Commenter cet article