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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

L'odyssée de L'Odyssée, de Christophe Ono-di-Biot

Publié le 6 Septembre 2026 par Alain Schmoll

Septembre 2026, 

Alors que je ne me consacre à l’habitude qu’au roman, pourquoi me suis-je engagé dans L’odyssée de L’Odyssée, un livre qui tient à la fois du résumé et du commentaire ? Était-ce d’ailleurs une bonne idée ? Tout au long de ma lecture, je n’en ai jamais douté ; en y repensant après, non plus. Il est vrai que l’auteur, Christophe Ono-di-Biot, directeur à la rédaction de l’hebdomadaire Le Point, dispose du profil idéal pour un tel ouvrage, puisqu’il est à la fois romancier et chroniqueur littéraire.

Dès mon entrée au lycée, j’avais été fasciné par les images de la mythologie grecque, l’Iliade, l’Odyssée et tout ce qui tournait autour de Troie. Gamin, j’avais été un admirateur d’Achille, le superhéros (presque) invincible. N’ayant étudié ni le grec ni la littérature, je ne me suis intéressé à Ulysse et à l’Odyssée que plus tard, en en lisant des passages, des condensés, ou en voyant des films portant sur telle ou telle aventure extraite de l’œuvre, en dégageant une vision incomplète. J’en percevais la richesse, la complexité, le mystère et même la magie. J’aurais voulu en savoir plus, mais je ne me suis jamais senti apte à lire une traduction intégrale des douze mille vers qui la composent.

Deux occasions d’aborder Homère se sont présentées à moi. Il y a huit ans, j’ai été sensible à l’invitation de Sylvain Tesson à une excursion dans le camp des Achéens (1) et à la démonstration de Daniel Mendelsohn sur les subtilités de l’écriture romanesque de L’Odyssée (2). Deux plaisantes et instructives récréations ; mais j’en suis sorti à peu près dans le même état d’esprit. Alors que faire, voir le film de Nolan ? Oui, mais ça ne changera rien. Lire un résumé de plus, lequel ? Il en existe tant, allant jusqu’à la synthèse en cinq lignes… Heureusement est parue L’odyssée de l’Odyssée.

À mon sens, les ouvrages de vulgarisation intelligente ont une vertu. Je tiens en haute estime la collection « Pour les Nuls ». Ses publications permettent de comprendre les bases de tel ou tel sujet, te laissant ensuite le choix d’en rester là, lectrice, lecteur, si tu estimes que tu en sais suffisamment, ou de décider d’approfondir le sujet, voire d’en devenir spécialiste. L’odyssée de L’Odyssée, c’est un peu L’Odyssée « pour les Nuls » et c’est très bien.

En véritable aède des temps modernes, Christophe Ono-di-Biot s’est approprié les talents romanesques d’Homère dans sa construction d’une narration conçue pour captiver un auditoire. En premier lieu, lectrice, lecteur, au cas où tu connaîtrais mal la cosmogonie de l’époque, il prend soin de rappeler les modes de rapports entre les dieux et les hommes, essentiels pour comprendre les péripéties. Puis il raconte, commente et, si nécessaire, explique l’ouvrage original sans le dénaturer : le contexte géopolitique à la fin de la guerre de Troie, la situation dans l’île d’Ithaque en l’absence prolongée de son roi, la décision non unanime des dieux de privilégier le retour de l’ordre des anciens jours, et ensuite les aventures d’Ulysse et d’autres personnages. OdB s’exprime sur un ton oral, très fluide, facile d’accès. Aéré par de nombreux intertitres souvent imprégnés d’humour, son texte respecte l’ordre dans lequel Homère avait construit son récit, un ordre qui n’avait rien de chronologique et qui était conçu pour ménager l’attention de l’auditoire par du suspense, des rebondissements, laissant une large part à de longs et inattendus flashbacks narrés par Ulysse lui-même.

Les complexités psychologiques des personnages et leurs conduites, celles d’Ulysse et de Pénélope notamment, sont finement explicitées et sont censées servir d’exemples, comme Homère l’aurait souhaité. Le sens romanesque de ce dernier ne l’empêchait pas de passer des messages dont la modernité et la pérennité étonnent, OdB allant jusqu’à voir dans l’Odyssée un guide de la maîtrise de soi et un manuel sur l’art de décider et de gouverner les hommes. Il lui arrive aussi de se laisser emporter par son enthousiasme, lorsqu’il déclare qu’Homère a « inventé » le gilet de sauvetage, le somnifère, le moteur, le transhumanisme, l’IA, etc ; « imaginé » me paraîtrait un terme plus approprié.

De L’odyssée de L’Odyssée et de ses trois cent soixante pages, je garde l’impression d’avoir lu un excellent ouvrage romanesque à ma mesure.

(1) - Un été avec Homère, (2) - Une Odyssée — un père, un fils, une épopée.

FACILE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT

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