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Avril 2026,
Elle est une figure incontestable de l’élite littéraire française d’aujourd’hui. Sur sa quinzaine de romans publiés depuis vingt ans, plusieurs ont rencontré le succès en librairie tout en lui valant des récompenses de premier ordre. Delphine de Vigan a l’habitude d’imaginer des personnages aux traits de caractère finement étudiés ; elle les fait évoluer dans des aventures fictives plus ou moins inspirées de son enfance, de sa jeunesse, de ses relations avec ses parents, sans oublier d’y mêler les principaux sujets sociétaux de l’air du temps.
Dans Je suis Romane Monnier, son dernier roman, voici Thomas, quarante-sept ans. Dès l’enfance, il avait dû supporter des moments très difficiles, auxquels il doit une apparente fragilité et la sensibilité d’un jeune garçon. Confronté à la solitude, il aurait pu avoir toutes les raisons de s’effondrer, mais il a survécu, s’adaptant aux situations et se construisant une vie qui, sur le plan matériel en tout cas, lui a convenu. Quand nécessaire, il a pu et peut toujours s’appuyer sur un couple d’amis solidement arrimés dans la société, qui lui sont très attachés. Et surtout, des circonstances inattendues ont fait de lui un père célibataire. Thomas éprouve une adoration et une admiration sans limites pour sa fille Léo, qu’il a élevée seul en y investissant toute son âme. Devenue adulte et autonome, Léo a peu à peu pris une sorte d’ascendant — affectueux, mais distant — sur son père.
Voilà que Thomas se retrouve sans l’avoir voulu en possession d’un smartphone ne lui appartenant pas ! Sa propriétaire, une jeune femme d’à peine trente ans qu’il ne connaît pas, refuse de venir récupérer son appareil et lui transmet même les codes lui permettant de l’utiliser. Il découvre ainsi son nom, Romane Monnier, qui ne lui dit rien. Il l’avait probablement croisée, mais sans lui prêter attention. Thomas est intrigué ; pourquoi cette Romane Monnier abandonne-t-elle son smartphone, un outil tellement personnel et intime, que chacun de nous tient au sien comme à la prunelle de ses yeux ? Et avant tout, qui est cette femme ? Selon des messages enregistrés, elle aurait envie de disparaître. Mais que veut dire « disparaître » ? La question heurte particulièrement Thomas, car il avait eu jadis une liaison de plusieurs mois avec une femme qui avait soudain inexplicablement « disparu ».
Au moyen du smartphone et d’applications qu’il ne connaissait pas, Thomas mène son enquête ; il reconstitue le passé de Romane Monnier, fouille ses secrets, ses désirs, ses inquiétudes… Un trou sans fond : l’enquête prend la tournure d’une obsession de tous les instants.
Je suis Romane Monnier… Quelle explication donner à ce titre ? Dans le présent de l’indicatif « je suis », fallait-il voir le verbe être ou le verbe suivre ? Fausse piste ! Pour Thomas, Romane Meunier va devenir une femme mythique ; elle occupera une place si importante dans sa vie, qu’il ne pourra jamais cesser de perfectionner le portrait qu’il imagine mentalement… jusqu’au moment, à la toute dernière page, où le titre prendra tout son sens.
Et toi aussi, lectrice, lecteur, tu voudras en savoir plus sur cette jeune femme et chaque fois que Thomas s’évertuera à explorer une application nouvelle, tu t’accrocheras à ce qu’il pourrait découvrir.
Et c’est là que le bât finit par blesser. Malgré un texte d’une grande fluidité et très agréable à lire, malgré la créativité de l’autrice qui imagine sans cesse de nouvelles incidences, tu éprouveras le sentiment de tourner en rond, de ressasser des banalités sur la place prise dans nos vies par les smartphones et les technologies numériques, sur notre incapacité grandissante à faire le tri entre le vrai et le faux, ainsi que sur la vanité des multiples traces laissées dans des mémoires digitales infinies, ne ressemblant pas à nos cerveaux sensibles.
Je pourrais conclure sur Je suis Romane Monnier par une formule que j’ai déjà utilisée : une lecture sympathique, par instant émouvante, mais pas inoubliable. A moins qu’il ne faille classer Delphine de Vigan parmi ces plumes virtuoses, dont les romans, dépourvus de véritable intrigue, n’ont pour finalité que de montrer l’absurde de notre monde.
GLOBALEMENT SIMPLE ooo J’AI AIME
Roman de Delphine de Vigan déjà critiqué : Les gratitudes
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