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Février 2026,
Ça n’entre pas dans mes pratiques. Je l’ai pourtant envisagé à plusieurs reprises, je me suis forcé à continuer, chapitre après chapitre, mais je n’accrochais pas au texte, il m’ennuyait et son style me déplaisait. Au bout d’une semaine, j’ai fini par jeter l’éponge après avoir lu quatre cents pages de Shantaram, qui en compte neuf cents… il en restait trop !… Un best-seller mondial considéré par beaucoup comme un chef-d’œuvre ! Comment expliquer une telle déception ?
En premier lieu, quelques indications pour celles et ceux qui ne connaissent pas. L’histoire même de ce livre est un roman. Ecrit par un Australien du nom de Gregory Davids Roberts, Shantaram est un récit très autobiographique. A la suite d’une rupture familiale, Roberts s’était dévoyé : héroïne et vols à main armée. Arrêté, condamné à dix-neuf ans de prison, il s’était évadé en 1980 et avait fui en Inde, à Bombay — on devrait aujourd’hui dire Mumbai —, où il avait vécu pendant dix ans sous un faux nom. Interpellé en 1990 à Francfort en flagrant délit de transport de drogue, il est identifié, extradé en Australie et réemprisonné pour six ans. Il entreprend alors l’écriture de Shantaram, inspiré par son long séjour à Bombay. Il lui faudra six années de plus pour achever un livre qu’il proclame « écrit dans le sang, les larmes et l’exaltation ».
Le narrateur et héros de Shantaram est donc un double de son auteur. Muni à son arrivée à Bombay d’un faux passeport au nom de Lindsay, il est baptisé Lin ou Linbaba par ses premiers interlocuteurs indiens. Dès la première page, il évoque son passé avec une grandiloquence témoignant d’une haute opinion de soi : « J’étais un révolutionnaire qui avait renoncé à son idéal pour l’héroïne, un philosophe qui avait dissous son intégrité dans le crime, un poète qui avait perdu son âme… ». Lin y résume aussi ses dix années en Inde : « J’ai rejoint la mafia de Bombay, j’y ai été trafiquant d’armes et de drogues, et faussaire. J’ai été enchaîné…, battu, poignardé, affamé. J’ai fait la guerre, j’ai chargé contre le feu ennemi et j’ai survécu alors que des hommes mouraient autour de moi… »
Tout un programme ! Mais dans mon périmètre limité à quatre cents pages, les aventures successives et variées de Lin ne m’ont pas fait vibrer. J’ai bien noté son intention de s’acheter une conduite. Lin s’affiche à profusion en homme de bonne moralité, courageux, bienveillant et généreux, ouvert à toutes les expériences d’immersion sociale, acceptant de prendre des risques pour rendre un service, pour secourir la veuve et l’orphelin, pour résoudre des situations dramatiques ou conflictuelles. Son attitude lui vaut son surnom de Shantaram : homme de paix. Pourquoi pas ? Je n’ai cependant pas été convaincu par ses nombreux et sentencieux commentaires pseudophilosophiques ni par ses essais dérisoires au lyrisme. Peut-être un problème de traduction ?
Pour parler franc, j’ai eu l’impression de lire ce qu’on appelle un rapport d’étonnement, un très long rapport d’étonnement. Fraîchement débarqué à Bombay, le narrateur entend faire partager ses découvertes : mœurs des différents corps sociaux, contrastes des quartiers, des habitats, avec, au premier plan, la très grande pauvreté, les conditions de vie épouvantables dans des bidonvilles surpeuplés, d’où sont de surcroît exclus des millions de sans-abris… Un documentaire complet et détaillé sur Bombay, avec, derrière le pittoresque, une prolifération de trafics en tous genres, de violences, de haines, de crimes, sur fond de corruption généralisée. Les mots ne sont toutefois pas assez forts pour une visite virtuelle réussie de l’Inde et de sa plus grande ville. Les vertus spectaculaires des images de la série vidéo inspirée du roman seraient sans nul doute plus efficaces.
Je ne suis pas allé en Inde. En Occident, ce pays a suscité et suscite toujours des fantasmes. Je n’y suis personnellement pas sensible, comme je ne le suis pas non plus aux charmes transgressifs des paradis artificiels illicites, que je n’ai jamais pratiqués. Je n’ai donc rien trouvé de plaisamment romanesque dans les nombreux épisodes de Shantaram où les drogues se négocient, se préparent et se consomment ; des pages sans intérêt pour moi. Comme Lin, en revanche, j’ai été séduit par les yeux verts de la très belle et mystérieuse Karla. J’ai refermé le livre avant de savoir jusqu’où irait sa relation avec Lin. Tant pis ! J’en reste à craindre le pire pour lui, ayant la conviction d’avoir reconnu en elle tous les signes d’une James Bond girl fatale.
DIFFICILE o J’AI AIME… PAS DU TOUT
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