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Février 2026,
L’enfant du Danube est le long, très long récit des aventures misérables en Hongrie d’un jeune garçon prénommé Béla, depuis sa naissance jusqu’à son départ clandestin du pays en 1931, à l’âge de dix-huit ans. Leur narrateur est Béla lui-même, ou plus précisément l’écrivain adulte que Béla est supposé être devenu, étant établi que l’auteur du livre, János Szekely (1901-1958), s’est projeté personnellement dans son jeune héros. J’y reviendrai.
Le roman s’engage avant la naissance de Béla, par sa procréation, fruit de la rencontre, un soir, d’Anna, une jeune fille du village, et de Beaumichel, un esbroufeur de passage qui disparaît aussitôt — et que tu auras la surprise, lectrice, lecteur, de retrouver après plusieurs chapitres —. Dans la région, la pauvreté des paysans est telle qu’Anna part trouver quelque gagne-pain à Budapest. Béla est placé chez une ancienne prostituée acariâtre reconvertie dans l’accueil d’enfants abandonnés. Maltraité, il fait preuve de résilience, joue les durs et manifeste une envie d’apprendre surprenante et déterminée.
A quatorze ans, n’en pouvant plus de marcher dans la neige sans souliers, Béla commet un méfait qui le contraint à quitter le village. Il est alors hébergé à Budapest par Anna, sa mère, une lingère qui peine à gagner de quoi survivre. Après la misère des campagnes, Béla fait l’expérience de la misère des grandes villes, de ses pièges, de ses désespoirs. Pas possible pour lui d’aller à l’école, il devient groom dans un hôtel de luxe, côtoyant le gotha pendant ses heures de travail, avant de retrouver le taudis familial dans un lointain faubourg ouvrier, qu’il rejoint à pied, ne pouvant payer le tramway. Béla accepte tous les sacrifices pour assurer la subsistance de sa mère.
Sous l’effet de la Grande Dépression, à la fin des années vingt, la pauvreté s’étend aux classes moyennes et les inégalités deviennent insoutenables. Tenté par le socialisme, Béla est surveillé de près par la police secrète du régime totalitaire en place… laquelle, en même temps, le sollicite. « Dans les grandes crises, on est un salaud ou un révolutionnaire », se dit-il. Finalement, quand la misère n’offre pas d’autre choix, la seule solution ne serait-elle pas la fuite ?
Budapest est alors la capitale d’un pays à l’histoire glorieuse, mais ayant perdu son accès à la mer et les deux tiers de son territoire en 1918, à la suite de la Première Guerre mondiale. Royaume sans roi, la Hongrie est dirigée d’une main de fer par un régent, l’ex-amiral Horthy ; un dictateur impitoyable qui, selon l’auteur, prétendait avoir expliqué à Mussolini comment faire taire les oppositions, et qui aurait partagé avec Hitler la conviction qu’il fallait en finir une fois pour toutes avec les Juifs. On sait où mèneront quelques années plus tard les fantasmes antisémites d’alors, lesquels n’avaient rien à envier à certaines réactions hystériques actuelles.
Ayant connu la même misère que Béla, János Szekely avait quitté en 1920 la Hongrie pour l’Allemagne, où il écrivit des scénarios pour le cinéma muet ; une étape avant de rejoindre Hollywood en 1934 et d’y rencontrer le succès. Pointé du doigt par les maccarthystes après la publication de L’enfant du Danube en 1946, il devra quitter les Etats-Unis et finira ses jours à Berlin-Est.
Difficile de savoir si les aventures de Béla ont été réellement vécues par l’auteur ou si certaines sont le produit de son imagination. Sur un fond sonore tzigane endiablé ou nostalgique, les péripéties sont en tout cas variées, souvent inattendues, bien amenées et plaisamment racontées ; tu croirais presque y assister, lectrice, lecteur. Le narrateur se remémore avec recul la naïveté du jeune garçon qu’il a été, décochant ça et là quelques touches d’autodérision. De timides sourires pour compenser un trop-plein d’émotions, celles qu’inspirent notamment les épisodes où s’affiche le dénuement absolu de familles sans ressources.
Et tout au long des huit cent cinquante pages de L’enfant du Danube, lesquelles se lisent avec entrain, comment ne pas être sensible au dévouement filial de Béla, à sa détermination rarement ébranlée, à son sens moral bienveillant, à ses commentaires pertinents, ainsi qu’à sa vocation de poète révélée dès l’adolescence ?
DIFFICILE oooo J’AI AIME BEAUCOUP
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