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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le Compromis de Long Island, de Taffy Brodesser-Akner

Publié le 19 Décembre 2025 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Décembre 2025,

Le Compromis de Long Island est le deuxième roman de Taffy Brodesser-Akner, une journaliste renommée dans les sphères culturelles et mondaines new-yorkaises. Malgré le succès du livre outre-Atlantique, malgré son obtention en France du grand prix de littérature américaine et un enthousiasme de circonstance chez les libraires, les lectrices et les lecteurs français émettent des avis partagés. Pour ma part, après un instant de doute et sous quelques réserves sans importance, j’ai passé un très bon moment à lire ce long roman de près de six cents pages, dont la manière rappelle certains ouvrages de Philip Roth et leurs personnages fouillés, imprégnés d’impalpables touches d’humour juif new-yorkais.

Le livre raconte l’histoire des Fletcher, une famille juive fictive ayant prospéré aux Etats-Unis depuis le milieu du XXe siècle. Avant de décéder prématurément, son patriarche avait créé sa double légende de rescapé du nazisme et d’incarnation du rêve américain. Les dividendes de l’usine de polystyrène qu’il avait fondée avaient permis d’installer somptueusement sa famille dans une immense et très belle propriété à Long Island, une île constituant un quartier résidentiel huppé de New York.

Mais en 1980, Carl Fletcher, son fils et successeur à la tête de l’usine, allait être la victime d’un kidnapping violent. En dépit d’une forme de déni familial assumé de la gravité de l’événement, ses conséquences allaient traumatiser durablement ses enfants et remettre en question la trajectoire de la riche — trop riche ? — famille, menée avec rigueur par deux femmes attachées aux traditions juives, Phyllis, la mère de Carl, et Ruth, son épouse.

La structure du livre surprend par son déséquilibre. Les péripéties du kidnapping, tel qu’elles ont été vécues par la famille jusqu’à son issue, font l’objet d’une narration dynamique digne d’un thriller, dans un chapitre préliminaire d’une quarantaine de pages. S’en suit une très très longue « première partie » de quatre cent cinquante pages — soit les trois quarts de l’ouvrage ! — qui te plongera successivement, lectrice, lecteur, dans la conscience névrosée des trois enfants de Carl et de Ruth, quarante ans plus tard, lors du décès de leur grand-mère Phyllis.

Beamer, le fils cadet, mène grand train à Los Angeles ; un récit long et dérangeant — le burlesque tarde à apparaître ! — révèle les addictions de ce scénariste raté à diverses drogues et expériences sadomasochistes. Nathan, son frère aîné, vit en famille à Long Island ; casanier, veule, craintif, il occupe un poste d’avocat de second rang dans un cabinet important ; comme souvent quand on refuse le risque, ses rares décisions sont catastrophiques ; leur narration est franchement drôle. Reste Jenny, la petite dernière ; brillante, elle n’assume pas ses privilèges de classe ; rejetant le mode de vie de ses parents, elle prend ses distances, redistribue son argent et se lance dans l’action sociale et syndicale.

Dans une courte « deuxième partie » surviennent des événements graves et soudains — mais dont certains étaient en germe (1) —, amenant, dans une très courte « troisième partie » servant d’épilogue, les membres de la famille à des remises en question… s’ils en sont capables !

En réalité, précise l’autrice, « les Fletcher n’étaient pas prodigieusement riches… ils étaient raisonnablement fortunés » ; ils étaient les plus riches dans leur entourage, qui en était obsédé ; mais pas d’avion privé, pas de yacht, pas de bijoux, rien d’ostentatoire si ce n’est la maison. Eux, les Fletcher, avaient surtout cru que leurs moyens financiers les protégeraient de tout ; il fallait donc que les tracas imprévus aient été provoqués par un mauvais génie, comme « un dybbouk dans les tuyaux », une expression du folklore traditionnel juif que je ne connaissais pas.

Le problème est que se savoir riches les avait désarmés, fragilisés, et ils étaient inaptes à trouver leur place dans la société. Jenny l’avait compris depuis longtemps. Pas sûr que Nathan et Beamer puissent évoluer ! … Happy end ou « horrible fin » ? A chacun de trouver son compromis…

(1) J’ai apprécié le parallèle métaphorique suggéré par une chroniqueuse littéraire talentueuse, entre le polystyrène qui protège, isole et pollue, et l’argent qui protège, isole et corrompt.

DIFFICILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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