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Septembre 2025,
C’est un fait : il m’est plus difficile d’écrire la critique d’un excellent roman que de dézinguer un livre que je n’ai pas aimé. Alors, si j’avoue le mal que j’ai eu à rédiger la présente chronique, on en déduira à juste titre que j’ai lu avec enthousiasme Les éléments, dernier opus de l’Irlandais John Boyne, déjà auteur, entre autres, des œuvres admirables que sont Le Garçon en pyjama rayé et La Vie en fuite.
Dans ce roman qu’on pourrait qualifier de saga, tout commence sur une île minuscule au large de l’Irlande. Les péripéties se poursuivent à Dublin, à Londres, à Sydney, ainsi que dans une ville moyenne d’Angleterre non nommée parce que fictive, sans oublier une courte escale à Dubaï, avant de trouver leur fin lors d’un retour sur l’île.
L’auteur a choisi de laisser s’exprimer quatre narrateurs. Ces personnages, deux femmes et deux hommes, ont été directement ou indirectement confrontés à des abus sexuels. Ils en ressentent une souillure indélébile, susceptible de les amener à des dérapages non contrôlés. Pour continuer à survivre, chacun s’accroche à l’un des éléments fondamentaux de l’univers, structurant ainsi le livre en quatre parties : l’eau, la terre, le feu, l’air. Une architecture littéraire ambitieuse, audacieuse, mais ne présentant aucune complexité à la lecture.
Grande bourgeoise, Vanessa s’est exilée sur une île au climat pluvieux. Elle a choisi la mer pour mettre à distance un monde insoutenable, après l’arrestation, pour viol de très jeunes filles, d’un notable respecté de Dublin. Autre tourment, sa propre fille, pourtant nageuse accomplie, s’est noyée en mer… Vanessa aurait-elle pu l’empêcher ?
De la terre humide de l’île à la pelouse impeccable d’un stade ! Espoir du football malgré lui, il fuit un père aussi brutal qu’obtus et quitte l’île pour Angleterre. Il y vit d’expédients dégradants, avant de signer un contrat dans un club. Parmi ses coéquipiers, un mâle fier de ses conquêtes féminines… Accusé de complicité de viol, s’en sortira-t-il indemne ?
Cheffe du service des grands brûlés à l’hôpital d’une ville moyenne, elle avait, à l’âge de douze ans, subi divers sévices de la part de deux copains de quatorze ans. Elle avait cru s’en libérer en manipulant des allumettes. Vingt-cinq ans plus tard, elle porte un intérêt particulier aux jeunes garçons de quatorze ans… N’est-ce pas jouer avec le feu ?
A quatorze ans, il avait été violé par une femme adulte. Même marié, sa libido en était restée désespérément atone. Partir s’installer en Australie n’y avait rien changé. Voilà qu’il décide d’embarquer son fils, quatorze ans, pour un très long périple dans les airs, menant de Sydney à Dublin, avant un dernier trajet en train et en bateau… Une manière de boucler la boucle en famille.
Les quatre récits sont indépendants, tout en étant liés, parfois imbriqués avec bonheur les uns dans les autres. Leurs courts chapitres alternent présent et passé, ce qui donne du punch à la lecture et provoque l’envie presque frénétique d’en savoir plus. L’auteur sait s’y prendre pour ménager ses effets. Truffé d’incertitudes en suspens, de découvertes surprenantes, de rebondissements multiples, le roman offre des pages qui se lisent le souffle coupé, comme un thriller.
La psyché des narrateurs est méticuleusement élaborée. Inspirés de faits de société très actuels, les récits qu’ils donnent de leurs aventures revêtent une authenticité poignante. Tu auras, lectrice, lecteur, l’impression d’écouter les confidences de proches. Tu éprouveras tour à tour à leur égard de la curiosité, de la compassion, de l’émotion, de l’agacement, et parfois aussi, de la répulsion.
Le texte se lit sans effort. Nulle complication, nulle fioriture, nul effet de style dans la plume de John Boyne, sa fluidité est totale. Les éléments est un livre passionnant que j’ai regretté de refermer après la dernière page ; et toi, lectrice, lecteur, tu pourrais regretter de ne pas le lire, car il a tout pour te plaire, quels que soient tes goûts ou tes habitudes littéraires.
GLOBALEMENT SIMPLE ooooo J’AI AIME PASSIONNEMENT
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