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Août 2025,
Très peu lu en France, La leçon d’allemand, publié en 1968, est un livre incontournable outre-Rhin, où il fait partie des ouvrages de littérature inscrits au programme des lycées. Siegfried Lenz (1926-2014) aura en effet été un écrivain essentiel de l’après-guerre, en orientant ses jeunes compatriotes vers un futur digne sans occulter un passé indigne. Sur près de six cents pages, son roman La leçon d’allemand se compose de deux histoires espacées de dix années et superposées dans deux récits entrelacés.
La première remonte à 1943, au nord de l’extrême nord de l’Allemagne. Une région plate et sombre de tourbières au bord de la mer du Nord, battue par des vents violents, des pluies froides, des brouillards denses. Le narrateur, prénommé Siggi, se souvient : il n’a pas encore neuf ans, son père est le brigadier — et unique effectif — du poste de police local, où la famille est logée. Non loin de là se trouvent l’habitation et l’atelier d’un ami, un peintre, Max Ludwig Nansen, un homme bienveillant, d’une bienveillance toutefois légèrement teintée de suffisance ; il a une haute opinion de son talent et de ses devoirs d’artiste. Son œuvre est appréciée par des amateurs éclairés, mais elle a été qualifiée de « dégénérée » par Berlin, qui lui signifie une interdiction officielle de travailler.
Il revient au brigadier d’aller porter cette interdiction en main propre. Le peintre lui oppose une forme d’incrédulité désinvolte : impossible d’arrêter de peindre, tant pis pour les risques encourus ! Voilà qui attise l’agacement puis la rage du brigadier, qui, obsédé par son « devoir » de fonctionnaire, trouve insupportable qu’on le nargue en faisant fi des règlements. Chargé de veiller au respect de l’interdiction, il s’entêtera à remplir son « devoir », menaçant son ancien ami, confisquant des œuvres, adressant des rapports à Berlin, tandis que l’artiste imaginera des biais pour poursuivre son travail, notamment par des peintures dites invisibles. Les relations entre les deux hommes se dégraderont. Au fil des mois, l’idée, puis la réalité de la défaite ne changeront rien à l’obstination du brigadier.
Pendant tout ce temps, Siggi est partout. Accroupi dans des cachettes ou assis sur le porte-bagages du vélo de service paternel, il observe les personnes de son entourage, voit tout et comprend ce qu’il peut à son âge. Tandis qu’il se passionne pour le travail du peintre qui l’a pris en affection, la peur qu’il éprouve face à un père obtus et violent se transforme en mépris, en haine et en incompréhension.
Dans son second récit, Siggi a vingt ans. Pour des motifs révélés dans un rapport de psychologie vers la fin du roman, il est détenu dans un centre de rééducation pour jeunes adultes. En cours d’allemand, on a donné comme sujet de rédaction : « Les joies du devoir ». Assailli par une masse d’évocations, Siggi ne peut rien écrire. Sa copie blanche est prise pour un geste de rébellion et il est envoyé en cellule isolée jusqu’au rendu d’une composition correcte. Pris au jeu des souvenirs, il choisit de rester plusieurs mois à l’isolement afin d’achever le récit complet du long duel ayant opposé le peintre désormais célèbre (*), à son père, fidèle au poste, toujours aussi rigide, et sur lequel il ne cesse de s’interroger.
Pour l’essentiel, les péripéties se situent en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale, sans que les mots « nazi », « Hitler » et « juif » soient énoncés. Peut-être n’avaient-ils aucune résonance dans cette contrée rurale et sauvage du bout du monde ! L’auteur s’est attaché à montrer comment le régime avait conduit certains à satisfaire leur bonne conscience dans l’exécution aveugle d’ordres stupides. Un sujet qui ne concerne pas que l’Allemagne nazie ! Comme le dit le peintre : « Tout ce qui se passe dans le monde, tu le trouves ici… »
L’auteur s’est laissé aller à observer de nombreux personnages secondaires, s’amusant de leurs faits et gestes. Il s’étend sur la grisaille triste des paysages, tranchant avec les couleurs vives des toiles du peintre. J’ai lu avec plaisir et intérêt ce livre, dont les longueurs ne plairont pas à tout le monde.
(*) Pour le personnage de Max Ludwig Nansen, Siegfried Lenz s’est inspiré du célèbre peintre expressionniste Emil Nolde. Hitler détestait ses peintures, qui ont donc été jugées « dégénérées » et interdites. Il a toutefois été révélé récemment que Nolde avait été membre du parti nazi et qu’il était foncièrement antisémite. Rien de tel n’est allégué pour son double fictionnel dans le roman.
TRES DIFFICILE oooo J’AI AIME BEAUCOUP
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