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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Les Lieux souterrains, de Gustavo Faverón Patriau

Publié le 27 Octobre 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Octobre 2026 

La rumeur bruisse, on parle de chef-d’œuvre ! Mais les ouvrages présentés comme des chefs-d’œuvre ont souvent de nombreux contempteurs. Alors qu’en est-il vraiment ? Qu’en serait-il, à mon goût ? Après quelques hésitations, je me suis lancé dans ce gros pavé de sept cents pages, dont l’auteur, Gustavo Faverón Patriau, la soixantaine, est un homme de lettres péruvien, spécialiste de littérature latino-américaine. Avec Les Lieux souterrains, il est publié pour la première fois en français, huit ans après la parution de l’ouvrage original en espagnol.

Le narrateur se présente comme le biographe informel d’un personnage fictif nommé George Bennett, un cinéaste méconnu. Ils s’étaient rencontrés jeunes, au début des années soixante-dix, à Brunswick, une petite ville du Maine, aux États-Unis. George, était par la suite parti en Amérique du Sud, sur ce qu’il croyait être les traces de son père, qui s’appelait lui aussi George Bennett. Pourquoi ? Il pressentait que son père était un assassin psychopathe et, plus largement, un tortionnaire opérant pour le compte de dictatures militaires d’Amérique latine. « Découvrir les choses qu’il a faites, c’est comme découvrir les choses que je suis capable de faire. », disait le jeune homme.

Le titre du premier chapitre s’inspire d’un tableau de Jérôme Bosch, où un chirurgien coiffé d’un entonnoir à l’envers procède à une trépanation, afin d’extraire la « pierre de folie » du crâne d’un homme se croyant dément. Est-ce la meilleure façon de guérir la folie furieuse omniprésente dans le livre ? Dans le second chapitre, une femme vivant à Brunswick dévoile à George les sévices horribles que lui avait infligés son précédent conjoint, un homme monstrueux, à Lima, Pérou. Le roman relate ensuite le parcours de George au Pérou, justement, et aussi au Paraguay, en Argentine et au Chili, des pays ayant connu des régimes totalitaires terrifiants, recourant largement à la détention arbitraire et indéfinie de leurs opposants, avec la volonté de les faire « parler », même s’ils n’ont rien à dire. Une opportunité de carrière, pour qui est « formé aux méthodes d’extraction d’informations ».

En multipliant les références culturelles, en mettant en scène de nombreux personnages, masculins, féminins, l’auteur prend un malin plaisir à t’embrouiller, lectrice, lecteur, car les protagonistes ont des facettes multiples, qui évoluent tout au long de la quarantaine d’années que durent les événements du livre ; ils apparaissent aussi dans leurs rêves, qui, selon le moment, s’avèrent plaisants ou cauchemardesques. Il est courant, dans les romans, qu’un personnage se révèle sous deux profils psychologiques différents. Dans Les Lieux souterrains, on trouve même l’inverse : un profil psychologique (et parfois physique) identique chez deux personnages différents ! Sans compter que le port d’un masque d’ours complique encore les choses...

Même si, dans une dernière partie, le narrateur du début reprend la plume pour mettre de l’ordre dans la chronologie des péripéties et clarifier les relations entre les protagonistes, je te préviens, lectrice, lecteur : il est difficile de se remettre de plusieurs centaines de pages pas désagréables à lire, parfois instructives, mais dont la cohérence est inaccessible. Certes, on comprend bien que les locaux en sous-sol conviennent aux séquestrations clandestines pratiquées par les assassins, les sadiques et les violeurs. Il n’est donc pas illogique que les dictateurs confient à des individus au profil de tortionnaire la conception de prisons souterraines, dans lesquelles leurs méfaits pourront rester ignorés.

Et George, le héros tragique et tragi-comique du roman ! A-t-il lui-même tout compris, a-t-il tué ceux qu’il fallait vraiment tuer ? Le narrateur conclut à « l’inutilité de ses crimes et à l’injustice hasardeuse de ses actes ».

Pour espérer apprécier ce roman, il aurait fallu que j’en fasse une nouvelle lecture, après l’avoir lu — tant bien que mal — une première fois. Une pratique que j’avais adoptée pour d’incontestables chefs-d’œuvre d’accès très difficile, comme Le bruit et la fureur, de William Faulkner, Confiteor, de Jaume Cabré, ou des œuvres de Vladimir Nabokov. Mais dans le cas présent… je n’en ai pas eu l’envie… Je salue toutefois la créativité prolifique de l’auteur et l’abondance foisonnante des péripéties qu’il a imaginées dans Les Lieux souterrains.

TRES DIFFICILE     oo    J’AI AIME… UN PEU

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