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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Ethan Frome, d'Edith Wharton

Publié le 7 Octobre 2026 par Alain Schmoll in Littérature, chroniques littéraires, lecture, romans

Octobre 2026, 

La notoriété d’Edith Wharton n’est plus à faire, mais qui était-elle vraiment ? Cette écrivaine américaine était née en 1862 dans une famille très fortunée de la haute société new-yorkaise. À partir de 1907, elle s’était installée en France, à Paris, à Hyères, dans le Var, ainsi qu’à Saint-Brice-sous-Forêt, Val d’Oise, où elle est décédée en 1937. Son comportement pendant la Grande Guerre lui valut d’être décorée de la Légion d’honneur. Jeune, Edith Wharton avait écrit des poèmes, des nouvelles, avant de se consacrer plus tard au roman et d’en publier une quinzaine. Son plus célèbre, Le Temps de l’innocence, lui permit, en 1921, d’être la première femme à recevoir le prix Pulitzer. La plupart de ses romans, fondés sur une critique caustique de son milieu d’origine, ont connu un succès éclatant.

Dans un registre très différent, Ethan Frome, court roman publié en 1911, est considéré par certains comme son chef-d’œuvre. L’histoire prend place dans les collines du Massachusetts, où la famille de l’auteur (on ne disait pas « autrice » en ce temps-là) possédait une superbe propriété. Mais si tu penses, lectrice, lecteur, aux paysages verdoyants et aux festivals culturels chics des Berkshires, tu fais erreur. L’atmosphère du roman est hivernale, les habitants vivent dans le dénuement et peinent à se déplacer sur des terrains rocheux escarpés, balayés par des vents glacés et recouverts de plusieurs dizaines de centimètres de neige. Ethan Frome avait d’abord été publié en français sous le titre Sous la neige.

Le roman se compose de deux récits. Le narrateur, ingénieur dans une entreprise de production électrique, est en mission technique dans une centrale locale, qui l’amène à résider sur place pendant les mois d’hiver. Dans le village où il est logé, il est frappé par l’aspect brisé, au physique et au moral, d’un quinquagénaire nommé Ethan Frome. Héritier d’une ferme et d’une scierie ne lui rapportant presque rien, cet homme avait probablement eu belle allure dans sa jeunesse, mais une série de déboires avaient sapé ses espérances, avant qu’un accident grave le foudroie, vingt-quatre ans plus tôt.

Que lui était-il arrivé ? Après avoir obtenu, auprès de quelques villageois peu diserts, des informations partielles et contradictoires sur les circonstances de cet accident, notre narrateur s’érige en romancier pour un second récit enchâssé dans le premier. Il reconstitue le fil des péripéties survenues durant trois journées clés de la vie du jeune Ethan Frome, dans la proximité de son épouse, une femme plus âgée, revêche, taciturne, souffreteuse, et d’une toute jeune cousine, fraîche et avenante, censée faire office d’aide ménagère. Trois jours à la fin desquels le jeune homme, miné par la misère et la mémoire de ses malheurs passés, se sentira incapable de s’accrocher à un bonheur possible et de transformer une menace en chance. Mis sous pression, il prendra une décision terrible… dont l’effet s’avèrera comme un échec de plus.

Rien n’est laissé au hasard dans la conception et l’écriture du livre, Edith Wharton maîtrisait son sujet. Sa plume est claire, précise, parfaite. Émaillé de très belles évocations de paysages enneigés, de ciels ensoleillés ou brouillés, le texte du second récit se développe très lentement, te captivant insidieusement, lectrice, lecteur, tout en instillant le malaise dans ton esprit, avec la crainte impalpable d’une issue tragique. En l’absence de rebondissements spectaculaires, il parvient aussi à te surprendre par des inflexions auxquelles tu ne t’attends pas.

Dans une introduction écrite dix ans après la publication du livre, Edith Wharton explique s’être refusée à produire un roman de facture romantico-classique sur la destinée d’un homme pauvre et malchanceux, dont chaque échec aurait porté en germe l’échec suivant et qui se serait recroquevillé peu à peu dans une posture de perdant résigné. Elle a choisi une structure narrative concise, sèche, ramassée sur quelques jours, qui souligne avec force l’impossibilité ultime et implacable, pour un être maudit, à trouver une issue heureuse.

Le malheur et la pauvreté affleurent entre les lignes, dans la rigueur des paysages glacés, dans l’austérité des décors intérieurs, dans l’expression fermée des visages, dans le manque d’énergie lors des instants décisifs. L’empathie du narrateur est le reflet de la sensibilité de la riche et talentueuse écrivaine. Un court et très bon moment de lecture.

FACILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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