Novembre 2025,
Je te préviens, lectrice, lecteur, ma critique de Je voulais vivre s’accompagne de considérations personnelles. Aussi, avant de t’embarquer dans mes digressions, je t’annonce sans ambages que ce dernier ouvrage d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre m’a passionné et que sa réécriture de Les trois Mousquetaires, le « best-seller » universel d’Alexandre Dumas, constitue, à mes yeux, une véritable prouesse littéraire. Je le proclame haut et fort, parce que j’avais hésité à le lire, ayant gardé quelques préjugés après un précédent roman de l’autrice.
Tout le monde a lu Les trois Mousquetaires, plus ou moins tôt à l’adolescence. C’est en fait ce que tout le monde a l’habitude de dire, et moi aussi… Sauf que, dans les premières pages de Je voulais vivre, en découvrant les accusations de ceux qui se sont institués « juges », j’ai pris conscience que je n’avais probablement pas lu le fameux roman de Dumas, en tout cas, pas en entier, ou peut-être seulement une version expurgée destinée aux enfants, juste de quoi garder le souvenir d’aventures de cape et d’épée glorifiant d’Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Milady ? Une ennemie des héros, forcément vouée à l’échec, un personnage féminin secondaire ; je n’avais pas pris la mesure du potentiel de séduction ni de l’incarnation maléfique dont Alexandre Dumas l’avait doté.
Au fil de ma lecture de Je voulais vivre, j’ai découvert avec intérêt une fiction romanesque consacrée à la vie et à la mort d’une femme à nulle autre pareille : Charlotte Backson, Anne de Breuil, puis Milady de Winter. Que retenir du personnage ? Victime en 1609, à l’âge de six ans, d’un crime affreux la laissant orpheline, elle fait preuve d’une résilience étonnante qui se confirmera tout au long de son enfance, de son adolescence et de sa courte vie d’adulte. Dotée d’un esprit brillant, d’un caractère bien trempé, d’un opportunisme débridé et d’une capacité de séduction irrésistible, elle atteint prématurément une maturité qui l’incite à vouloir accélérer sa destinée de femme libre, par des choix osés dont elle mesure mal les risques. Elle chute durement, se relève à chaque fois, prompte à reprendre son ascension dans les cours royales de France et d’Angleterre, rebondissant sur des stratégies de plus en plus audacieuses, abandonnant un à un tous ses scrupules face à des adversaires toujours plus nombreux, déterminés et haineux. Vengeances à suivre ! Une spirale captivante !
A partir de 1625, jusqu’en 1628, année de son « exécution », son parcours croise et recroise celui des mousquetaires Athos, Porthos et Aramis, rejoints par d’Artagnan. Celui-ci s’est mis au service de la reine de France, tandis que Milady émarge chez le cardinal de Richelieu. La suite est connue.
Pour écrire Je voulais vivre, qui élargit l’angle de vision fixé dans l’ouvrage originel, Adélaïde de Clermont-Tonnerre a développé des allusions esquissées ça et là par Alexandre Dumas : une idée intelligente pour concevoir une fiction romanesque renouvelée, sans trahir son inspirateur. Elle a choisi — à juste titre, selon moi — de la raconter à la manière de Dumas, bien que ses longs récits narratifs classiques, parfois verbeux, puissent te lasser, lectrice, lecteur, car les façons d’écrire aujourd’hui sont plus épurées, plus incisives. Pour éviter l’ennui pouvant naître de l’uniformité, certains récits sont confiés à des narrateurs variés — parmi lesquels Milady elle-même, témoignant comme en direct, et d’Artagnan, ressassant sa confession quarante-cinq ans plus tard —. L’autrice a opté pour des chapitres très courts, ce qui aère la lecture des quatre cents pages.
Restent les petites polémiques : est-il légitime de réécrire un livre considéré comme « culte » et d’en publier une version prétendument féministe ? En 1844, quand Dumas écrivait Les trois Mousquetaires, les romans de cape et d’épée, paraissant en feuilletons, séduisaient un public attaché à la mythologie viriliste du duel ; les femmes fatales et criminelles s’inscrivaient dans un fantasme, celui des créatures du Mal ou du Diable. Adélaïde de Clermont-Tonnerre reprend, sans les transformer, les mêmes péripéties qu’Alexandre Dumas ; elle montre en revanche comment Milady, aveuglée par l’esprit de revanche et de vengeance, devient fatalement une meurtrière. En ce qui nous concerne, lectrices et lecteurs d’aujourd’hui, admettons simplement qu’on ne peut pas employer les mots de tribunal, de jugement et de punition pour qualifier l’horrible mascarade de la mise à mort de la jeune femme.
Roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre déjà critiqué : Le dernier des nôtres
GLOBALEMENT SIMPLE oooo J’AI AIME BEAUCOUP
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