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Janvier 2026,
Impossible, en lisant les premiers chapitres de La lumière vacillante, de ne pas penser à L’amie prodigieuse, la fameuse saga romanesque en quatre volumes d’Elena Ferrante, relatant plusieurs décennies d’amitié de Lenù et de Lila, depuis leur enfance dans un quartier déshérité de Naples. Le roman de Nino Haratischwili tient en un seul volume… sur sept cents pages, quand même ! C’est aussi une histoire d’amitié féminine indéfectible. Elles sont quatre et ont grandi à Tbilissi, capitale de la Géorgie. Elles y vivaient en famille dans de modestes bâtisses anciennes, autour d’une cour où elles aimaient à se retrouver, leurs frères et les autres garçons du quartier complétant le casting. Leur complicité s’est scellée en 1987, elles avaient alors treize ans.
Nino Haratischwili est née à Tbilissi en 1983. Plus jeune que ses héroïnes, elle était enfant lors des événements historiques racontés dans le livre. Ses parents s’étaient exilés en Allemagne, où elle est aujourd’hui installée. Romancière et dramaturge, elle écrit en géorgien et en allemand.
Keto, Dina, Nene et Ira deviendront femmes dans un climat sociopolitique complexe et violent. Après le démantèlement de l’URSS, fin 1991, la Géorgie, ex-république soviétique, déclare son indépendance. Mais ni les institutions ni la population ne sont prêtes. La période de transition est périlleuse et sans fin : luttes de factions, sécessions régionales, provocations russes, manifestations, répressions, crise économique, pénuries. L’Etat de droit et le libéralisme n’émergent pas. S’y substituent une « loi des voleurs » héritée du goulag, ainsi qu’un code du « pas vu, pas pris » et du « chacun pour soi », terreau fertile du banditisme mafieux et du narcotrafic, avec, à la clé, la peur, la violence, la corruption, la guerre civile et le chaos. Ne peuvent espérer s’en tirer que les plus forts, les plus malins… ou les plus cinglés.
Un genre de société excitant pour de jeunes hommes nourris d’images de suprématie virile. Leurs aspirations agressives sont incomprises des générations anciennes, anesthésiées par plusieurs décennies de communisme et préoccupées par leur subsistance au jour le jour. Pour Keto, Dina, Nene et Ira, en revanche, survivre ne suffit pas, elles veulent vivre en femmes libres. Mais tout en étant lucides sur les impasses dans lesquelles s’engage la gent masculine, elles restent prisonnières de leur imaginaire et sont plutôt en quête d’un compagnon leur promettant la liberté et un avenir.
Keto est la narratrice de La lumière vacillante, un récit intelligemment construit. Les événements et les aventures qu’elle raconte avaient eu lieu, pour l’essentiel, entre 1992 et 1995. Bien des années plus tard, en 2019, Keto, Ira et Nene se retrouvent à Bruxelles, au Palais des Beaux-Arts, pour inaugurer une exposition consacrée à l’œuvre de Dina, photographe de renom… mais absente ! Arpentant les salles, Keto s’arrête devant chaque photo ; chacune ranime un souvenir la reliant à Nene, à Ira et surtout à Dina, dont elle avait été une confidente attentive et admirative. Charismatique, rebelle et provocatrice, Dina avait immortalisé sa vie privée et celle de ses proches dans la Géorgie des années 90. Une vocation d’artiste, non pas pour séduire ni pour transmettre un message… juste pour survivre en des circonstances infernales. Une façon de constater l’absurdité des choses, puis la vanité de les montrer à des élites occidentales incapables de comprendre. De quoi rager… ou désespérer !
Ces allers-retours successifs entre le moment présent et les souvenirs d'antan sont franchement captivants ; que s’est-il donc passé autrefois entre tous ces jeunes gens ayant supporté tant de péripéties en si peu de temps ? L’autrice s’est projetée dans la narratrice ; les qualités d’empathie conférées à Keto la plaçaient naturellement en réceptacle des confidences très fouillées de ses amies. Elle en rapporte le détail et en analyse le sens sans les juger. Sa tempérance tranche avec l’impulsivité de Dina, la coquetterie de Nene et la détermination d’Ira.
Les retournements de situations ne manquent pas. Il te faudra, lectrice, lecteur, un peu de concentration pour suivre des événements politiques et des parcours individuels, qui interagissent les uns sur les autres, d’autant que les personnages sont nombreux et imprévisibles. La fin du livre est un peu déroutante, en point d’interrogation. Pouvait-il en être autrement pour les natifs d’un pays dont l’histoire tragique date de plusieurs siècles et qui cherche toujours sa voie aujourd’hui ?
DIFFICILE oooo J’AI AIME BEAUCOUP
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