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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le sang des innocents, de S.A. Cosby

Publié le 11 Mars 2024 par Alain Schmoll in Littérature, critique littéraire, lecture, romans

Mars 2024 

S.A. Cosby avait quarante-cinq ans lorsque sa première nouvelle a été publiée, puis primée, en 2018. Depuis, les romans s’enchaînent avec succès et il a pu abandonner son job alimentaire dans le funérarium de son épouse. Enfant, Cosby avait connu la misère, la vraie, dans la vieille caravane où il avait vécu avec son frère et ses parents.

S.A. Cosby est issu du Sud profond américain, un territoire où des Noirs sont, comme lui, à jamais hantés par les conditions d’esclavage imposées à leurs ancêtres, tandis que certains Blancs continuent à dénier la défaite des Confédérés dans la guerre de Sécession et restent nostalgiques d’une époque qu’ils glorifient, ne serait-ce que pour affirmer leur suprémacisme ou pour provoquer les militants progressistes, partisans des droits civiques. Le Sud profond est marqué par des décennies de crimes et de vengeances atroces. Son sol est imbibé du sang d’innocents et des larmes qui l’accompagnent. Aujourd’hui encore, la violence peut exploser au moindre incident.

Cette violence latente est présente dès les premières pages du roman. Titus Crown est le premier Noir à être élu shérif du comté de Charon, en Virginie. Après douze ans de service au FBI, il est revenu sur sa terre natale avec l’intention de faire respecter les droits démocratiques de chacun, sans concessions. Il est inévitablement considéré comme illégitime par la frange la plus extrémiste de la population blanche. En même temps, il inspire une sorte de méfiance aux Noirs et aux progressistes, qui craignent qu’il ne finisse par s’incliner devant les arguments des puissants.

Le roman commence par une alerte malheureusement récurrente outre-Atlantique, une fusillade dans un lycée. Un adolescent noir a ouvert le feu et tué un professeur blanc estimé de tous. Le meurtrier est abattu quelques minutes plus tard par deux adjoints blancs du shérif. Ce dernier les suspend immédiatement, conformément aux procédures… Les conditions sont en place pour que chaque communauté s’en vienne à tour de rôle au bureau du shérif crier à l’injustice.

L’affaire va s’avérer plus complexe et plus sordide, qu’elle n’en a l’air. Les premiers éléments de l’enquête vont révéler au shérif Crown des pratiques monstrueuses de tortures et d’assassinats d’enfants noirs, puis l’existence d’un serial killer, ordonnateur de ces pratiques : un criminel psychopathe et mystique.

Mystique, le tueur n’est pas le seul à l’être, sur le territoire de Charon. Noir ou Blanc, chacun semble avoir été nourri d’enseignements bibliques et les avoir revisités à la sauce des prédications émises dans l’église évangélique qu’il fréquente. Certains se livrent même à leur propre interprétation et ce n’est jamais sans risque. D’autres ont pris du recul et fait la part des choses, comme le shérif Titus Crown himself. Cela ne supprime pas les sentiments de culpabilité diffuse, qui amènent chacun à chercher sa rédemption où il le peut.

Le sang des innocents est un thriller assez classique dans sa construction et dans ses péripéties, tant pour les éclaboussures d’hémoglobine, qui n’impressionnent plus personne, que pour les rebondissements, qui ne m’ont pas surpris. Les quatre cents pages du livre forment un tout cohérent et bien rythmé, qui se lit sans déplaisir, même si l’on n’est pas un amateur idolâtre de ce genre de littérature. La scène finale est, comme il se doit, ultraviolente et sanglante. Les pages qui la suivent et qui clôturent le roman font redescendre en douceur la tension.

L’élément attachant de l'ouvrage est son personnage principal, le shérif Titus Crown. Droit dans ses bottes, confiant en ses valeurs, en ses méthodes et en sa détermination, Titus n’en a pas moins ses failles et un secret qui l’honorent, l’humanisent, mais le fragilisent. En le créant, l’auteur a certainement projeté ses propres espérances d’Afro-Américain du Sud.

GLOBALEMENT SIMPLE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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D
Bonsoir, j'ai commencé ce roman après avoir lu les deux premiers parus en français de l'écrivain Les routes oubliées et La colère. J'apprécie son univers et qui'il se concentre sur quelques personnages qu'il sait rendre attachants. Bonne soirée.
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