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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Pour qui sonne le glas, d'Ernest Hemingway

Publié le 30 Juin 2022 par Alain Schmoll in Littérature, critique littéraire, lecture, romans

Juin 2022,

Par sa vocation populaire très grand public, un petit livre, Le vieil homme et la mer, fait de l’ombre au reste de l’œuvre d’Ernest Hemingway, prix Nobel de littérature 1954. Pour qui sonne le glas reste toutefois le roman le plus emblématique de cet écrivain américain, qui fut aussi un homme engagé dans les grands conflits de son siècle. Pour qui sonne le glas est un roman d’aventures, une chronique de la guerre civile espagnole, le récit d’engagements solidaires et une histoire d’amour.

Un homme est étendu sur les aiguilles de pin qui jonchent le sol de la forêt, à flanc de montagne. C’est l’image de la première et de la dernière ligne du roman. Trois jours et cinq cents pages les séparent. Cet homme, Robert Jordan, est un jeune universitaire américain idéaliste, venu en Espagne rejoindre les Brigades internationales, pour lutter, au printemps 1937, aux côtés de l’armée républicaine contre l’armée franquiste. Au tout début du roman, cet expert en dynamitage est en repérage aux environs d’un pont qu’il a pour mission de faire sauter à un moment précis, afin de barrer la route aux troupes fascistes lors d’une attaque républicaine. A la dernière page, il ne lui reste que quelques minutes pour achever de dresser le bilan de son action et couvrir la retraite de ses compagnons.

Tu veux savoir, lectrice, lecteur, si Robert Jordan a atteint son objectif et s’il en est sorti indemne ? Eh bien, lis le livre ! Tu vivras quasiment en temps réel les trois jours de préparatifs et de mise en œuvre de l’opération, au sein d’un petit groupe de partisans, dont le camp retranché est niché dans une grotte et qui harcèlent les positions franquistes. Pilar, Pablo, Anselmo, Agustin, Rafaël, Fernando, Andrès et les autres sont nés sur ces terres espagnoles, ils en ont le caractère ombrageux. Tu trouveras longs et insipides certains de leurs dialogues avec Robert Jordan ; comprends que cet intellectuel américain doit faire preuve de beaucoup de patience pour obtenir leur confiance et pour les convaincre du bien-fondé de sa mission. Est-elle vouée à l’échec, comme certains le craignent ? Heureusement que les héros ne refusent pas les missions sous prétexte qu’elles paraissent impossibles !

Les derniers chapitres devraient te captiver. Et selon ton tempérament, tu trouveras déchirante ou un peu démodée la romance de trois nuits entre Robert Jordan et Maria, une jeune fille arrachée à une horde de fascistes, qui l’avaient tondue et violée, après avoir assassiné ses parents.

Hemingway avait lui-même rejoint l’armée républicaine en tant que correspondant de guerre et son roman reconstitue de façon très réaliste ce qu’il avait observé. Il se transpose dans l’esprit de chacun des personnages, il imagine leurs pensées, leurs monologues silencieux, leurs luttes personnelles contre les peurs ou les addictions, leurs auto-incitations au courage. Ils sont dépeints dans toute leur grandeur et leur médiocrité. Leurs forces et leurs faiblesses témoignent de leur humanité et de leur inhumanité. Il faut les deux pour dédier son sacrifice à l’avenir du genre humain. 

Au-delà du vécu quotidien de Robert Jordan et de ses compagnons, l’auteur brosse un panorama complet passionnant de la guerre d’Espagne. Tu découvriras l’invraisemblable cruauté, avec laquelle, dans chaque camp, on humilie et on tue ceux d’en face. Tu prendras conscience des manipulations cyniques des Russes, délégués par Staline ; installés à Madrid dans un hôtel de luxe, ils sont chargés de « former » les combattants républicains, ils n’hésitent pas à faire exécuter ceux qui doutent de « la ligne ». Tu constateras la mauvaise organisation des opérations d’envergure, le torpillage des stratégies par les défaillances logistiques et par les rivalités internes dans les Etats-majors…

L’ouvrage est placé sous l’égide de la solidarité humaine, d’une fraternité un peu naïve, évoquée par le titre, lui-même inspiré par un poème d’un prédicateur anglais, qui dit : « ne demande jamais pour qui sonne le glas, il sonne pour toi ».

Pour qui sonne le glas a été publié en 1940, après la victoire des franquistes, au moment où les armées allemandes commençaient à déferler sur l’Europe de l’Ouest. Les attitudes des combattants du roman sont prémonitoires de celles des futurs résistants à l’occupation nazie.

GLOBALEMENT SIMPLE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT

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