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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Après la guerre, d'Hervé le Corre

Publié le 24 Avril 2019 par Alain Schmoll in Littérature, critique littéraire, lecture, romans

Avril 2019, 

Ne pas se fier à sa première impression ! Après la guerre n’est pas une série noire à deux balles comme le premier chapitre a failli me le faire juger : lieux sordides, personnages barbares, scènes insoutenables de violence, écriture argotique. Certes, ce roman est un polar noir et un thriller percutant. Il est aussi une éblouissante démonstration littéraire.

 

Dans Après la guerre, Hervé Le Corre, ancien prof de lettre, auteur de plusieurs romans policiers à succès, embarque le lecteur dans sa ville, Bordeaux, à la fin des années cinquante. Loin de la métropole à l’image raffinée et élégante d’aujourd’hui, c’est alors une ville grise, repliée sur elle-même. L’intrigue se situe dans les quartiers populaires : habitations ouvrières fatiguées, ateliers et entrepôts délabrés, rives sinistres de la Garonne, entrelacs mystérieux de voies ferrées, troquets miteux mal famés.

 

Le souvenir de la guerre pèse encore sur les esprits. Des malfrats enrichis par un commerce indigne avec les Allemands ont passé sans dommage le filtre de l’épuration, et ceux qui ne se sont pas entretués depuis sont toujours aux affaires, protégés par les mêmes policiers que pendant l’Occupation. Il avait bien fallu, à la Libération, privilégier la continuité du Service Public.

 

Dans ce contexte glauque, deux personnages sont frénétiquement à la recherche l’un de l’autre. Leurs intentions sont claires et ils sont prêts à tout pour atteindre leur but. Y parviendront-ils et comment ?

 

Le commissaire Albert Darlac est un flic corrompu, un homme brutal, amoral, infect à tous points de vue. Un ancien collabo très malin, qui a su rebondir après la guerre, grâce aux dossiers qu’il a constitués sur les uns et les autres. On le déteste et on le craint. Il privilégie toujours ses intérêts personnels. Gare à qui se met en travers de son chemin, rien ne peut l’impressionner, pas même un tueur mystérieux qui s’en prend à des proches…

 

André, alias Jean, est revenu de déportation sans sa femme, gazée à Auschwitz. Tous deux avaient été raflés sur dénonciation, il en est convaincu. Après une dizaine d’années à tenter de se reconstruire à Paris sous une nouvelle identité, il est de retour avec l’intention de régler des comptes. Avec aussi l’espoir de retrouver le petit garçon qu’ils avaient mis à l’abri avant d’être arrêtés.

 

Et justement, en contrepoint, un troisième personnage : Daniel, vingt ans. Il se souvient à peine de ses parents et il est persuadé qu’ils sont tous deux morts en déportation… Et c’est à nouveau la guerre ; en Algérie, cette fois. Daniel découvre la vie en garnison, les bidasses plus bêtes que méchants, le bleu fascinant de la mer et du ciel, vite effacé par la poussière et l’incandescence. Les premières images d’horreur sont un traumatisme qui instille la peur, la terreur. S’en suit la haine, le désir de vengeance, le réflexe de tuer pour ne pas être tué. Comment s’en sortir ?

 

Les chapitres sont consacrés tour à tour aux trois personnages. Avec un réalisme saisissant, l’auteur y dévoile sous forme narrative, l’évolution de leurs réflexions et de leur état d’esprit. Il adapte son style d’écriture à chacun, dans la continuité des dialogues, où les langages reflètent carrément les personnalités. L’affreux Darlac jacte « façon tontons flingueurs ». André/Jean parle peu ; à son retour des camps, il s’était mis à écrire ; des textes sobres aux mots justes et aux phrases bien tournées, qui ne peuvent contenir l’émotion, ruisselante.

 

Hervé Le Corre m’a tenu en haleine pendant les cinq cents pages du roman. Ses digressions, nombreuses, sont autant de promenades plaisantes. Elles rendent aussi bien compte de l’atmosphère crépusculaire des bas-fonds bordelais que de la lumière étincelante du djebel algérien. Elles m’ont fait suivre avec curiosité le quotidien d’une famille de sympathisants communistes – en ces années, le Parti était la première formation politique française –. Elles m’ont accompagné dans l’intimité de Daniel, dans les remords d’André/Jean, dans les stratagèmes tortueux de Darlac, un personnage qu’elles m’ont fait haïr et dont j’ai attendu désespérément la chute… Jusqu’à la dernière ligne…

 

GLOBALEMENT SIMPLE  ooooo J’AI AIME PASSIONNEMENT

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M
Superbe ta critique, mon cher Alain! Elle me remet en memoire les details de ce premier Le Corre , avant beaucoup d'autres, toujours aussi réussis, mais peut-etre pas aussi désespérément "noirs" que celui-là! Quel plaisir de voir que tu l'as aimé , toi aussi! Tu en parles avec passion et fonnes envie de le relire!
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