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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Billy Wilder et moi, de Jonathan Coe

Publié le 14 Juillet 2021 par Alain Schmoll in Littérature, critique littéraire, lecture, romans

Juillet 2021, 

Je suis tombé sous le charme du livre dès ses premières pages. Un charme quelque peu old fashioned, à l’image de son personnage principal et des réalisations au grand écran qui l’avaient rendu célèbre dans les années cinquante. Un charme très british à l’instar de son auteur, Jonathan Coe.

Cet écrivain est connu pour la finesse de ses observations des mœurs britanniques. Billy Wilder et moi dégage une atmosphère fraiche comme un été anglais, encore qu’en matière de météo, nous n’ayons actuellement rien à envier à nos amis d’outre-Manche. Pour les besoins de la fiction qu’il avait en tête, l’auteur a confié la narration à une Londonienne d’adoption, d’origine grecque. Née il y a une soixantaine d’années dans une famille modeste, un père grec, une mère anglaise, Calista avait vécu à Athènes jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Aujourd’hui mariée à un Anglais, mère de deux jeunes femmes et compositrice de musique de film, l’évocation de Billy Wilder lors d’un entretien professionnel la plonge dans des souvenirs de jeunesse datant de quarante ans : une traversée des États-Unis, sac au dos, en car Greyhound.

Lors de ce périple, Calista qui venait d’avoir vingt-et-un ans s’était trouvée, très fortuitement, dans un restaurant renommé de Beverly Hills à la table de personnes âgées, parmi lesquelles un certain Billy Wilder, un nom qui ne lui disait rien et dont elle découvrait que c’était celui d’un réalisateur hollywoodien célébrissime. Elle n’avait pas vu ses films, car les Colonels dont la Grèce avait subi le joug censuraient des productions américaines jugées licencieuses. De fil en aiguille et grâce à son bilinguisme anglais grec, Calista s’était retrouvée sur l’île de Corfou, dans l’équipe du tournage des extérieurs de Fedora, l’un des derniers films du réalisateur, dont Certains l’aiment chaud et La Garçonnière avaient assuré la gloire et la fortune vingt ans plus tôt.

Le livre présente un côté people amusant. En compagnie de Billy Wilder et de Calista, au détour des événements à Corfou, Munich et Paris, on dîne avec Marthe Keller, Al Pacino, William Holden et d’autres. Les anecdotes sont enlevées, cocasses ; on aime bien. L’humour de Billy Wilder est parfois éculé, ce qui ne nous empêche pas de sourire. Mais dans certains chapitres, le ton devient grave, la comédie prend une tournure dramatique. Natif de Vienne et installé dans sa jeunesse à Berlin, Billy Wilder évoque les circonstances l’ayant conduit à quitter L’Europe après l’arrivée au pouvoir d’Hitler. Revenu à la fin de la guerre au sein de l’armée américaine, il participe au montage d’images filmées lors de la libération des camps de concentration et recherche vainement sa famille, disparue sans laisser de traces dans les nuits et les brouillards du Reich nazi.

Deux fictions sont enchâssées, celle des souvenirs et celle du présent ; une structure littéraire habile consistant à brosser le portrait d’un homme et de son environnement, vus par les yeux d’une jeune femme ingénue et naïve. Cette façon d’appréhender la nature intime d’un personnage historique (ou d’une célébrité) s’avère bien plus vivante et plaisante qu’une austère et scolaire biographie. La plume de Jonathan Coe est fine, légère, sans pathos ni emphase. Son insertion dans la personnalité d’une femme est une performance d’écrivain masculin qu’il faut saluer (J’espère que personne ne criera à l’appropriation culturelle !). Quant au règlement de comptes entre Billy Wilder et les Allemands, on aime ou on n’aime pas sa mise en scène scénarisée, peu importe !

La lecture incite à la méditation ; le temps qui passe, les générations qui tournent, les tendances qui émergent tandis que d’autres se démodent, les talents qui se révèlent et qui effacent leurs aînés… Sous le regard un peu amer de Billy Wilder s’engage le règne de jeunes réalisateurs barbus (Spielberg, Scorsese…), ringardisant leurs prédécesseurs aux allures de vieux messieurs proprets.

On passe du temps à table. L’auteur développe une évidente appétence pour la gastronomie fine. Al Pacino est montré du doigt parce que dans les meilleurs restaurants, il se fait servir des cheeseburgers. Le chateaubriand et la crème brûlée de Los Angeles mettent l’eau à la bouche, le jambonneau de Munich aussi. Mais le must absolu, c’est le Brie de Meaux, dégusté religieusement par Billy Wilder et Calista dans une ferme de Seine-et-Marne. Je me suis précipité chez le fromager pour les rejoindre.

FACILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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