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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Sérotonine, de Michel Houellebecq

Publié le 20 Mars 2019 par Alain Schmoll in Littérature, critique littéraire, lecture, romans

Mars 2019, 

En France, on a l’habitude des stars clivantes, des personnalités adulées par les uns et détestées par les autres, comme Serge Gainsbourg, Éric Cantona ou Nicolas Sarkozy. Tous trois ont eu leurs heures de gloire, dues à d’immenses qualités. Mais en même temps, le premier déclarait à Whitney Houston chez Drucker avoir envie de la baiser ; le second injuriait les sélectionneurs ou sautait dans les tribunes pour cogner les spectateurs ; et le troisième prétendait nettoyer certains quartiers au Karcher.

 

Michel Houellebecq est de cette engeance. On l’aime moi non plus. On ne sait pas si son franc-parler est visionnaire ou s’il dénote une incontrôlable envie de choquer. Et parmi ceux qui en parlent et clament qu’il est le meilleur ou le pire écrivain français, nombreux sont ceux qui ne l’ont même pas lu.

 

Je fais partie de ceux qui ont lu les romans de Houellebecq et je considère que c’est un grand écrivain. Ses personnages, ou plutôt, soyons précis, son personnage principal habituel est particulièrement bien croqué et tout à fait crédible. Les péripéties imaginées par l’auteur sont toujours surprenantes, bien qu’inspirées de l’air du temps, voire prémonitoires. Ses commentaires anecdotiques sont ravageurs. Son humour, très politiquement incorrect, est souvent irrésistible. Son écriture est fluide et subtile, bien que proprement transgressive.

 

Sérotonine commence fort ! C’est du Houellebecq pur jus, avec, dans les premiers chapitres, des passages « trash », très drôles, d’autant plus drôles qu’on en imagine la lecture par des personnes trop bien élevées, contraintes de jongler avec des bites et des chattes à qui mieux mieux…

 

L’un dans l’autre !... me direz-vous…

 

Comme à chaque fois, le personnage principal et narrateur semble être un avatar de l’auteur, – en tout cas, c’est ce que celui-ci voudrait nous faire croire –, un homme plutôt médiocre et conscient de sa médiocrité. Florent-Claude est un ingénieur agronome de quarante-six ans. Ce Français moyen « fume des clopes et roule au diesel », pour reprendre la qualification récente d’une catégorie sociale du pays. Il boit aussi beaucoup. A la différence des précédents romans de l’auteur, il a dépassé le stade de la médiocrité et assume, toute honte bue, un mépris de soi qui l’amène à se laisser doucement tomber dans le néant.

 

Au fait, qu’est-ce que la sérotonine ? Cette hormone sécrétée par l’homme contribue à réguler son équilibre psychique. Florent-Claude est justement en manque de sérotonine et il prend un mystérieux antidépresseur pour compenser. Effets secondaires : perte de la libido et impuissance sexuelle. Pas grave ! Il a renoncé aux femmes, après avoir fait suffisamment de gâchis sur le sujet. Les regrets ne sont pas porteurs d’espoirs.

 

Professionnellement, rien ne l’intéresse plus non plus. Après avoir été cadre chez Monsanto, le groupe agrochimique américain symbole du capitalisme le plus cynique, il est entré dans l’administration française, où il a le sentiment d’avoir raté toutes ses missions.

 

Il perçoit avec lucidité les malaises de la société actuelle, lourdement réglementée et en même temps dangereusement libérale, mais il n’a pas assez d’énergie pour réagir. Il n’essaie même plus de comprendre les argumentaires politiques des uns et des autres, où il n’entend que des clichés rebattus. Il avoue d’ailleurs confondre République En Marche et France Insoumise… De quoi faire hurler de rire certains et hurler de rage les autres.

 

L’auteur pointe les difficultés rencontrées par les agriculteurs, met en scène des affrontements tragiques avec les forces de l’ordre, mais il n’a pas anticipé un mouvement aussi complexe que celui des gilets jaunes. Du coup, Sérotonine n’apparaît pas aussi ancré dans l’actualité que ses précédents romans.

 

L’écriture est caractéristique de Houellebecq. La syntaxe et la ponctuation sont directement inspirées du langage parlé, ou plutôt du langage intérieur, car tout le livre n’est qu’un monologue, une longue plainte silencieuse, ressassée par un homme en désagrégation dans un monde en désagrégation.

 

Mais qu’on aime ou qu’on n’aime pas Michel Houellebecq, il faut être sincère. Malgré quelques fulgurances égrillardes, parfois hilarantes, le fidèle lecteur que je suis se donne le droit d'être déçu par un opus qui ne renouvelle rien, et où il a trouvé un brin de platitude dans les intrigues, les professions de foi et les mots d’esprit.

 

GLOBALEMENT SIMPLE     ooo   J’AI AIME

Commenter cet article

Michele Trocmé 23/03/2019 10:01

Super billet mais apres Soumission que j'avais finalement bien aimé, je devrais faire un peu de "rattrapage" houellebecquien" avant de commander ce livre qui, si je te lis bien, est plutôt un entremet qu'un plat de résistance! Merci pour ce billet itonique et bien tourné! J'ai bien aimé "un auteur je t'aime moi non plus"!

Matatoune 22/03/2019 06:50

La, je suis un peu d'accord ! Elle m'a lassee " la longue plainte silencieuse " de l''avatar" plus méprisant de lui-même tu meurs , du double imaginé par l'auteur ! Bon WE ????