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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le bruit et la fureur, de William Faulkner

Publié le 14 Octobre 2015 par Alain Schmoll

ctobre 2015

Chef d'œuvre ! Publié en 1929, ce désormais "classique" de la littérature américaine a ouvert la voie à de nombreux romanciers contemporains. Je l'avais lu il y a vingt-cinq ans, deux fois coup sur coup. Je viens de le relire ; deux fois à nouveau. Avec ce livre, soit on se décourage et on le ferme au bout de cinquante pages, soit on le lit au moins deux fois. Hermétique, incompréhensible, voire rebutant à première lecture, Le bruit et la fureur offre un plaisir de lecture somptueux dès lors que l'on a franchi les étapes d'initiation qu'exige le procédé littéraire adopté par William Faulkner. Il me fait penser aux symphonies de Mahler, dont la musique peut être perçue comme bruit et fureur par celui qui l'écoute sans préparation et pour la première fois.

Cadre des événements : le Sud des Etats-Unis, au début du vingtième siècle. La guerre de Sécession est encore dans les esprits. Si l'esclavage n'existe plus, les pratiques de ségrégation raciale restent sans limites. Le livre tourne autour d'une ancienne famille de planteurs, en voie de décomposition matérielle et morale, sur une trentaine d'années ; trois frères, Quentin, Benjamin, Jason, et une sœur, Caddy, personnage central du roman bien qu'absente. Le roman est constitué de quatre parties, chaque frère étant narrateur d'un chapitre sous forme d'un monologue intérieur, le quatrième chapitre étant une narration classique.

Benjamin, ou Benjy, déficient mental lourd, un idiot comme on disait, est le "narrateur" du premier chapitre. Nous sommes en 1928, il a trente-trois ans. Incohérent, son soliloque mental part de ce qu'il ressent quand il parcourt ce qui reste du domaine familial où tout lui rappelle sa sœur absente Caddy, des sensations visuelles, olfactives et auditives qu'il ne comprend pas, mais qui lui font revenir en désordre les souvenirs de différents moments de son enfance.

Le deuxième chapitre se situe dix-huit ans plus tôt, à Harvard, où étudie Quentin, l'ainé ; un jeune homme tourmenté, idéaliste, écorché vif. Tout en préparant son suicide, il ressasse des réminiscences décousues et des pensées délirantes, où se mêlent son désespoir à l'annonce du mariage de Caddy, à laquelle il est lié par des fantasmes incestueux et morbides, et sa jalousie haineuse à l'égard de ceux qui sont plus doués, plus heureux ou plus riches que lui.

Puis on revient à 1928, avec Jason ... Lui, c'est le sale con par excellence ! Un esprit négatif, soupçonneux, égocentrique ; vénal et sans scrupules ; raciste et antisémite au delà de l'imaginable. Frustré de rester le seul homme en mesure de faire vivre la famille, il manipule sa vieille mère malade imaginaire et cherche à martyriser sa nièce, la fille de Caddy, élevée par sa grand-mère et nommée Quentin en hommage pour son oncle disparu.

Car non content de ne (presque) pas donner d'indication de dates pour les moments évoqués par les trois frères dans des "flashbacks" désordonnés et elliptiques, Faulkner prend un malin plaisir à donner le même prénom à plusieurs personnes de différentes générations, ce qui rend très difficile la reconstitution de la chronologie des évènements, notamment dans les deux cents pages où Benjy et Quentin divaguent et extravaguent.

La lecture de ces deux chapitres est ardue, de nombreux passages paraissent incompréhensibles. A chaque fois, je me suis accroché, quitte à passer sur les zones d'ombres. Certaines se clarifient dans les deux derniers chapitres, plus accessibles, l'écriture perdant en magie poétique mais gagnant en lisibilité. Les événements s'y révèlent dans leur objectivité et leur brutalité. En relisant ensuite la première partie du livre, on comprend que ces évènements sont déjà évoqués, mais qu'ils ont été plus ou moins transformés, occultés ou embrouillés par leurs narrateurs selon leur propre ressenti. C'est ce qui les rendait inintelligibles lors de la première lecture.

Pour lire Le bruit et la fureur dans sa complétude et avec du plaisir, il est nécessaire de se faire aider. C'est comme dans une exposition : il n'est jamais inutile de se faire commenter les œuvres.... et pas seulement les contemporaines. C'est comme pour l'opéra : difficile d'apprécier la complexité et la cohérence du Ring de Wagner sans s'être fait expliquer la trame des péripéties et le principe des leitmotiv. Les éditions françaises du bruit et la fureur comportent une excellente préface. Il faut la lire avant de se lancer dans le roman et ne pas hésiter à y revenir par la suite ; cela fait partie du cursus d'initiation.

Mais quel intérêt de lire un roman dont on connait l'essentiel de l'histoire avant, objecteront certains ! Pas grave ; ce roman est un puzzle dont on connait l'image finale. Et l'on cherche à la reconstituer, fragment par fragment, en décodant l'expression très subjective, chaotique et elliptique des personnages auxquels Faulkner donne la parole.

L'histoire en elle-même importe peu. C'est la littérature et la poésie qui comptent.

TRES DIFFICILE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT

Commenter cet article

ines 02/09/2017 21:30

je commence juste la lecture de ce bouquin et n'ayant jamais lu auparavant Faulkner, j ai du mal. Sa façon de nous embrouiller, d'intervertir les dates et de nous laisser batailler sans aide, j'ai un peu du mal à 16 ans à peine. Mais je m'accroche, cependant j ai une question sur laquelle je bloque, dans la préface j ai lu "Trois générations s'y déchirent (...) ; Quentin enfin, la fille de caddy." Donc je lis page 36, dans la rivière " - J'ai sept ans, dit caddy. J' le sais bien, je suppose" et la page 49, le meme jour, un peu plus tard "T.P a posé Quentin par terre et elle s'est mise à jouer aussi dans la poussière". Donc à moins que la gamine soit très précoce ^^ je ne comprend pas. Je vais continuer ma lecture, en esperant un ptit coup de pouce

Zarathoustra 25/07/2017 14:17

Ca me rassure, j'ai pensé que j'avais un problème, livre très difficile à comprendre au début... j'ai eu plus de facilité avec le Ulysse de Joyce c'est dire ! Je n'en suis qu'à la deuxième partie, celle de Quentin, mais je vais insister si tout prend un sens au final... puis, je le relirai, sûrement...

Olivier Croteau 17/03/2017 23:12

Merci beaucoup pour cette analyse! Je dois lire le livre pour un cours d'histoire et esthétique du roman à l'université. Jusqu'à présent, j'étais perdu et franchement découragé. Votre texte me donne le coup de pouce nécessaire à continuer la lecture. :P

JML 22/10/2015 13:48

Bravo, parfaite analyse de cet ouvrage majeur de Faulkner écrit dans l'adversité comme certains ouvrages de Balzac (que WF appréciait particulièrement)et dont l'élément capital est l'innocence totale symbolisée par un idiot!(Benjy)

Alain Schmoll 28/10/2015 19:56

Merci Jacques