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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti

Publié le 28 Août 2015 par Alain Schmoll

Août 2015

Jacob, Jacob est un joli petit roman, émouvant, facile et agréable à lire. L'écriture de Valérie Zenatti est à la fois raffinée et authentique, avec juste ce qu'il faut de lyrisme attendrissant. Descriptions, actions, dialogues et pensées se mêlent dans un même phrasé, dans un zapping vif et léger qui donne au lecteur l'impression de vivre dans le récit. Certes, en feuilletant le livre, des lecteurs peuvent prendre peur, au vu de pages compactes, affichant peu voire pas d'alinéas. Mais les chapitres sont courts... l'on reprend facilement sa respiration. Il faut y aller !

Jacob, Jacob, c'est l'histoire d'un jeune juif d'Algérie, en 1944 ; la guerre, le débarquement allié en Provence, les combats contre les Allemands en remontant jusqu'en Alsace. Jacob a 19 ans. Il est beau, intelligent, sympa, promis à un bel avenir.

La guerre de Jacob, ce n'est pas la Shoah, ni les bombardements, ni les faits d'armes spectaculaires. C'est la guerre au quotidien, celle du soldat de base, formé sommairement par un sergent-chef scrogneugneu, grelottant, affamé, terrorisé, dans la campagne, dans la forêt, où l'ennemi invisible apparait soudain au détour d'un bosquet ; il faut le tuer avant d'être tué. Cette guerre, c'est le copain qui tombe ; chaque jour un autre ; cela arrive en un éclair, à côté de soi, on a du mal à le croire, c'est pourtant affreusement banal.

Le livre, c'est aussi la famille de Jacob, des juifs de Constantine, très pauvres, arriérés, analphabètes. Ils tirent leur dignité de leur sens de la famille, de traditions et de principes forts. Jacob, si différent de son père et de ses frères, est leur fierté.

Constantine est la ville des ponts suspendus. Proche du quartier juif qu'il surplombe, le pont Sidi M'cid est comme une divinité pour la communauté. Jacob raconte : « La ville est construite sur un rocher, entouré par un fleuve extraordinaire.... Il y a des sources d'eau chaudes, elles jaillissent dans des piscines de pierre, tu es comme un roi dans son bain. Au dessus, des ponts enjambent le fleuve. Le plus haut, c'est le pont Sidi M'cid. Parfois, il y a des nuages en dessous. Tu es dans le vide mais tu ne tombes pas. Tu as peur mais rien ne t'arrive. Tu vas d'un point à un autre, tu traverses le ciel, penses qu'il peut s'écrouler, qu'il va s'écrouler, surtout quand une voiture, un camion passe, il tremble, tu trembles avec lui. »

A la fin de la guerre, la liesse est de courte durée. Montée de la tension entre Arabes et Européens. Escalade des exactions, l'armée d'un côté, les fells de l'autre. L'avenir s'annonce très loin du pont Sidi M'cid.

Le livre évoque instantanément Le Premier Homme, le roman autobiographique inachevé d'Albert Camus ; il en affiche d'ailleurs une citation en épigraphe. Et la dernière page de Jacob, Jacob, clairement autobiographique, est pour moi une évocation de plus.

GLOBALEMENT SIMPLE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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