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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti

Publié le 28 Août 2015 par Alain Schmoll

Août 2015

Jacob, Jacob est un joli petit roman, émouvant, facile et agréable à lire. L'écriture de Valérie Zenatti est à la fois raffinée et authentique, avec juste ce qu'il faut de lyrisme attendrissant. Descriptions, actions, dialogues et pensées se mêlent dans un même phrasé, dans un zapping vif et léger qui donne au lecteur l'impression de vivre dans le récit. Certes, en feuilletant le livre, des lecteurs peuvent prendre peur, au vu de pages compactes, affichant peu voire pas d'alinéas. Mais les chapitres sont courts... l'on reprend facilement sa respiration. Il faut y aller !

Jacob, Jacob, c'est l'histoire d'un jeune juif d'Algérie, en 1944 ; la guerre, le débarquement allié en Provence, les combats contre les Allemands en remontant jusqu'en Alsace. Jacob a 19 ans. Il est beau, intelligent, sympa, promis à un bel avenir.

La guerre de Jacob, ce n'est pas la Shoah, ni les bombardements, ni les faits d'armes spectaculaires. C'est la guerre au quotidien, celle du soldat de base, formé sommairement par un sergent-chef scrogneugneu, grelottant, affamé, terrorisé, dans la campagne, dans la forêt, où l'ennemi invisible apparait soudain au détour d'un bosquet ; il faut le tuer avant d'être tué. Cette guerre, c'est le copain qui tombe ; chaque jour un autre ; cela arrive en un éclair, à côté de soi, on a du mal à le croire, c'est pourtant affreusement banal.

Le livre, c'est aussi la famille de Jacob, des juifs de Constantine, très pauvres, arriérés, analphabètes. Ils tirent leur dignité de leur sens de la famille, de traditions et de principes forts. Jacob, si différent de son père et de ses frères, est leur fierté.

Constantine est la ville des ponts suspendus. Proche du quartier juif qu'il surplombe, le pont Sidi M'cid est comme une divinité pour la communauté. Jacob raconte : « La ville est construite sur un rocher, entouré par un fleuve extraordinaire.... Il y a des sources d'eau chaudes, elles jaillissent dans des piscines de pierre, tu es comme un roi dans son bain. Au dessus, des ponts enjambent le fleuve. Le plus haut, c'est le pont Sidi M'cid. Parfois, il y a des nuages en dessous. Tu es dans le vide mais tu ne tombes pas. Tu as peur mais rien ne t'arrive. Tu vas d'un point à un autre, tu traverses le ciel, penses qu'il peut s'écrouler, qu'il va s'écrouler, surtout quand une voiture, un camion passe, il tremble, tu trembles avec lui. »

A la fin de la guerre, la liesse est de courte durée. Montée de la tension entre Arabes et Européens. Escalade des exactions, l'armée d'un côté, les fells de l'autre. L'avenir s'annonce très loin du pont Sidi M'cid.

Le livre évoque instantanément Le Premier Homme, le roman autobiographique inachevé d'Albert Camus ; il en affiche d'ailleurs une citation en épigraphe. Et la dernière page de Jacob, Jacob, clairement autobiographique, est pour moi une évocation de plus.

GLOBALEMENT SIMPLE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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Trompe-la-mort, de Jean-Michel Guénassia

Publié le 19 Août 2015 par Alain Schmoll

Août 2015

Les romans de Jean-Michel Guénassia ne se ressemblent pas, mais ils ont un point commun : on ne s'y ennuie jamais. Comme auparavant Le club des incorrigibles optimistes (qui m'avait enchanté) puis La vie rêvée d'Ernesto G., Trompe-la-mort m'a procuré des moments de lecture distrayants, captivants et surtout surprenants, grâce aux personnages atypiques, aux basculements d'intrigues, aux péripéties invraisemblables, aux révélations inattendues avec lesquels l'auteur jongle habilement.

Les fictions sont solidement ancrées dans l'histoire récente, tant pour les événements que pour les tendances et les courants d'idées. Cela les rend très vivantes pour le lecteur, surtout s'il est de ma génération (la même que l'auteur).

Trompe-la-mort raconte le parcours d'un homme, Tom Larch, né à New Delhi d'une mère indienne et d'un père anglais expatrié. A 8 ans, il découvre Londres où ses parents s'installent. Tom y vit des années difficiles, sa double origine étant un handicap dans une ville où les communautés ne se mélangent pas. Il est blessé dans plusieurs graves accidents qui auraient pu lui être fatals.

A 18 ans, Tom décide de tout quitter pour intégrer une unité d'élite de l'armée britannique, la Royal Marines. Pendant 15 ans, il fait partie des contingents envoyés en opérations en Irak, en Irlande du Nord, en Sierra Leone et en Afghanistan. A plusieurs reprises, à nouveau, il échappe à la mort miraculeusement, parfois dans des conditions spectaculaires.

Frappée par cette série de surprenantes fortunes, une célèbre journaliste de télévision décide de faire de Tom le héros d'un documentaire. Sous le titre de Trompe-la-mort, le documentaire rencontre un grand succès populaire dans le monde entier où il est largement diffusé et rediffusé.

Réformé pour blessures, Tom rencontre l'amour ; il cherche à se construire une vie familiale et une situation professionnelle. Des opportunités séduisantes se présentent grâce à sa notoriété et sa popularité de Trompe-la-mort. Mais l'état d'esprit et les aspirations de Tom ne sont pas solubles dans les archétypes de la société occidentale libérale contemporaine. Finalement, Tom se laisse convaincre de partir en mission, à la recherche d'un jeune homme disparu en Inde.

La dernière partie du livre, qui conte cette mission en Inde, tranche avec les précédentes. De la fiction moraliste critique du matérialisme branché londonien, on passe au récit d'aventures en terre exotique. C'est une suite d'enquêtes policières et de péripéties rocambolesques à New Delhi, Bangalore, puis dans l'Inde des ashrams, un décor foisonnant où le burlesque des mœurs locales côtoie le sordide de la misère extrême, inspiré des romanciers natifs, tels Salman Rushdie ou Vikas Swarup (l'auteur du très bon roman très bien porté à l'écran sous le titre de Slumdog millionnaire *).

Les coups de théâtre se multiplient dans les dernières pages du roman qui s'achève par un ultime bouclage sur le passé.

FACILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

* : Je ne résiste pas à l'envie de rappeler le titre incroyablement long sous lequel ce roman a été publié en français : Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint millionnaire, ainsi que le titre incroyablement court de sa publication en anglais : Q&A.

Q&A, abréviation de Questions & Answers, est le nom de l'émission de jeu de télévision dont il est question dans le roman et le film.

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Amours, de Léonor de Récondo

Publié le 19 Août 2015 par Alain Schmoll

Août 2015

C'est un libraire de confiance qui m'a conseillé de lire Amours, de Léonor de Récondo ; le livre avait aussi été lauréat d'un prix littéraire tout à fait honorable. Pour être honnête, si j'avais su de quoi il était question, je ne l'aurais probablement pas acheté, pensant que ce n'était pas mon genre de lecture. Ça aurait été dommage, car j'ai lu ce roman de bout en bout avec plaisir. J'ai même été très ému par certains passages.

L'histoire se situe en 1908 dans un petit bourg de province ; c'est la France profonde du début du XXème siècle, avec ses croyances, ses rigidités, ses préjugés étroits ; Madame Bovary est alors considéré comme un livre inconvenant pour les femmes, qu'elles soient jeunes filles ou mariées.

Au début, ça ressemble à de nombreux romans français d'avant guerre - François Mauriac, Georges Bernanos : une maison bourgeoise, le mari notaire, sa femme au foyer, éducation catholique très stricte, tous deux très soucieux de leur image... Pas d'enfant ...! Et ça, en province à l'époque, ça pose problème. Il faut dire que Madame a horreur des "enchevêtrements immondes" par lesquels il faut passer. Elle ferme sa porte à Monsieur, qui -on est un homme ou quoi ! - trousse d'autorité Céleste, la petite bonne de 17 ans logée dans la maison.

Voilà que Céleste tombe enceinte. Madame (elle s'appelle Victoire) a vite identifié le géniteur et comprend qu'il s'agit d'une occasion rêvée pour ne plus être sollicitée par Monsieur (dénommé Anselme). Pas de scandale, donc, l'enfant sera le leur et Céleste restera à leur service.

Victoire et Céleste se rapprocheront pour s'occuper du bébé et, option inattendue, surprenante, elles engageront une relation amoureuse fusionnelle, passionnelle et torride, qui est le cœur du roman.

Embarqué dans la lecture d'un livre jusque là très classique, j'ai dans un premier temps ressenti de la gêne à me retrouver soudain témoin de cet amour doublement illégitime pour l'époque. Mais j'ai été profondément ému par le récit qui en est fait. Il faut dire que l'écriture est précise, directe, concise ; des mots usuels, une syntaxe simple, une conjugaison au présent, des phrases courtes. Cela donne de la vivacité au texte, du naturel aux personnages, de la pertinence aux images.

Léonor de Récondo, qui est aussi musicienne, illustre son roman par la célèbre sonate Clair de lune de Beethoven, dont Victoire joue et rejoue presque compulsivement les arpèges à trois notes qui symbolisent les amours unissant Victoire, Céleste et l'enfant.

Tout cela ne pourra que mal finir, les convenances étant les plus fortes. Céleste se sacrifiera dans une dernière danse tourbillonnante qui n'aura pas manqué de m'évoquer la fin de La Traviata. C'est une fin un tantinet mélodramatique, mais il faut croire que je dispose d'un fond de sentimentalisme qui fonctionne.

  • FACILE     ooo   J’AI AIME
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Et rien d'autre, de James Salter

Publié le 18 Août 2015 par Alain Schmoll

Août 2015

On m'avait dit : chef d'œuvre. Et rien d'autre est un très bon, un excellent roman. Mais pour que je qualifie un roman de chef d'œuvre, il faut qu'il me surprenne, d'une manière ou d'une autre, qu'il ne ressemble à aucun autre. Or, Et rien d'autre est un roman américain classique, une vaste fresque dont l'axe central est le parcours d'un homme pendant 40 ans, à partir de la fin de la guerre.

Cet homme, Philip Bowman,  a choisi le métier d'éditeur, qu'il exerce avec passion tout au long de ces 40 ans au sein de la même maison new-yorkaise, sans manifester d'ambition financière ni managériale ; le contact avec les écrivains lui suffit. Sa quête personnelle, c'est la recherche d'un foyer, aux deux sens du terme : une maison, où se ressourcer, en bois, au bord d'un lac ou de la mer - archétype américain - et une femme, âme-sœur, avec laquelle construire une relation familiale.

Bien que ne se comportant ni en play-boy, ni en don juan, Bowman ne manque pas de succès féminins. Il parvient aisément à ses fins, porté à chaque fois par de véritables coups de foudre, plutôt d'ordre physique. Mais le plaisir physique ne garantit pas la durabilité des liaisons, qui tournent court, effacées par le coup de foudre suivant, en l'absence de véritables projets consensuels. Au fil du livre, le rythme des rencontres semblent s'accélérer. Mais peut-être est-ce plutôt le temps qui accélère avec l'âge. La fin de chaque aventure ne fait pas souffrir Bowman, sauf une fois ; il se comporte toujours bien, sauf une fois.

La fresque que constitue le roman est d'une ampleur considérable, tant par la période qu'elle recouvre que par le nombre de personnages accessoires qu'elle englobe. Complexe, elle est composée de tableaux relatant le parcours ou des tranches de vie de personnes rencontrées par Bowman : parents, amis, femmes, écrivains, professionnels de l'édition. De courtes anecdotes sur des personnages totalement secondaires aux apparitions fugitives, viennent compléter l'ornementation de la fresque.

Un regret : dans ce milieu littéraire où l'on évoque très brièvement Hemingway, Byron et des écrivains fictifs, où l'on semble passer beaucoup de temps en déjeuners et en cocktails, il n'y a pas de débat, même sommaire, sur des œuvres ou des auteurs, à l'instar des commentaires courts mais intéressants délivrés sur Bacon et Picasso.

L'écriture est limpide et précise, sans lyrisme excessif, sans métaphore inaccessible. La construction ne présente aucun artifice. Le récit se déroule tranquillement. De temps en temps, un retour en arrière de deux ou trois pages est nécessaire pour comprendre de qui il est question, l'auteur ayant probablement pris un malin plaisir à nous embrouiller.

Pas étonnant que James Salter soit considéré comme un monstre sacré de la littérature américaine.

GLOBALEMENT SIMPLE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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La fille du train, de Paula Hawkins

Publié le 18 Août 2015 par Alain Schmoll

Août 2015

Ce livre n'était pas pour moi. Je le savais avant, il m'avait suffi de consulter la 4ème de couverture : "un suspense formidable... jusqu'au bout de la nuit! ", "préparez-vous à être ensorcelé, à devenir obsessionnel ". Mais en ouvrant ce blog où je réunis mes critiques de lecture, je m'étais promis d'être objectif, ouvert à tout, sans préjugé discriminant. J'ai donc lu La fille du train de bout en bout.

C'est un thriller, parait-il. Je n'ai pas spécialement "thrillé". C'est vrai, il y a un meurtre, et donc un assassin, qui n'est formellement dévoilé que dans les dernières pages. Mais avec les évidentes fausses pistes que l'auteur balance pendant 300 pages, on n'est pas vraiment surpris (en plus, on s'en fiche, c'est la fin du livre, ouf !).

Le livre se présente sous forme de monologues de trois personnages féminins. Dans ces monologues, qui s'enchaînent et s'entrecoupent, l'auteur fait dire à ces femmes,  en intégralité et de façon répétitive, tout ce qu'elles font, tout ce qu'elles pensent, tout ce qu'elles ressentent ; et même quand elles cachent quelque chose, elles précisent bien qu'elles cachent quelque chose pour que le lecteur comprenne bien.

A les lire, les femmes sont toutes à la recherche d’un maître. Jalouses et enfermées dans leurs fantasmes, quand tout ne se passe pas comme elles veulent, elles pleurnichent et elles boivent. Quant aux hommes, ils sont évidemment violents, libidineux, menteurs et manipulateurs.

Dans ce livre, qui ne présente ni ligne directrice, ni finesse d'écriture, les radotages interminables de Rachel - la fille du train - sur l'alcool qu'elle ingurgite massivement, en conscience qu'elle ne devrait pas, ses pleurs, ses vomissements, ses saignements ont fini par me donner la nausée.

  • FACILE     o   J’AI AIME… PAS DU TOUT
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Lola Bensky, de Lily Brett

Publié le 28 Juillet 2015 par Alain Schmoll

Juillet 2015

Lola Bensky, prix Médicis étranger 2014, est présenté comme un roman inspiré de la vie de son auteur, Lily Brett. Ce n'est pas un roman, selon moi, mais plutôt un ensemble de souvenirs et de professions de foi totalement autobiographiques, ce qui n'ôte rien au plaisir que j'ai eu à le lire.

Trois grands thèmes s'entremêlent dans la vie de Lily alias Lola.

Primo, Lola traine un problème d'embonpoint qui la culpabilise car elle ne parvient jamais à respecter ses plans de régime.

Secondo, Lola est la fille unique de rescapés d'Auschwitz qui ont vu tous les membres de leur famille assassinés de façon épouvantable. Survivre à Auschwitz, ce n'est pas revenir d'un camp de concentration lambda ; il y a une hiérarchie dans l'horreur et Auschwitz est au sommet. On le sait déjà, mais ce n'est jamais inutile de s'en souvenir. Il y a là un héritage dont Lola supporte le poids depuis sa prime enfance.

Tertio, les années 60 : à19 ans, Lola vit à Londres d'un job qui consiste à interviewer des pop stars à peine plus âgés qu'elle : Jim Morrison, Mick Jagger, Jimy Hendrix. Si le premier est un authentique bad boy, les deux autres expriment une étonnante et touchante compassion pour la jeune femme, ses rondeurs et les histoires qu'elle leur raconte sur Auschwitz. On voit même, incroyable anecdote, un Mick Jagger très attentionné, insister auprès de Lola pour la présenter à son ami Paul McCartney.

Deux ans plus tard, Lola est présente au mythique Festival pop de Monterey, où elle sympathise avec les stars et assiste à leurs concerts : Janis Joplin, Jimy Hendrix, the Who, the Mamas & the Papas et d'autres, Otis Redding notamment.

Pauses musicales : entre deux chapitres, je télécharge les tubes mentionnés : Let spend the night together, Light my fire, Wild thing, Purple haze, Ball and chain... Je les redécouvre, près d'un demi-siècle après.

Je n'ai pas besoin de redécouvrir Otis Redding : je n'ai jamais cessé de l'écouter, et particulièrement son concert live in Monterey.

Le dernier chapitre est très émouvant, bien qu'un peu morbide. Malgré toutes ces morts prématurées, malgré Auschwitz, Lola réussira sa vie.

Question pour le traducteur du texte original : pourquoi Lola vouvoie-t-elle les stars alors qu'eux la tutoient ? Elle est intimidée, bien sur. Mais ils ont tous 20 ans. Et c'est une subtilité qui n'existe pas en anglais.

  •  FACILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP
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Temps glaciaires, de Fred Vargas

Publié le 28 Juillet 2015 par Alain Schmoll

Juillet 2015

C’est un peu toujours la même chose avec les polars de Fred Vargas depuis Pars vite et reviens tard qui l'avait révélée. A chaque fois, comme on a bien aimé le précédent, on s'oblige à lire le suivant. Et chaque fois, ça commence mollement, au point qu'on se demande un moment si ce n'est pas le livre de trop. Puis ça trouve son rythme et on se surprend à être captivé par les énigmes.

On retrouve le commissaire Adamsberg, pour lequel on n'arrive pas à se décider si on le trouve sympathique ou pas. Avec lui, le fidèle commandant Danglard, dont les connaissances encyclopédiques permettent à l'auteur de nous placer de plaisantes  histoires pour les nuls. Dans l'équipe qui les entoure, des flics de tous grades et de tous les profils, avec chacun son idiosyncrasie (c'est vraiment le mot qui convient!) : au commissariat, c'est comme dans les nombreuses séries policières TV françaises et américaines, sauf que Temps glaciaires n'est pas calibré pour durer 52 minutes, c'est un gros polar de près de 500 pages.

Comme chaque fois chez Fred Vargas, tout le monde (c'est-à-dire le lecteur et les personnages du roman) se retrouve plongé dans un monde improbable, en l'occurrence à des séances plénières de la Convention, menées par un Robespierre aussi authentique que celui de 1794.

Une part de surnaturel, aussi, avec l'afturganga, l'horrible monstre mangeur d'homme de la calotte glaciaire.

Sans oublier Marc, un gros marcassin - d'où son nom ! - gentil comme un toutou.

  • GLOBALEMENT SIMPLE     ooo   J’AI AIME
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Toute la lumière que nous ne pouvons voir, d'Anthony Doerr

Publié le 28 Juillet 2015 par Alain Schmoll

Juillet 2015

Ce roman a obtenu le prix Pulitzer 2015 de la fiction. C'est un gage d’une qualité littéraire tout à fait méritée car l'ouvrage est remarquablement construit et écrit. Cela n'empêche pas Toute la lumière que nous ne pouvons voir et ses 600 pages d'être aussi facile à lire qu'un best-seller estival et aussi palpitant qu'un thriller.

De très courts chapitres s'enchaînent pour suivre, alternativement et presque en simultané, la vie de Marie-Laure, une jeune parisienne aveugle, et celle de Werner, un jeune allemand orphelin, entre 1934 et 1944. Leurs parcours sont tracés inexorablement par l'Histoire.
Pour Marie-Laure, c'est la drôle de guerre, l'exode, puis la vie sous l'Occupation à Saint-Malo où son père a de la famille. C'est aussi la Résistance par le biais d'un vieil émetteur radio retrouvé dans le grenier secret de la maison familiale.
Werner suit la formation des jeunes nazis : embrigadement, culte du chef et du sacrifice, éradication de la sensibilité et de la conscience. Passionné par les radio-transmissions, il fait partie d'une unité de détection d'émetteurs clandestins qui sillonne l'Europe.
L'unité de Werner est envoyée en Bretagne à l'été 1944, juste avant les bombardements alliés qui conduiront à la libération de Saint-Malo, bombardements destructeurs et meurtriers qui sont décrits en contrepoint tout au long du roman.

Marie-Laure et Werner se rencontrent-ils ? Dans un roman comme celui-ci, construit pour captiver le lecteur, on a forcément la conviction que la rencontre se produira, qu'elle est prédéterminée, logique, que les parcours personnels des deux jeunes gens les mèneront inéluctablement à se croiser. C’est tout le talent du romancier de nous conduire à cette conviction. Dans la vraie vie, ça fonctionne dans l’autre sens : on rencontre tous les jours des tas de gens, fortuitement. Ils sont juste au même endroit que nous au même moment ; avant et après ce moment, ils ont leur propre parcours, lequel parcours n'a d'intérêt pour nous que parce qu'il y a eu rencontre.

Tout le roman est conjugué au présent ; cela donne le sentiment de vivre en direct les évènements et la vie quotidienne des personnages. Au début, avant la guerre, pendant l'enfance de Marie-Laure et de Werner, les phrases sont courtes, très simples – sujet, verbe, complément – ; presque de la littérature pour enfants. Au fur et à mesure de l'histoire et de son développement tragique, les phrases s'allongent, les tournures gagnent en complexité, le rythme de l’écriture s'accélère dans un crescendo qui aura nourri ma tension de lecteur jusqu'au dénouement.
Dénouement qui n'est pas la fin du roman. Comme dans les histoires vécues, l'auteur met en scène les survivants, 30 ans, 70 ans plus tard. La vie a continué, les blessures ont cicatrisé ; les questions sans réponse le restent, pour toujours.
Ma tension retrouve son niveau normal, je lis les dernières pages avec sérénité, tranquillement. Quand je referme le livre, je me dis que j'ai passé un bon moment.

Quelques jolis passages. Je garde celui-ci :
Le clair de lune reluit et ondule ; les nuages brisés défilent au dessus des arbres. Partout volent des feuilles. Mais le clair de lune n'est pas agité par le vent ; ses rayons, ou ce qui y ressemble, transpercent les nuages, l'air ! Ils restent suspendus au dessus de l'herbe qui se déforme.
Pourquoi le vent ne fait-il pas bouger 
la lumière ?

FACILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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Feu Pâle, de Vladimir Nabokov

Publié le 28 Juillet 2015 par Alain Schmoll dans Littérature, critique littéraire, romans

Juillet 2015

Je viens de relire Feu Pâle, que j'avais découvert il y a 25 ans et qui m'avait fasciné. C'est un livre de Vladimir Nabokov, un romancier que je place au dessus de tous les autres et que ses admirateurs qualifient souvent de magicien, d'illusionniste ou d'enchanteur.

Ce livre, un roman, ne ressemble à aucun autre, en tout cas dans sa structure : il se présente comme une monographie consacrée à un long poème – 999 vers! –, comportant une introduction et 200 pages de notes de commentaires numérotées. Imaginez ma surprise quand j'avais ouvert et feuilleté le livre pour la première fois... Coup d'œil à la page de couverture pour vérifier qu'il y avait bien inscrit : Feu Pâle, roman...

L'introduction – imprimée en italique! – m'étant apparue longue et rébarbative, je m'étais attaqué directement au poème. J'avais buté sur les 4 premiers vers :

               C'était moi l'ombre du jaseur tué

                Par l'azur trompeur de la vitre ;

                C'était moi la tache de duvet cendré - et je

                Survivais, poursuivais mon vol, dans le ciel réfléchi.

... 999 vers comme cela!... Ce n'était pas ce que j'avais envie de lire...

Déterminé à comprendre, j'avais repris consciencieusement l'introduction. Et là, il m'était apparu que cette introduction n'en est pas vraiment une. S’y dissimule le début d'une narration, laquelle trouve sa suite dans les notes de commentaires, notes dont il faut enchaîner la lecture sans trop se préoccuper du poème. L'histoire prend corps progressivement, comme un puzzle inattendu se construisant tout seul : un narrateur bizarre, un peu incohérent, raconte les aventures d'un roi (du genre roi d'opérette) en fuite à la suite d'une révolution dans son pays et sa traque par un tueur mandaté pour l'exécuter. Personnages caricaturaux et scènes cocasses, vrais-faux témoignages et mensonges par omission, digressions dont on ne mesure pas l'intérêt sur le moment et qui prennent tout leur sens 50 pages plus loin : à la fin du livre, quand toutes les pièces du puzzle sont assemblées, c'est l'enchantement ; la magie de Nabokov a opéré.

Aussitôt achevée, j'avais repris la lecture au début afin d’avoir une vision d'ensemble clarifiée de ce qu’il faut bien appeler un exercice de style parodiant certains ouvrages universitaires américains. Je voulais aussi repérer les signaux qui m'avaient échappé la  première fois, mieux comprendre des passages qui m'avaient paru obscurs, bref, tenter de déceler les "trucs" du magicien Nabokov.

J'avais gardé un souvenir émerveillé de ce livre et je m'étais promis de le relire. Bien sur, la magie n’opère plus de la même façon quand on a déjà vu le spectacle et qu'on a démystifié la plupart des ficelles. Mais je reste fasciné par l'habileté de l'auteur.

Le relirai-je un jour à nouveau ? Pourquoi pas. Je découvre sur Internet que ce roman peu connu (une centaine de lecteurs sur Babelio, à comparer aux 27 000 lecteurs du Petit Prince) est considéré comme un ouvrage culte par quelques exégètes et que les actes, gestes et paroles des personnages font l'objet de multiples interprétations.

Et les 999 vers du poème doivent bien avoir du sens. Il faudra donc qu'un jour je m'y remette.

  • TRES DIFFICILE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT
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L'amour et les forêts, d'Eric Reinhardt

Publié le 28 Juillet 2015 par Alain Schmoll

Juin 2015

Ce livre sort du commun à tous égards, à commencer par son titre, l'amour et les forêts, qui ne laisse rien entrevoir du contenu, et aussi par le nom de l'héroïne, Bénédicte Ombredanne, dont la probabilité de rencontrer un jour un homonyme est quasi nulle. C'est un livre très exigeant pour le lecteur. L'écriture est superbe, variée, tour à tour flamboyante et touffue ...comme les forêts. Il est en effet difficile de se situer, de suivre un chemin, de garder des repères, quand des pages se suivent, compactes, sans alinéa, mêlant sans transition d'une phrase à la suivante, le fil de l'histoire avec l'évocation d'événements passés, l'observation de détails anecdotiques ou l'expression de sentiments personnels, sans qu'on sache si ces observations ou ces expressions sont celles du personnage principal ou de l'auteur. Car l'auteur se met en scène dans la fiction en tant que lui même, auteur, face à ses personnages, un peu comme les peintres dans les tableaux les représentant dans un miroir avec leurs modèles.

Le premier chapitre nous plonge à froid dans un texte dense, obscur et savamment désordonné. Il m'a fallu beaucoup de concentration. Je me suis demandé si je serais capable de tenir 350 pages. Rupture totale de style pour le deuxième chapitre, consistant pour une grande part en échanges rythmés et facétieux de mails sur un site de rencontre. Ça m'a surpris, amusé et détendu pour la suite de ma lecture.

On entre ensuite dans le cœur de l'histoire. En quoi consiste-t-elle ? D'un moment particulier dans la vie de Bénédicte Ombredanne, femme harcelée moralement par son mari ; un moment qu'elle a raconté à l'auteur, tel qu'elle l'a vécu, ou imaginé, ou rêvé, ou les trois à la fois. Le texte écrit très travaillé s'enrichit harmonieusement de l'insertion directe de dialogues, de réflexions, ainsi que des questionnements et imprécations paranoïaques du mari. C'est assez envoutant. Et fascinant est l'état psychologique de cette femme, structurée, brillante, qui se laisse humilier au quotidien par un mari médiocre et étriqué. Elle le domine, ne l'aime pas. Elle pourrait l'anéantir d'une pichenette, elle le sait, elle sait que ce serait son salut ; et elle ne le fait pas.

Au dernier chapitre, apparait un nouveau personnage, inattendu. On découvre alors des éléments qui avaient été occultés par Bénédicte Ombredanne, des éléments éclairant de façon objective son personnage. Dans ces pages, moins originales et moins inattendues, on n'est plus dans la subjectivité poétique des chapitres précédents. L'histoire perd en magie ce qu'elle trouve en cohérence. Dommage de terminer sur ce decrescendo.

  • TRES DIFFICILE     ooo   J’AI AIME
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