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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Une partie du tout, de Steve Toltz

Publié le 31 Juillet 2017 par Alain Schmoll dans Littérature

Juillet 2017

Une partie du tout. Un titre énigmatique pour un livre monumental, extravagant, déconcertant. Une lecture distrayante pour les uns, rébarbative pour d’autres... – Et qu’en ai-je pensé moi-même ? demandez-vous. – J’ai pris beaucoup de plaisir dans certaines parties, j’ai dû m’accrocher dans d’autres. – Mais ai-je aimé le livre ? insistez-vous. – Quelques minutes après l’avoir terminé, je n’aurais pas su quoi répondre. Quelques jours plus tard, après m’être penché sur sa structure et en avoir relu certains passages, je reste partagé mais ce sont quand même les bons côtés qui prennent le dessus. Une partie du tout, en quelque sorte ! 

 

Voilà qui me semble cohérent : j’ai bien aimé mais je reste réservé. Car je doute que tous les lecteurs aillent au bout des cinq cents pages écrites par le romancier australien Steve Toltz.

 

Une partie du tout est l’histoire d’un homme. Mais duquel ? Est-ce de Martin (ou Marty) Dean, le père ? de Jasper Dean, le fils ? Ou de Terry Dean, le frère… à moins qu’il ne soit l’oncle… on s’y perd un peu, au début. En fait, Terry est le frère de Martin et l’oncle de Jasper. Vous y êtes ?

 

Terry est un ancien grand champion sportif qui a mal tourné tout en restant une idole nationale en Australie. Une étoile inaccessible pour son neveu Jasper qui ne l’a pas connu.  Une étoile noire qui aura absorbé toute la lumière auquel son frère Marty aurait pu prétendre, ce dont ce dernier ne se remettra jamais. Terry Dean, un gangster mythique dont l’éclat obscur rayonne jusqu’à la fin du roman.

 

Un roman en forme de puzzle, dont la construction très originale nécessite un minimum d’explications. Le narrateur du roman, c’est Jasper. Mais Jasper laisse volontiers la parole à Marty, son père. Il nous branche ainsi en direct sur un très long monologue de Marty : vingt-deux heures d’affilée, transcrites en un chapitre de cent cinquante pages, pour raconter à Jasper son enfance dans l’ombre de Terry ; quasiment un roman dans le roman. Plus loin dans le livre, Jasper nous fait déchiffrer l’intégrale du journal intime tenu par Marty, lors de pérégrinations à Paris, juste avant la naissance de son fils ; puis peu avant les derniers événements du roman, il nous dévoile un ouvrage inachevé : l’« Autobiographie sans titre de Martin Dean, par Martin Dean », un non-titre saugrenu donnant le ton humoristique, parfois hilarant, qui caractérise l’ensemble de l’ouvrage. Comprenez donc, quand vous lisez « je », que ce peut être Jasper ou Marty qui s’exprime. De l’importance de savoir dans quel chapitre vous êtes, si vous ne voulez pas vous embrouiller !

 

Au fur et à mesure de la découverte des pièces du puzzle, c’est la vie et la personnalité de Martin Dean qui s’affichent : un misanthrope, philosophe, moraliste, indécis, dépressif, fragile, autodestructeur, probablement génial, peut-être carrément fou… Pour Jasper, la narration est un parcours initiatique à la recherche de lui-même au travers d’une relation père - fils complexe. Un père à l’évidence soucieux de ce que deviendra son fils, mais souvent incohérent dans ses actions. Un fils qui voit clair dans les traits de caractère de son père, mais qui a du mal à faire le tri entre les positifs et les négatifs, conscient qu’il en héritera naturellement certains et qu’il lui appartiendra de choisir, parmi les autres, ceux qu’il adoptera. C’est la loi de la transmission de père en fils : opter pour la bonne partie du tout. Pour le complément, on a une mère, et Jasper comme tout le monde…

 

Haïr plutôt qu’aimer, punir ! Un début d’envie chez Jasper comme chez Marty ; juste une velléité. Un père ne sait pas s’il aime son fils parce qu’il a les mêmes défauts que lui, ou au contraire parce qu’il a d’autres qualités. Et quand il n’y a que l’amour et pas de haine – comme moi avec mon père et mes deux fils – c’est de fierté ou de regret qu’il s’agit. Mais sait-on jamais ce qui est positif chez soi-même.

 

Une partie du tout est un roman philosophique. On y évoque l’Homme, sa peur de la mort, sa peur de la peur de la mort, sa propension à construire son chez soi au centre d’un labyrinthe, sinueux comme la formation des idées et impénétrable comme les voies de Dieu. Les personnages s’interrogent, dissertent, débattent. Des commentaires pertinents, drôles, très drôles souvent, mais parfois incompréhensibles, longs, très longs et sans intérêt…

 

Le livre est aussi une saga romanesque bien maîtrisée, passionnante, amusante, aux péripéties surprenantes, originales, loufoques, qui pour l’essentiel prennent place en Australie, une démocratie éloignée et pourtant très similaire à la nôtre : une population de consommateurs en quête de sens, un microcosme de médias manipulateurs et manipulés, un monde politique à la recherche de l’efficacité, notamment face à l’immigration de Clandestins, un mot que l’auteur écrit avec un C majuscule, comme si c’était une nationalité ou une ethnie.

 

Et comme souvent, l’amour est la cause involontaire des pires trahisons. Celles qui font tout basculer.

TRES DIFFICILE      oooo J’AI AIME BEAUCOUP

 

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Le gang des rêves, de Luca di Fulvio

Publié le 26 Juillet 2017 par Alain Schmoll dans Littérature

Juillet 2017,

Que vous soyez addict à la littérature ou que vous ne lisiez qu’un livre par an, profitez des vacances pour lire Le gang des rêves : une saga romanesque mettant en scène, dans les années vingt, à New York et à Los Angeles, des personnages bien campés dans un enchaînement d’intrigues intelligemment ficelées ; des péripéties qui, tout au long des sept cents pages du roman, sont opportunément émaillées de violence, de sexe, de célébrités, de dollars, et aussi de romantisme, de bons sentiments et d’amour – avec un grand A !

 

Le rêve américain, ça marche toujours ! Écrit par un Italien du nom de Luca di Fulvio, le roman aurait pu s’appeler « Il était une fois en Amérique » – comme beaucoup d’autres, d’ailleurs –. Je ne peux m’empêcher de penser au célèbre film du regretté Sergio Leone, un autre Italien, père des fameux westerns « spaghetti », dont le réalisme très expressif avait bousculé un genre jusqu’alors contrôlé par les descendants des pionniers du Far West... La gang dei sogni ! Un roman « spaghetti » ?

 

Christmas – c’est le nom du personnage principal ! – est le fils né d’un viol d’une jeune Italienne fraîchement débarquée, réduite à la prostitution pour survivre. Il traîne son adolescence dans les rues du Lower East Side de Manhattan, où il retrouve d’autres gosses d’immigrés miséreux, des Italiens, des Irlandais et de nombreux Juifs d’Europe centrale. Tous se veulent américains, mais ce sont les communautés qui structurent les amitiés, puis les bandes, les gangs, et finalement les mafias. Dans ce quartier déshérité, la délinquance et le crime semblent être le seul ascenseur social.

 

Heureusement, des secteurs d’activité novateurs prennent leur essor, inspirés par des technologies nouvelles. A New York, les premières émissions radiophoniques ouvrent des perspectives de carrière aux jeunes gens prêts à investir leurs talents dans l’aventure. Justement, Christmas ne manque pas de bagout, ni d’ambition, ni de sens de l’opportunité. Sans doute pourrait-il aussi réussir dans le cinéma, un phénomène en plein big bang, qui provoque une nouvelle ruée vers l’Ouest. A Hollywood, l’industrie du cinéma brasse un fric invraisemblable et offre des réussites fulgurantes à quelques happy few... suivies de dégringolades tout aussi foudroyantes. Pour le plus grand nombre, un miroir aux alouettes ; beaucoup n’auront jamais une chance et finiront par sombrer dans l’alcool, la drogue, la prostitution...

 

Hollywood, Los Angeles. Quel destin y attend Ruth, une pauvre petite fille riche, dont les yeux verts avaient fasciné Christmas lors de leur rencontre à l’âge de treize ans dans des circonstances tragiques ? Partie en Californie avec sa famille après une agression qui l’a marquée à vie, ne risque-t-elle pas surtout de recroiser la route d’un criminel psychopathe récidiviste, venu comme d’autres chercher fortune dans l’univers ensorcelant du cinéma ?

 

L’auteur utilise tous les ingrédients qui font un best seller, ceci dit sans la moindre connotation négative … ou presque. Quelques épisodes un peu simplistes, quelques commentaires un peu naïfs, quelques traits de caractère un peu caricaturaux, quelques scènes sentimentales un peu candides… mais il faut parfois savoir ne pas faire la fine bouche et juste se laisser emporter par les aventures que vivent les différents protagonistes. Le plaisir simple d’une lecture romanesque.

 

Le livre est structuré en courts chapitres consacrés successivement à chaque personnage. L’intensité dramatique est bien maîtrisée, sans effets de suspens artificiels. Chacun peut lire Le gang des rêves à son allure, tranquillement, sans se laisser entraîner à tourner frénétiquement les pages.

 

Vers la fin, le rythme s’accélère dans un scénario à la fois prévisible et tiré par les cheveux. Que voulez-vous, il faut bien qu’un roman s’achève ! A moins d’être très naïf, on ne craignait pas vraiment que l’histoire se termine mal pour ceux qu’on aime, Ruth et Christmas. Amour, réussite, argent, bonheur… Et pourtant ! Se pourrait-il que les naïfs aient raison, au moins en partie ? Pour parvenir à un happy end, il faut parfois s’y prendre à plusieurs reprises !

 

Pour finir, quelques réserves sur la traduction française. Je n’aime pas trop lire des dialogues comme ceux-ci :

« Mais qu’est-c’que c’est qu’ce nom ?

– Ça te r’garde pas »

Une écriture semi-phonétique censée transposer le langage des quartiers populaires de New York, à la manière des traducteurs de Faulkner cherchant à reproduire la façon de parler des bouseux des Etats du Sud. Ça sonne aussi faux que les doublages en français des vieux westerns et séries B. C’est d’autant plus absurde que le livre a été écrit en italien et, j’ai vérifié, sans profusion d’apostrophes !... Traduire un texte italien en français tout en lui donnant une tournure américaine ! Voilà qui aurait enchanté Aaliya, l’héroïne de Les vies de papier, roman que j’ai chroniqué en novembre dernier…

 

Le gang des rêves, un ouvrage conçu pour plaire au public le plus large, avec un clin d’œil pour l’intelligentsia, dont on sait le goût pour le théâtre. Une très belle réussite, qui mérite son succès.

FACILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

 

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Deux hommes de bien, d'Arturo Pérez-Reverte

Publié le 12 Juillet 2017 par Alain Schmoll dans Littérature

Juillet 2017,

Il y a des lectures qui démarrent poussivement et qui s'avèrent finalement passionnantes.

 

L’intrigue de Deux hommes de bien prend place dans un contexte historique tellement particulier, qu’il est naturel d’en bien fixer les tenants et aboutissants, puis d’en explorer les perspectives, qui sont multiples. Loin de se contenter de ce programme déjà riche, Arturo Pérez-Reverte en rajoute encore : tout au long du roman, il s’attache à en dévoiler les ficelles de sa gestation.

 

Un récit complexe, donc. Pas étonnant qu’un minimum de patience et de persévérance soient nécessaires au lecteur pour en prendre la mesure.

 

La trame romanesque est inspirée d’une histoire vraie. A Madrid, dans les années 1780, deux membres de l’Académie royale espagnole reçoivent mandat de se rendre à Paris et d’en rapporter un exemplaire original de l’Encyclopédie, publiée en France depuis une vingtaine d’années. Une mission qui n’est pas considérée comme opportune dans certaines sphères d’un royaume d’Espagne très catholique, où les idées restent soumises à la censure de l’Inquisition.

 

Car l’Encyclopédie véhicule des idées subversives ! Cet ensemble de vingt-huit volumes, écrits par un groupe d'intellectuels supervisés par Diderot et d’Alembert, est emblématique du mouvement des Lumières, qui se propage sur toute l’Europe. L’intention est que chacun puisse accéder à une connaissance ouverte, fondée sur la raison, l’échange d’idées et l’observation expérimentale, par opposition à l'obscurantisme, la superstition et l'intolérance, privilégiés alors par la religion et la monarchie.

 

Des routes inconfortables et peu sûres, une vie parisienne recelant moult embûches – dans les salons de la haute société comme dans les ruelles des quartiers populaires ! –, d’impitoyables manigances ourdies par les adversaires du projet. On imagine bien que l’expédition des deux académiciens espagnols n’aura pas été de tout repos. Leurs aventures sont contées en mode cape et d’épée, scènes de duel et de galanterie incluses. C’est plaisant et l’auteur sait faire monter la pression dans les moments dramatiques.

 

Le contexte historique est l’occasion d’ouvrir le débat, avec les principaux personnages qui confrontent leurs idées et expriment leurs convictions. Que de questions difficiles à trancher ! Raison et révélation sont-elles compatibles ? Peut-on concilier idéal de liberté et exigences de la foi ? Le progrès exclut-il le respect des traditions ? Les corps doivent-ils s’émanciper en même temps que les esprits ?... Les échanges n’en finissent pas entre les deux Espagnols, des intellectuels lettrés qui découvrent la vie parisienne avec les mêmes yeux que les Persans de Montesquieu, soixante ans plus tôt. Un attelage qui évoque aussi Don Quichotte et Sancho Pança, les héros mythiques de l'œuvre mère de la littérature romanesque espagnole.

 

Justement, voilà que le romancier Pérez-Reverte nous divulgue les secrets de son travail de composition. Point de départ : un fait historique mineur, banal, oublié. Consultation d’archives, confrontation avec des observations in situ. A l’imagination ensuite d’entrer en jeu : il faut retracer des événements effacés des mémoires, reconstruire des personnages dont ne reste que le nom. Modelage de l’écriture pour imposer au lecteur un rythme en harmonie avec celui des péripéties. Ne pas oublier l’année de travail ingrat, à lire et relire, ajouter, supprimer, corriger, réviser sans fin…  

 

Avant d’écrire des romans et d’être lui-même membre de l’Académie royale espagnole, Pérez-Reverte avait été journaliste ; un correspondant de guerre, du genre baroudeur droit dans ses bottes. Toute ressemblance avec l’un de ses deux héros, celui qu’on appelle l’Amiral, est-elle vraiment fortuite ? Un homme grand, sec, au caractère ferme, ouvert aux Lumières, mais qui ne transige pas avec ses valeurs, même si elles vont parfois à l’encontre de ses idées...

  

Un mot sur un autre personnage du roman, un abbé plus ou moins défroqué, prêchant à Paris la révolution dont les présages se laissent entrevoir. Etouffé par les rancœurs, il appelle à la disparition d’un art de vivre dont il profite en parasite. Un humaniste ? Certainement pas ! Ce n’est pas l’amour de l’humanité qui l’anime, c’est le mépris qu’elle lui inspire. Que les têtes tombent !... Ce personnage réel de l’époque, pseudo-philosophe aigri et radical, ruminait sa haine de ses confrères, lesquels, selon lui, le privaient de la reconnaissance qu’il estimait mériter. La Révolution Française lui aura permis de régler ses comptes... avant de le conduire à l’échafaud à son tour.

 

Qu’en pensent ceux que l’on entend aujourd’hui, sur les ondes, exhaler leurs frustrations personnelles, tout en s’arrogeant le droit de parler au nom du peuple ?

 

Ce n’est pas le cas d’Arturo Pérez-Reverte, érudit, humaniste, européen. Un homme de bien, en somme.

DIFFICILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

 

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Miniaturiste, de Jessie Burton

Publié le 2 Juillet 2017 par Alain Schmoll dans Littérature

Juillet 2017,

Fin du dix-septième siècle, Amsterdam est la capitale mondiale du commerce et de la finance. Au cœur de cette cité à l’apogée de sa puissance, où la population est mise en coupe réglée par un calvinisme puritain implacable, Jessie Burton, jeune néo-romancière britannique, place une fiction imaginative à la limite du fantastique... Et je ne jurerais pas que cette limite ne soit pas par instant franchie.

 

En ouverture du livre, une scène de conclusion funèbre préfigure l’opacité trouble des événements du récit. On pourrait pourtant croire à une histoire banale. Johannes Brandt, riche homme d’affaires d’âge mur, célibataire endurci ayant enfin décidé de prendre épouse, a jeté son dévolu sur une jeune fille issue d’une famille modeste de province. C’est ainsi que Petronella – Nella pour les intimes – s’installe dans la maison de sa nouvelle famille, au bord de l’Herengracht, le canal des Seigneurs. Une somptueuse demeure régentée avec autorité par Marin, la sœur de Johannes, une femme belle, imposante, sévère, restée elle aussi célibataire.

 

Nella ne voit jamais son mari. Jamais ! Les affaires de Johannes – qu’on qualifierait aujourd'hui d’import-export – semblent le contraindre à de nombreux voyages et, entre deux, lui imposer une charge de travail incessante, dans son bureau ou en réunion à la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, dont les bateaux sillonnent les mers par centaines.

 

Vois sur ces canaux / Dormir ces vaisseaux / Dont l’humeur est vagabonde ; / C’est pour assouvir / Ton moindre désir / Qu’ils viennent du bout du monde…

 

Dans la maison, Nella découvre une atmosphère étrange, pesante, étouffante. Frôlements de tentures, d’étoffes, de draperies. Bruissements ou craquements de matières riches, soie, velours, bois précieux. Propagation d’odeurs insistantes, les unes agréables, d'autres incommodantes.  

 

… Des meubles luisants / Polis par les ans / Décoreraient notre chambre ; / Les plus rares fleurs / Mêlant leurs odeurs / Aux vagues senteurs de l’ambre, / Les riches plafonds, / Les miroirs profonds, / La splendeur orientale, / Tout y parlerait / A l'âme en secret / Sa douce langue natale...

 

Dans la grande bourgeoisie amstellodamoise, Johannes et Marin tiennent le haut du pavé. Craints, respectés et admirés, ils cachent toutefois de lourds secrets, dont la révélation pourrait compromettre leur position. Car la stricte morale calviniste qui régit les âmes locales se veut un acte collectif de rédemption ne souffrant pas d’exception. Une sorte de contrat tacite avec Dieu : en échange de piété et de vertu, il garantirait la prospérité de la cité et la protègerait d’une montée des eaux qui la submergerait. Chacun surveille donc son voisin et n’hésite pas à dénoncer les comportements déviants.

 

A son arrivée à Amsterdam, Nella s’est vu offrir par Johannes un étrange cadeau ; une reproduction à échelle réduite de leur demeure. Une sorte de maison de poupée, un chef d'œuvre de miniaturisation, reconstituant fidèlement tous les aménagements intérieurs. A l'initiative de Nella – qui s’interroge sur le sens de ce cadeau –, s’ajoutent des figurines à l’image des personnages du roman. Figurines et personnages semblent inexplicablement assujettis. Quelle est la nature du mystérieux miniaturiste sollicité par Nella ? Témoin ou prophète, démiurge ou devin ?

 

En dépit de longueurs dans la narration et de lenteurs dans l’action, je suis resté accroché à la lecture de Miniaturiste. A la fin du livre, on ne sort pas de la confusion engendrée par des indices contradictoires et des discours fumeux. En fait, il faut accompagner l’auteure dans son voyage dans le temps, ne pas chercher à interpréter les choses en s’appuyant sur notre rationalité et notre bon sens d'aujourd'hui. Les lumières de Descartes et de Spinoza n’avaient pas encore rayonné sur les esprits, profondément cupides et bigots, qui s'accommodaient mieux des clair-obscur de Rembrandt, où pouvaient se dissoudre secrets et ambiguïtés.

 

Seule Nella semble capable de s’élever. Mais prisonnière de son temps, elle ne comprend pas tout. Est-ce un problème ? A la différence d’aujourd'hui, l’on savait à l’époque qu’on ne pouvait tout comprendre. On l’acceptait.

 

Etonnant de voir comme Amsterdam a évolué ! Que reste-t-il du moralisme étroit de l’ancienne oligarchie calviniste, dans l’Amsterdam chantée par Jacques Brel ou dans l’image libertaire et bobo affichée aujourd'hui par la cité ?

 

J’ai pensé que Baudelaire, lui aussi, avait vu Amsterdam : Là tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté… Pour la volupté, on repassera !...

 

DIFFICILE     ooo   J’AI AIME

 

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