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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

L'affaire Rosenblatt, de Joël Haroche

Publié le 23 Juin 2017 par Alain Schmoll dans Littérature

L'affaire RosenblattJuin 2017,

Dallas, 22 novembre 1963. C’est là-bas, aux alentours de cette date, que se situent les événements racontés dans L’affaire Rosenblatt. Une date qui aura aussi compté dans la destinée d’un certain John F. Kennedy, bien que lui-même n’ait pas la possibilité de s’en souvenir... Vous trouvez ce mot d’esprit déplacé ? Alors ne lisez pas ce livre, un presque chef d’œuvre d'humour noir et de mauvais goût, écrit par un presque inconnu nommé Joël Haroche.

Le titre fait bien évidemment penser à l’affaire Rosenberg, ce couple de New-Yorkais juifs communistes, accusés d’espionnage au profit de l’Union Soviétique, et qui, malgré leurs protestations d'innocence, furent exécutés sur la chaise électrique. Le 19 juin 1953.

19 juin 1953, c’est aussi la date de naissance du fils aîné des époux Rosenblatt. Il a donc dix ans au moment des faits dont il est le narrateur. La concordance de date, c’est pour lui comme si ses parents étaient la réincarnation spirituelle des Rosenberg... En complètement louftingues !

A l’instar de leurs presque homonymes, les Rosenblatt sont juifs, athées, d’origine russe, engagés dans les mouvements des droits civiques, sympathisants communistes et carrément admirateurs de Fidel Castro. Tout pour plaire dans le quartier chic de Dallas, Texas, où ils occupent la seule maison délabrée et où les résidents se situent plutôt dans la continuité des convictions sudistes les plus radicales. Une confrontation culturelle frontale. Ajoutons que les finances des Rosenblatt sont à sec alors que celles de leur voisinage nagent dans le pétrole… Une intégration locale difficile !

Papa, Julius Rosenblatt, est un avocat raté. Quelque peu parano, il a tendance à attribuer ses échecs à des complots d’anticastristes. En réalité, il a l'habitude de dormir quatorze heures par jour, ce qui ne facilite guère le développement de son cabinet. Il doit se contenter d’une clientèle de petits délinquants mexicains minables, incapables de payer ses honoraires, si ce n'est en nature : une portée de chihuahuas, par exemple, ou une palette de boîtes de corned-beef !… Un jour, il entreverra l'opportunité de défendre le plus grand criminel de l’époque, mais il s’y prendra comme un manche. Un coup à finir derrière les barreaux…. Le comble pour un as du barreau !

Dans la famille, ils sont tous cintrés. Maman, une intellectuelle darwinienne, est phobique au dernier degré et pourchasse microbes, bactéries et autres amibes. Grand’Pa, presque centenaire, aphasique, est toujours à la recherche – en mobilité réduite – de sa femme, la mère de Julius, une jeune danseuse qui s’est tirée il y a quarante ans. L’autre grand-père – famille Katzenellenbogen – vient de publier Les splendeurs de l'intestin, un ouvrage scientifique à la gloire d’un organe injustement déprécié alors qu’il pourrait être la preuve ultime de la non-existence de Dieu !...

Mais le plus délirant, c’est Nathan, le fils cadet, huit ans, un QI qui frôle les 180, hypermnésique et caractériel. Il est aussi atteint du symptôme de Gilles de la Tourette, ce qui l’amène à déclencher toutes sortes de catastrophes absurdes, comme en gueulant brusquement « bandes d’enculés ! » en plein dîner de shabbat.

Des scènes loufoques. Un nez rouge de clown en carton bouilli atterrissant avec sang et morve dans la soupe à la recette immuable depuis une arrière-arrière-grand-mère Katzenellenbogen. Une dinde de Thanksgiving, peut-être casher, peut-être laïque, qui finit par disparaître en passant à travers la fenêtre. Un pique-nique familial où Julius fait venir son meilleur pote et meilleur client, un freluquet nerveux qui répond au petit nom d’Ozzie, que les enfants surnomment Lucky Rabbit, et que sa femme Marina, une russe qu’il a ramenée d’Union Soviétique, appelle tendrement Lee-Lee-Darling. Un pote qui leur réserve bien des surprises !...

Car comme dans le poème récité à l’occasion de nombreuses obsèques et qui commence par « je suis juste passé dans la pièce d'à côté… », on vient juste de passer un mort dans la pièce d’à côté de celle où Nathan est en consultation de neurologie au Parland Memorial Hospital…

Avant de commencer la lecture, j’avais vu qu’il était mentionné après la dernière ligne : « New-York, novembre 1969 ». Inconsciemment, j’en avais déduit que le livre était l’adaptation française d’une œuvre américaine déjà ancienne. Je trouvais le texte remarquablement traduit… avant de prendre conscience de mon erreur d’interprétation. L’affaire Rosenblatt est le presque premier roman d’un Français et c’est presque génial. Presque ! Un peu compliqué d’appréhender du premier coup la chronologie des événements. Pas facile de prendre note de tous les détails… et pourtant ils comptent tous. Et le narrateur aurait pu dire... bien d’autres choses, en somme…

En prenant le temps qu’il faut, c’est un moment de lecture savoureux, inattendu, par moment hilarant.

GLOBALEMENT SIMPLE oooo J’AI AIME BEAUCOUP

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La tresse, de Laetitia Colombani

Publié le 23 Juin 2017 par Alain Schmoll dans Littérature

La tresseJuin 2017,

Un gentil petit livre, à lire en quelques heures, pour découvrir un épisode de la vie de trois femmes d’aujourd'hui. Ce sont en fait trois histoires qui s’entrelacent comme une tresse. Ces femmes vivent à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, chacune dans son monde. Elles n’ont absolument rien en commun. Sauf que finalement… Non, vous découvrirez en temps utile ce qui les relie, ce n’est pas moi qui vendrai la mèche !...

Laetitia Colombani déploie une écriture simple et directe, qui donne à son roman une tournure de conte. Une tonalité mélodieuse, parfois enfantine, mais sans niaiserie. Les récits sont découpés en courts chapitres consacrés tour à tour à l’une des trois femmes. Une discontinuité de bon aloi, que l’auteure croit pourtant devoir atténuer par des effets de suspens à la fin de certains chapitres ; un peu artificiel, mais somme toute en ligne avec l’allure un peu ingénue de l'ouvrage.

Le corps des récits exhibe les modes de vie de Smita, Giulia et Sarah, dans leur univers très spécifique. Il révèle leur comportement à un moment charnière de leur existence.

Le quotidien de Smita, c’est la condition épouvantable des Intouchables en Inde. Hallucinant et révoltant pour nous, occidentaux du vingt-et-unième siècle. Parviendra-t-elle à extraire sa fille de cette destinée avilissante ?

En Sicile, Giulia est soumise au ronron tranquille d’une famille d’artisans traditionnels. Ils sont brutalement rattrapés par la modernité. La disparition de son petit monde est-elle une fatalité inexorable ?

À Montréal, les journées trépidantes de Sarah, avocate brillante et ambitieuse élevant seule ses trois enfants, sont soudain percutées par un problème de santé. Quelles remises en question faut-il consentir pour retrouver l’équilibre ?

Les trois femmes doivent ainsi faire face à des difficultés devant lesquelles elles ne sont pas loin de rendre les armes. Elles relèvent la tête et décident de se battre. Elles ont raison ; lutter pour gagner, c’est déjà gagner.

La plus déterminée, celle qui ne renonce jamais, c’est la plus déshéritée. Smita saisit la moindre chance et s’y accroche avec l'énergie du désespoir. Peu importe que sa foi en des croyances d’un autre âge nous fasse sourire. A l’inverse, la plus fragile est celle dont les auspices avaient été les plus favorables. Pas étonnant. Sarah avait toujours franchi les obstacles en conquérante. Elle menace de s’effondrer dès lors que son invincibilité est contestée.

Et Giulia ? Elle est la plus réaliste des trois. Envers et contre toutes les réticences de ses proches, elle saura imposer les idées providentielles de l’homme qu’elle a choisi pour accompagner sa vie.

Car dans ces histoires de femmes, écrites par une femme et qui seront lues par une majorité de femmes, je me permets d’observer que la clé qui boucle le sens de La tresse est apportée par un homme.

Et puisque c’est mon instant de rébellion masculine, je conteste la discrimination avancée par Sarah pour qualifier l'attitude des dirigeants de son cabinet d’avocats. Ils sont pragmatiques et je trouve qu’ils font preuve de délicatesse dans l’exercice très difficile qui consiste à préserver contre son gré une collaboratrice en difficulté. Quand elle aura cessé de voir tout en noir, Sarah reconnaîtra elle-même que l’on ne peut pas mener de front tous les combats, surtout quand l’un est prioritaire.

Au final, une lecture agréable, parfois émouvante, mais pas inoubliable.

FACILE ooo J’AI AIME

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Anna Karénine, de Léon Tolstoï

Publié le 11 Juin 2017 par Alain Schmoll dans Littérature

Anna KarénineJuin 2017,

Greta Garbo, Vivian Leigh, Jacqueline Bisset, Sophie Marceau, Keira Knightley… quelques actrices parmi les plus belles et les plus « bankables » de l’histoire du cinéma ! Elles ont, parmi d'autres, interprété Anna Karénine dans l’une des nombreuses adaptations du roman à l’écran. C’est dire la puissance mythique du personnage de femme imaginé par Léon Tolstoï dans son ouvrage éponyme, même pour celles et ceux qui ne l’ont pas lu, ce qui était mon cas jusqu'à ces derniers jours.

Pour tout un chacun, Anna Arcadievna Karénine incarne, jusqu'à se perdre, la femme qui choisit délibérément l’amour d’un séducteur patenté, le comte Vronski, envers et contre tous usages, préjugés et obstacles...

Voyons ce qu’il en est.

Un coup de foudre réciproque. Une femme et un homme, disposant tous deux d’une force de séduction hors du commun, se regardent, se sourient et cèdent à l’attirance qu’ils exercent l’un sur l'autre. S’installe une relation passionnelle échappant à toute maîtrise par la raison. Vronski, célibataire, met sa carrière de côté ; pas très grave pour un homme né riche et à la conscience légère. Anna, mère d‘un petit garçon, trompe ouvertement son mari Karénine, puis quitte le foyer familial pour s’installer avec son amant. Dans la société aristocratique russe de l’époque, c’est une faute dont le poids est insupportable. L’histoire d’amour devient histoire d’amour coupable, puis, dans la logique de la littérature classique, tourne à l’histoire d’amour tragique.

On connaît Phèdre et la malédiction de l’amour interdit… Dans Anna Karénine, l’aspect transgressif de sa relation pousse le couple à se replier sur soi, à s’isoler, à ne plus se nourrir à chaque instant que de l’exaltation de sa passion… Mais cela ne marche pas éternellement. Même si les sentiments restent vifs, les rituels de l’amour s’affadissent avec les années. L’ennui guette. Quand l’un cherche alors à s’en extraire, c’est la jalousie qui infiltre l’autre, un poison insidieux qui ronge l’âme jusqu'à la folie…

La jalousie ! Tolstoï en dissèque minutieusement – comme Proust quelques années plus tard – les mécanismes et les effets sur ses différents personnages. Car le roman dépasse la seule histoire du couple formé par Anna et Vronski. Structuré en épisodes comme un feuilleton ou une série se déployant sur plusieurs années, le roman, qui compte un millier de pages, trace aussi l’évolution des Oblonski et des Lévine, deux couples légitimes ceux-là, sans que pour autant leur parcours soit un long fleuve tranquille. Trois femmes et trois hommes, parents pour certains, se croisent et se recroisent ainsi dans les milieux aristocratiques dont ils sont issus.

Une occasion de s'immerger dans la Russie de l’empereur Alexandre II dans les années 1870. Les idées des philosophes des Lumières infusent lentement dans les esprits. Les premières théories socio-économiques aussi. Tolstoï pose les débats de son temps. Faut-il s’ouvrir à la modernité occidentale ou préserver la tradition russe ? Doit-on donner la priorité au peuple ou à l’individu ?... L’agriculture, l’industrie et le commerce sont confrontés aux mutations déclenchées par le progrès technique – une problématique qui dure de nos jours ! –... Le servage vient d’être aboli, mais les paysans n’en vivent pas moins misérablement. A Saint-Petersbourg, la haute société vit dans un faste et un luxe inouïs, à quelques centaines de mètres des quartiers miséreux où survivent avec peine les personnages de Crime et châtiment, publié une dizaine d’années plus tôt par Dostoïevski, l’autre géant du roman russe. Pas étonnant que ces contrastes détonnants mènent, quelques décennies plus tard, à la révolution d'octobre.

A l’instar d’un Zola, Tolstoï observe attentivement les détails de la vie quotidienne, en ville, dans les campagnes, dans les différents milieux sociaux. Mais ce qui est essentiel et passionnant dans Les Rougon-Macquart n’est qu’accessoire et parfois fastidieux dans Anna Karénine. La cérémonie religieuse du mariage de Lévine, par exemple, est très longuement développée ; la lecture donne l’impression d’y assister en temps réel : les mariés sont en retard, les invités bavardent et bavassent… aussi ennuyeux qu’en vrai !... Même chose pour l’agonie interminable du frère de Lévine, dont la narration est oppressante.

Lévine par ci, Lévine par là ! Et si c’était lui le personnage principal du roman ? Un idéaliste en amour, un visionnaire social utopiste, un homme qui croit au progrès et aussi en Dieu ; un homme qui s’exprime sur tous les sujets abordés dans ce roman aux multiples facettes. Un personnage créé par Tolstoï à son image : un aristocrate qui se voudrait un homme du peuple, mais qui reste désespérément un aristocrate.

La littérature ! Une évasion pour le lecteur. Un refuge pour l'écrivain.

GLOBALEMENT SIMPLE ooo  J’AI AIME

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