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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Et je danse, aussi, de Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux

Publié le 30 Août 2016 par Alain Schmoll

Et je danse, aussi

Août 2016,

Lecteur, je te préviens : Et je danse, aussi est un roman épistolaire. Et au vingt-et-unième siècle, un roman épistolaire, c’est sous forme d’échanges de mails que cela se présente. Rien que des mails !

Je te l’annonce aussi d’entrée : la lecture de ce roman m’a emballé... Mais pas jusqu’au bout ! J’ai trouvé la fin un peu convenue et gentillette...

Je pense à quelques romans épistolaires réussis. Les liaisons dangereuses, de Choderlos de Laclos, au dix-huitième siècle. Récemment, Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, parmi d’autres… Mais en passant désormais de la lettre papier au mail, tout change. L’échelle de temps n’est plus la même. Le rythme bondit.

Un homme, Pierre-Marie, et une femme, disons... Adeline. Ils ne se connaissent pas, ne se rencontrent pas. Ils échangeront des mails pendant quelques semaines. Leur vie en sera bouleversée.

Pierre-Marie est un écrivain célèbre. Il a soixante ans. Sa vie s’affiche dans la presse, sur Internet. Lui-même est plutôt disert sur sa vie privée, ses mariages, ses divorces, sa progéniture et celle de ses ex. Mis en confiance, il dévoile facilement ses joies et ses peines. Avec le temps, toutefois, on découvre qu’il tait, comme s’il la refoulait, une souffrance sur laquelle il ne s’exprimera que peu à peu.

D’Adeline, on ne sait pas grand chose. Grande, grosse, brune, déclare-t-elle... Et beaucoup plus jeune que Pierre-Marie... Elle pratique la méditation, chante dans une chorale, ... et elle danse, aussi ! Le ton de ses mails est enjoué, mais comme estompé par un voile d’humour triste. Sa vie semble sombre... Quelle est la part de vérité dans ce qu’elle raconte ?

Comment tout cela commence-t-il ?

Pierre-Marie a reçu une enveloppe volumineuse mentionnant le nom et l’adresse mail d’Adeline, sans autre indication. Supposant qu’il s’agit d’un manuscrit qu’on lui soumet, il avertit par mail Adeline qu’il n’ouvre jamais ce type d’enveloppe et propose de la lui retourner pour peu qu’elle lui indique son adresse postale.

Echange de mails secs. Adeline se montre insistante, Pierre-Marie agacé. Puis le ton des propos s’adoucit, devient cordial, bienveillant. Les mails s’allongent. Ceux d’Adeline sont amusants, joliment tournés. Cela aiguise la curiosité de Pierre-Marie qui se prend au jeu et se lâche à son tour. Il annonce qu’il conserve l’enveloppe mais qu’il l’ouvrira plus tard... Volte-face d’Adeline qui lui demande désormais de lui retourner l’enveloppe, en tout cas de ne pas l’ouvrir.

Ce que contient cette enveloppe, c’est de la dynamite !...

Mine de rien, Adeline fera en sorte que Pierre-Marie se prépare doucement à prendre connaissance du contenu sans être pulvérisé par la déflagration. Lecteur, tu ne peux pas t’en rendre compte à première lecture. Il faudra que tu reprennes certains passages après avoir lu le livre en entier, comme je l’ai fait, pour apprécier la délicatesse avec laquelle Adeline s’efforce de désamorcer la bombe. Cela prendra deux mois, au cours desquels les mails se succèderont sans cesse.

La tension monte progressivement. Elle m’a happé, je n’ai pas pu lâcher le livre. C’était comme un thriller sauf que je ne m'y attendais pas. Puis, au fur et à mesure que tout s’éclaire, la tension retombe...

Une courte seconde partie, quelques mois plus tard, toujours des mails... Était-elle utile ?

Pierre-Marie et Adeline s’y interrogent : est-il possible de devenir le héros de son histoire personnelle quand on en a été longtemps le second rôle ?

Ils le mériteraient bien tous les deux.

L’écriture de Et je danse, aussi est très agréable : vocabulaire limpide, syntaxe très simple, proches du langage parlé. Une allure tonique, fluide et mélodieuse comme certaines œuvres pour piano à quatre mains. Il se trouve justement que le livre a été écrit conjointement par deux écrivains, Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux. Ils expliquent que l’idée du roman leur est apparue au cours d’un échange impromptu de mails improvisés...

Belle aventure ! Pourront-ils la renouveler ?

  • FACILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP
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La fête au Bouc, de Mario Vargas Llosa

Publié le 27 Août 2016 par Alain Schmoll

La Fête au Bouc par Vargas Llosa

Août 2016,

Le Bouc, c’est Rafael Leónidas Trujillo, maître tout-puissant de la République Dominicaine de 1930 à 1961. Un bail au cours duquel il aura mis l’économie du pays en coupes réglées au profit des siens. Sa dictature s’appuie sur un incroyable culte de la personnalité. La capitale, Saint-Domingue, est rebaptisée Ciudad Trujillo. Lui-même est le Généralissime, le Bienfaiteur, le Père de la Patrie, ou tout simplement pour son entourage, « le Chef ». Il n’admet pas la moindre contestation et n’hésitera jamais à utiliser l’armée, la police et les services secrets pour éliminer ceux qui pourraient se mettre en travers de ses projets ou de ses intérêts. La responsabilité de Trujillo sera ainsi engagée dans l’enlèvement, la mort, la torture ou la disparition de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Le Bouc !... Pourquoi cette référence à un animal qui symbolise le satanisme et la fornication ?

C’est à Urania qu’il faut poser la question !... Elle revient pour la première fois à Saint-Domingue trente-cinq ans après avoir quitté précipitamment le pays à l’âge de quatorze ans, quelques jours avant la fin de l’ère Trujillo. Elle a un compte à régler avec son père – un ancien ministre proche du « Chef » – aujourd'hui âgé, impotent et dans la misère. Après quelques pages, pas nécessaire d’être grand clerc pour imaginer ce qui s’était passé. Le dernier chapitre en révèlera les détails, à en avoir la nausée...

Urania n’est pas le personnage principal du livre ; elle en est l’unique personnage fictif. Tous les autres ont réellement existé. A travers eux, Mario Vargas Llosa, prix Nobel de littérature, raconte par le menu les derniers jours du régime trujilliste. Autour des faits historiques minutieusement reconstitués, il s’introduit dans la mémoire et la conscience de chacun des protagonistes, remémore leur parcours, imagine leurs réflexions, leurs états d’âme, leurs inquiétudes... retrace leur destinée... Plusieurs récits s’entremêlent ainsi, dans des chronologies indépendantes. Il arrive aussi à l’auteur de raconter plusieurs fois un même événement, vu sous des angles différents.

Au commencement est le Chef, son Excellence Rafael Trujillo ! Une prestance imposante, un regard que personne ne peut soutenir, une voix étonnamment aiguë. A soixante-dix ans, l’esprit clair et lucide, à peine perturbé par sa paranoïa et ses obsessions de performance sexuelle, Trujillo maîtrise parfaitement l’exercice du pouvoir et son emprise sur ceux qui l’entourent. Il les fascine, les tétanise et les manipule comme des marionnettes, en jouant habilement de leurs faiblesses. S’il l’estime nécessaire, il condamne... Définitivement, sans hésitation ni remords. Droits de l’homme ? Connaît pas...

Ils ont beau être ministres, généraux ou conseillers spéciaux, tous perdent leurs moyens en présence du Chef. Ils dégoulinent – de sueur, oui, parce qu’il fait chaud ! – mais surtout de trouille, de lâcheté et de flagornerie. N’empêche que, dans leurs fonctions, ils se montrent efficaces, cruels et sans scrupules. Trujillo est un meneur d’hommes ; il sait déceler et rallier à lui les talents qui peuvent le servir !

D’autres luttent. Un soir, au crépuscule, quatre hommes armés sont assis dans une puissante voiture arrêtée tous feux éteints au bord de la route. Ils guettent le passage de la Chevrolet Bel-Air conduisant le Chef à l’un de ses habituels rendez-vous galants. L’attente est interminable. Le doute s’installe. Viendra-t il ? N’ont-ils pas été dénoncés ? Chacun vit à sa manière cet instant que tous espèrent historique. Vont-ils enfin mettre fin à un régime qu’ils exècrent ?... Et s’ils échouent, quelles conséquences pour eux et leurs familles ?...

Il faut dire que lorsqu’on tombe aux mains du redouté SIM (Service d’Intelligence Militaire), les tortures et les supplices peuvent être abominables. Je n’ai pas aimé les pages qui s’étendent longuement sur des scènes barbares atroces. Quelle est leur justification ? Tendance de l’auteur au sadisme ou exigence marketing de l’éditeur ?

Quelques passages longs et ennuyeux. Je me suis parfois perdu dans les parcours des protagonistes et leurs rapports avec leurs proches. Que de monde ! Ne pas hésiter à tourner les pages rapidement, sans perdre de temps sur des détails anecdotiques n’ayant pas beaucoup d’intérêt vus d’où nous sommes, si loin dans l’espace et dans le temps.

Mais globalement, La fête au Bouc, dont la première publication date de 2000, est un roman historique qui se lit comme un bon thriller.

  •  GLOBALEMENT SIMPLE     ooo   J’AI AIME
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Le dernier des Justes, d'André Schwarz-Bart

Publié le 17 Août 2016 par Alain Schmoll

Le Dernier des justes

Août 2016,

À mon sens, Le dernier des Justes n’est pas un livre qu’on aime ou qu’on n’aime pas. C’est simplement un livre que je me devais de lire.

Prix Goncourt 1959, cet ouvrage a joué un rôle important dans l’élaboration de la « mémoire de la Shoah ». L’auteur, André Schwarz-Bart, un ancien résistant dont les parents sont morts en déportation, n’a pas été déporté lui-même. Le dernier des Justes n’est donc pas une autobiographie, ni un témoignage. Ce n’est pas non plus un ouvrage documentaire sur l’histoire du peuple juif.

La légende des Justes est un roman, une oeuvre de fiction qui retrace l’histoire d’une famille juive sur plusieurs siècles, du Moyen-Age jusqu’à la deuxième guerre mondiale et la Shoah qui l’anéantira. L’ensemble s’inscrit dans une réalité mythologique et historique reconstituée à partir d’un travail très approfondi de documentation et de recueil de témoignages. L’auteur se réfère à une ancienne tradition talmudique selon laquelle le monde reposerait sur trente-six Justes, des homme ouverts à la souffrance du monde et capables d’en assumer devant Dieu le destin tragique.

Événement fondateur de l’histoire : à la fin du douzième siècle, à la suite du sacrifice digne et courageux d’un rabbin, sa descendance, la famille Lévy, se voit gratifiée par Dieu du privilège de compter un Juste à chaque génération.

Dans une première partie, le livre consacre la légende des Justes de la famille Lévy jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, tout au long de ses migrations à travers l’Europe. Chacun de ces Justes connaît une fin tragique, assumée comme il se doit, sans peur, colère ni haine... parfois sans trop comprendre ce qui lui arrive – ce qui revient au même ! Les péripéties font l’objet de courts récits au ton inspiré de chroniques médiévales et de contes folkloriques, avec une pointe d’humour ashkénaze gommant l’horreur des événements narrés.

Le récit prend ensuite la forme plus classique d’une saga romanesque familiale. Les Lévy sont installés à Zémiock, un shtetl – petite bourgade yiddish – aux confins de la Pologne et de l’Ukraine. Très misérables, ils ne vivent que selon les commandements de leur loi religieuse. L’un d’eux, Mardochée sera le premier à en secouer le joug, tout en restant fidèle à la spiritualité du judaïsme. Son fils, Benjamin, fera un pas de plus vers l’ouverture au monde séculier de son temps. En 1921, après un pogrom particulièrement violent qui les endeuille lourdement, les Lévy émigrent et s’installent à Stillenstadt, une petite ville d’Allemagne. Ils y font alors l’apprentissage de la vie dans un environnement où les non-juifs sont majoritaires...

La troisième partie du livre recouvre toute la période hitlérienne, de l’émergence du nazisme jusqu’à Auschwitz. Le récit se focalise sur Ernie, fils de Benjamin, né à Stillenstadt, et prend la forme d’un roman psychologique. Sensible et cérébral, Ernie a eu connaissance du secret de sa famille. Il s’évertue dès son enfance à se poser en Juste, mais il le fait avec tellement de naïveté et de maladresse qu’il est incompris et souvent rejeté. Au quotidien, l’antisémitisme de la population allemande devient de plus en plus agressif. Les Lévy s’enfuiront en 1938 à Paris, où ils seront arrêtés puis déportés. Ernie échappera à l’arrestation mais son destin de dernier des Justes finira par l’emmener lui aussi à la chambre à gaz.

Des polémiques se sont élevées lors de la publication de l’ouvrage. Je les évoquerai sans les développer. Il ressort de la lecture du roman que l’idée de souffrance serait consubstantielle à l’identité juive, pensée vivement rejetée dans le judaïsme moderne. L’acharnement antisémite nazi y est considéré comme le prolongement des persécutions menées depuis des siècles contre les juifs, « peuple déicide maudit ». Enfin, l’auteur, pourtant ancien résistant, met en exergue l’attitude fataliste et non violente des juifs, occultant leurs combats contre les nazis.

Le dernier des Justes est un livre difficile. Je me suis souvent senti perdu dans les passages inspirés de la mystique juive ou d’exégèses talmudiques, parfois inexactes aux dires de quelques spécialistes, ce qui importe peu du moment qu’elles entrent en cohérence avec l’histoire fictive imaginée par l’auteur.

Les pages consacrées au pogrom de Zémiock et aux violences antisémites nazies sont parfois insoutenables. Ce n’est pourtant rien à côté de celles décrivant le parcours final d’Ernie, dans le wagon qui le mène à Auschwitz, puis dans le couloir de la mort.

J’ai refermé le livre avec soulagement. Mais comme je l’ai déjà dit, Le dernier des Justes n’est pas un livre qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je ne lui attribue donc pas de note d’appréciation. Je me devais de le lire ; pour reprendre un mot d’André Schwarz-Bart, le lire, c’est « poser un petit caillou blanc sur une tombe ».

TRES DIFFICILE

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Gouverneurs de la rosée, de Jacques Roumain

Publié le 17 Août 2016 par Alain Schmoll

Gouverneurs de la rosée

Août 2016,

Jacques Roumain est un poète et intellectuel francophone, issu d’une grande famille haïtienne. Il achève ce roman en 1944, juste avant de mourir, à l’âge de trente-sept ans, en Haïti. Il est alors publié en France grâce à l’appui d’André Breton et d’Aragon.

Ouvrage peu connu, Gouverneurs de la Rosée raconte magnifiquement une histoire qui m’a touché, très évocatrice de la misère, du mysticisme et de la violence en Haïti.

Après quinze ans d’absence, Manuel est de retour chez ses parents âgés, à Fonds-Rouge, un territoire qu’il avait connu fertile, aujourd'hui desséché, presque calciné par un soleil de plomb. Pas une goutte d’eau depuis des mois. Une chaleur accablante.

« Un seul rayonnement aveuglant embrasait la surface du ciel et de la terre... les champs étaient couchés à plat sous le poids du soleil, avec leur terre assoiffée, leurs plantes affaissées et rouillées... les feuilles des lataniers pendaient, inertes, comme des ailes cassées. »

A Fonds Rouge, quand la terre ne produit pas, il n’y a rien à se mettre sous la dent. Dans le dénuement absolu, les habitants, des paysans presque primitifs, n’ont plus que la peau sur les os. Résignés, incapables de réagir, ils s’en remettent à Dieu et au Vaudou...

Pour Manuel, la résignation, le découragement sont inconcevables. Les conditions difficiles de sa vie à l’étranger lui ont forgé des convictions fortes sur le sens de la vie d’un homme face à l’adversité et sur l’utilité du rapport de forces contre l’adversaire, fût-il la nature.... « L’homme est le boulanger de la vie », dit-il... Son projet ? Trouver l’eau. Il est persuadé qu’elle coule à proximité. Une fois la source découverte, il faudra l’aménager, puis creuser le canal et les rigoles pour irriguer toutes les parcelles de Fonds-Rouge... Gouverner la rosée !

Une tâche herculéenne, impossible à mener seul, ni même à quelques uns. Il faudra mobiliser tous les paysans en « coumbite », une tradition ancestrale : l’union d’hommes mettant leurs forces en commun, agissant en cadence, s’auto-stimulant par des chants, pour venir à bout d’un travail physique difficile sous le soleil de plomb quotidien. C’est ainsi qu’ils récoltaient, naguère, quand les terres produisaient. Selon Manuel, c’est ainsi, tous ensemble, solidaires et fraternels, qu’ils réhabiliteront leur destin.

Mais le dessein de Manuel se heurte à la mémoire d’un événement passé qu’il ignore. Une bagarre meurtrière a coupé la communauté en deux clans ennemis, chacun attendant avec obstination l’heure de régler les comptes. Et pour quelques uns, la soif de vengeance ne peut s’étancher que par le sang...

Plus qu’un roman, Gouverneurs de la rosée est un conte. Les mythes qu’il évoque ne nous sont pas inconnus. L’impossible amour entre un homme et une femme appartenant à des clans ennemis. L’éternelle parabole du sacrifice du Héros, du Juste, – je ne sais trop comment l’appeler – offert pour la rédemption de son peuple. Le livre s’achève par la vision d’un avenir radieux. Avec, dans un ventre de femme, la vie nouvelle qui remue...

Un très joli livre, dont la lecture m’a souvent ému. Jacques Roumain observe ses compatriotes déshérités avec une sorte de dérision affectueuse, qui n’empêche pas une lucidité sévère. Finement mâtinée de langage parlé local, l’écriture est précise, élégante. Une poésie simple, sans grandiloquence, qui se lit comme un souffle d’air frais...

... semblable à celui qu’accueille la fin d’une journée torride et aveuglante :

« Le soleil maintenant glissait sur la pente du ciel qui, sous la vapeur délayée et transparente des nuages, prenait la couleur de l’indigo... là-bas, au-dessus du bois, une haute barrière flamboyante lançait des flèches de soufre dans le saignant du couchant.... Sous les lataniers, il y avait un semblant de fraîcheur, un soupir de vent à peine exhalé glissait sur les feuilles dans un long murmure froissé et un peu de lumière argentée les lissait avec un léger frémissement, comme une chevelure dénouée... »

Belle sera la nuit :

« Quel jardin d’étoiles dans le ciel et la lune glissait parmi elles, si brillante et aiguisée que les étoiles auraient dû tomber comme des fleurs fauchées. »

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L'amie prodigieuse, tome 2 - Le nouveau nom, d'Elena Ferrante

Publié le 4 Août 2016 par Alain Schmoll

Août 2016,

L'amie prodigieuse, tome 2 : Le nouveau nom

Le nouveau nom est le deuxième tome de L’amie prodigieuse, une saga en forme d’autobiographie se déroulant à Naples sur toute la seconde moitié du vingtième siècle. Les héroïnes en sont Elena, la narratrice, et Lila, une jeune femme pour le moins... étourdissante. Il fait suite au volume sous-titré Enfance, adolescence, dont je publie la chronique en même temps que celle-ci.

Nous sommes désormais dans les années soixante. En pleine croissance économique, Naples se développe. Des quartiers modernes s’élèvent, de nouveaux types de commerces apparaissent. Parmi les jeunes commerçants du vieux quartier, les plus avisés pressentent l’opportunité de monter leurs produits en gamme : épicerie fine, pâtisserie de qualité, mode, luxe. Certains ouvrent des boutiques dans le centre-ville. Des moyens de transport permettent d’accéder facilement à la mer. Sur les plages de la côte amalfitaine et de l’île d’Ischia, on s’adonne à des loisirs ignorés des générations précédentes. Et c’est l’occasion de rencontres, d’aventures...

Ce livre, dans lequel le personnage de Lila rayonne du début à la fin, m’a captivé par ses péripéties souvent surprenantes. Le récit s’ouvre à l’instant même de l’incident qui marquait la fin du premier tome, en plein mariage de Lila, seize ans, avec un jeune homme du quartier qu’elle connaît depuis toujours, un commerçant aux affaires semble-t-il prospères. Un mariage prometteur... L’incident gâche tout. Lila ne pardonnera jamais. Elle n’éprouvera plus que mépris et dégoût pour son mari et les hommes d’affaires auxquels il est associé.

A défaut de bonheur, le mariage apportera à Lila un nouveau statut et des moyens financiers inespérés. Elle dépensera sans compter, pour elle-même et pour ses proches du vieux quartier qu’elle aidera dans des élans de prodigalité irraisonnés. Une façon pour elle de compenser les désagréments de sa vie conjugale : humiliations, coups, rapports subis.

Dotée de talents professionnels « prodigieux », Lila jouera un rôle essentiel dans la réussite des boutiques de son mari ... quand elle le voudra bien ! Toujours aussi fantasque et imprévisible, faisant fi des aversions qu’elle provoque, elle va et vient comme elle l’entend, capable notamment de tout plaquer pour une passade amoureuse avec un étudiant sans le sou.

De son côté, Elena, égale à elle-même, passera brillamment son bac et engagera un parcours universitaire qui lui permettra de fréquenter des étudiants issues de familles aisées et cultivées. Toujours aussi peu sûre d’elle, mal à l’aise avec ses origines, Elena doute de tout, en premier lieu d’elle-même, de ses dispositions intellectuelles, de son physique et de ses capacités de séduction. Longtemps amoureuse d’un jeune homme de son entourage, sa timidité la conduit à se comporter comme si de rien n’était, et même, tout en simulant l’indifférence, à laisser la place à une autre jeune femme plus entreprenante. Elena se pose des questions sur tout, sans fin. Que de formules interrogatives dans les paragraphes où elle parle d’elle !

En dépit des divergences de leurs parcours, les sentiments que Lila et Elena éprouvent l’une pour l’autre ne se démentent pas. Elena reste fascinée et stimulée par la personnalité et l’autorité de Lila. L’attitude de Lila envers Elena fluctue entre grande générosité et petites méchancetés. Peut-être considère-t-elle les succès universitaires d’Elena comme les siens par personne interposée ?

Avec un peu d’amertume, Lila et Elena observeront que les marques de leur origine sont probablement indélébiles. Malgré l’éclat de sa beauté et les tenues sexy à la pointe de la mode dans lesquelles elle éblouit ses proches, Lila ne peut prétendre s’assimiler aux femmes  élégantes des beaux quartiers. Même chose pour Elena, dont l’étalage de réels savoirs universitaires ne fait pas illusion dans les sociétés où l’on baigne depuis l’enfance dans des conversations à bâtons rompus sur l’actualité culturelle et politique.

Encore Lila et Elena ont-elles l’espoir concret de s’extraire, chacune à sa manière, d’une vie médiocre aux maigres espérances, une destinée à laquelle leurs amies d’enfance du vieux quartier ne pourront guère échapper... Un constat d’évidence compte tenu des mentalités et des structures sociales du Naples d’après-guerre, et qui pourrait d’ailleurs se transposer dans nos banlieues d’aujourd’hui.

Au moment où s’achève le livre, Elena vient de publier son premier roman. De son côté, Lila, maman d’un petit garçon, est au creux de la vague. Mais sa combativité n’est pas émoussée et j’ai le sentiment qu’elle ne tardera pas à rebondir...

Attendons le troisième tome. Début 2017, paraît-il...

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L'amie prodigieuse, tome 1 - Enfance, adolescence, d'Elena Ferrante

Publié le 4 Août 2016 par Alain Schmoll

Août 2016,

L'amie prodigieuse, tome 1 : Enfance, adolescence

J’ai lu coup sur coup L’amie prodigieuse, puis Le nouveau nom, qui en est la suite immédiate.

Dans un premier temps, persuadé que ces volumes formaient un seul et même ouvrage, j’avais pensé écrire une chronique unique. Puis en m’informant sur l’auteur(e), –dont personne ne connaît l’identité cachée sous le pseudonyme d’Elena Ferrante – j’appris que deux tomes restaient à paraitre, afin de compléter une saga déployée sur soixante années : l’autobiographie réelle ou fictive d’une femme de lettres dont le prénom est ... Elena ! Finalement, j’ai décidé d’écrire une chronique pour chacun des deux volumes existants et de les publier en même temps.

Années cinquante, dans un vieux quartier de Naples. Une cour d’immeubles vétustes. La misère suinte dans les cages d’escaliers, murs décrépits, plafonds tachés d’humidité, grilles de soupirail rouillées et tordues... Des familles vivent là, tirant le diable par la queue, ouvriers, employés, artisans. On parle un dialecte napolitain. Peu savent lire et écrire. Faire des études est un luxe inutile. Quelques uns, commerçants, s’en tirent mieux ; ils savent compter, et prêtent si besoin est. Derrière leur dos, on murmure : marché noir, usure, relations mafieuses.... Aigreur, rancœurs, haines... Pourtant existe une réelle forme de solidarité et de vivre ensemble.

Au début du livre – dont le véritable titre est L'amie prodigieuse : enfance, adolescence –, deux petites filles de six ans se rapprochent pour affronter ensemble un monde qu’elles croient limité à leur cour d’immeuble et qu’elles structurent au moyen d’expressions empruntées à des adultes illettrés. Au delà de cet horizon, elles imaginent un univers angoissant constitué d’êtres monstrueux, aux formes mouvantes et menaçantes.

Grandissant ensemble, elles vont peu à peu prendre la mesure de leur environnement et engager une amitié exclusive et complexe qui se prolongera pendant des décennies. Une amitié qui va à la fois les porter et les ronger. Chez chacune, l’admiration pour l’autre frôlera la jalousie, la bienveillance alternera avec la malveillance. Elles se rapprocheront toutes les fois qu’elles se seront éloignées. Elles ne cesseront de se soutenir et de se stimuler. Leur parcours personnel sera très différent et aucune ne prendra le pas sur l’autre.

Elena –  la narratrice – est craintive, indécise, peu sûre d’elle, mais déterminée à devenir une jeune fille sage et studieuse. Un profil un peu banal de bonne élève friande d’éloges. Grâce à l’appui d’une institutrice et malgré un contexte familial peu favorable, elle pourra tracer son chemin brillamment, à l’école, au collège, puis au lycée.

Lila est surdouée. Elle sait tout faire, avec sa tête comme avec ses mains – dès lors qu’elle en a envie ! Elle est la meilleure en tout... en attendant de devenir la plus belle ! Mais imprévisible, car fantasque, caractérielle et provocatrice, elle est capable de tout laisser tomber sur un coup de tête. Elle ne fera pas d’études et ira rejoindre l’échoppe de cordonnier de son père... où elle fera preuve de talents étonnants... Puisqu’on vous dit qu’elle est prodigieuse !

Lila et Elena sont entourées de garçons et de filles du vieux quartier, une micro-société qui, dès l’adolescence, tend à reproduire un modèle traditionnel de domination masculine, les garçons se posant gentiment mais fermement en protecteurs.

Plus tard, dans un Naples qui se modernise à l’approche des années soixante, quelques garçons, parmi les aînés, se mettent à prospérer. Voiture, sorties, cadeaux... Entre jeunes gens, les regards changent. Déclarations, flirts, espoirs... petites embrouilles. Premières demandes en mariage... grandes embrouilles... Le récit s’arrête net, sur un événement inattendu qui sera le point de départ de véritables déflagrations dans la vie du quartier...

Aurais-je pu trouver mieux pour vous inciter à lire la suite dans Le nouveau nom, deuxième tome de cette saga ?

J’ai été totalement séduit par les aventures racontées par Elena. C’est drôle, c’est émouvant, c’est surprenant. Les personnages sont attachants. C’est un livre pour tout le monde. Son style écrit ne contient ni rigidité ni pompe et sonne aussi naturellement que du langage parlé... Peut-être quelques longueurs... Mais l’écriture est tellement fluide que le récit en devient visuel. Les mots se dissolvent au profit d’images en mouvement qui se forment dans notre esprit. L’impression de voir un film italien de ces années-là... 

FACILE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT

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