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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

La septième fonction du langage, de Laurent Binet

Publié le 27 Octobre 2015 par Alain Schmoll

Octobre 2015

Un livre très original, que j'ai trouvé captivant, drôle, intéressant, ...mais par moment ennuyeux lors de quelques passages trop longs et hermétiques.

A la différence de ma précédente lecture (Le bruit et la fureur, de W. Faulkner), j'ai lu La septième fonction du langage, de Laurent Binet, sans préparation, sans en rien connaître, si ce n'est que l'ouvrage rencontrait un vrai succès d'estime, qu'il avait obtenu le prix du roman Fnac 2015 et qu'il était en piste pour des grands prix littéraires de cet automne.

Pendant ma lecture, je me suis longuement interrogé : ce livre est-il une enquête sur un fait divers, un recueil de débats linguistico-rhétoriques, un essai politique, une farce bouffonne, un roman d'espionnage, un polar, un pastiche de polar, un faux polar, un vrai-faux polar ?...

Tout part de la mort accidentelle, en 1980, de Roland Barthes, sommité de la linguistique et de la sémiologie, figure emblématique de la pensée intellectuelle et littéraire. L'auteur transforme l’accident en meurtre, avec pour mobile la possession d'un document secret dévoilant un mode d'expression orale ouvrant l'accès au pouvoir absolu.

Il s'agit donc d'un polar, empreint d'une coloration mi-burlesque, mi-intello. L'originalité plaisante de l'ouvrage, une fiction, est que les protagonistes en sont majoritairement des personnages réels. Des figures intellectuelles de 1980, avec leurs foucades : Foucault, Derrida, Althusser, Umberto Eco, et surtout Sollers, halluciné et délirant dans un rôle central, accompagné de son épouse Kristeva, d'orrrigine bulgarrre, sombre et machiavélique. Et dans des passages jubilatoires, les stars politiques de l'époque, Giscard et Mitterrand, entourés de leurs fidèles, déjà prêts à toutes les turpitudes un an avant le débat télévisé décisif qui précédera de quelques jours le vote pour l'élection présidentielle.

C'est très amusant de retrouver le paysage de 1980 : PPDA et le journal d'Antenne 2, les étudiants chevelus noyautant les facs, Borg dominant le tennis mondial ; et surtout la cigarette ! On avait presque oublié, tout le monde fumait partout et tout le temps, même en avion. Rappel aussi de faits d'actualité marquants : le parapluie bulgare, cocasse, et beaucoup plus tragique, l'attentat de la gare de Bologne.

Moins plaisants, à mon goût, car inaccessibles (pour moi), les trop longs développements sur la linguistique, la sémiologie la rhétorique, la dialectique, au cours de discussions et de conférences de spécialistes dont les noms me sont inconnus. Lassantes aussi les joutes oratoires répétitives du Logos Club. Et je n'ai pas non plus aimé les interminables et déjantées scènes d'orgies.

A la fin du livre, le héros de l'histoire, personnage fictif, s'interroge sur son propre être : est-il réel ou fait-il partie d’un roman ? Son sort est-il prédéterminé par un romancier ou est-il maître de son destin ? Figure de style certes imaginative, mais qui n'apporte rien à l'ouvrage qui en compte déjà beaucoup. Pourquoi ne pas l'avoir gardée pour une prochaine œuvre ?

Moi aussi, mon imagination a gambadé. Signes et symboles étant affaire d’interprétation personnelle, sachez que j'ai souvent pensé à Tintin : deux moustachus à parapluie, au début, qui ressemblent aux Dupond-Dupont ; des étrangers louches qui rrroulent les rrr comme des Syldaves et des Bordurrres ; et quand j'ai lu "anacoluthe, catachrèse, enthymème..." (section 85), j'ai cru voir une bulle d'insultes proférées par le capitaine Haddock...

DIFFICILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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Le bruit et la fureur, de William Faulkner

Publié le 14 Octobre 2015 par Alain Schmoll

ctobre 2015

Chef d'œuvre ! Publié en 1929, ce désormais "classique" de la littérature américaine a ouvert la voie à de nombreux romanciers contemporains. Je l'avais lu il y a vingt-cinq ans, deux fois coup sur coup. Je viens de le relire ; deux fois à nouveau. Avec ce livre, soit on se décourage et on le ferme au bout de cinquante pages, soit on le lit au moins deux fois. Hermétique, incompréhensible, voire rebutant à première lecture, Le bruit et la fureur offre un plaisir de lecture somptueux dès lors que l'on a franchi les étapes d'initiation qu'exige le procédé littéraire adopté par William Faulkner. Il me fait penser aux symphonies de Mahler, dont la musique peut être perçue comme bruit et fureur par celui qui l'écoute sans préparation et pour la première fois.

Cadre des événements : le Sud des Etats-Unis, au début du vingtième siècle. La guerre de Sécession est encore dans les esprits. Si l'esclavage n'existe plus, les pratiques de ségrégation raciale restent sans limites. Le livre tourne autour d'une ancienne famille de planteurs, en voie de décomposition matérielle et morale, sur une trentaine d'années ; trois frères, Quentin, Benjamin, Jason, et une sœur, Caddy, personnage central du roman bien qu'absente. Le roman est constitué de quatre parties, chaque frère étant narrateur d'un chapitre sous forme d'un monologue intérieur, le quatrième chapitre étant une narration classique.

Benjamin, ou Benjy, déficient mental lourd, un idiot comme on disait, est le "narrateur" du premier chapitre. Nous sommes en 1928, il a trente-trois ans. Incohérent, son soliloque mental part de ce qu'il ressent quand il parcourt ce qui reste du domaine familial où tout lui rappelle sa sœur absente Caddy, des sensations visuelles, olfactives et auditives qu'il ne comprend pas, mais qui lui font revenir en désordre les souvenirs de différents moments de son enfance.

Le deuxième chapitre se situe dix-huit ans plus tôt, à Harvard, où étudie Quentin, l'ainé ; un jeune homme tourmenté, idéaliste, écorché vif. Tout en préparant son suicide, il ressasse des réminiscences décousues et des pensées délirantes, où se mêlent son désespoir à l'annonce du mariage de Caddy, à laquelle il est lié par des fantasmes incestueux et morbides, et sa jalousie haineuse à l'égard de ceux qui sont plus doués, plus heureux ou plus riches que lui.

Puis on revient à 1928, avec Jason ... Lui, c'est le sale con par excellence ! Un esprit négatif, soupçonneux, égocentrique ; vénal et sans scrupules ; raciste et antisémite au delà de l'imaginable. Frustré de rester le seul homme en mesure de faire vivre la famille, il manipule sa vieille mère malade imaginaire et cherche à martyriser sa nièce, la fille de Caddy, élevée par sa grand-mère et nommée Quentin en hommage pour son oncle disparu.

Car non content de ne (presque) pas donner d'indication de dates pour les moments évoqués par les trois frères dans des "flashbacks" désordonnés et elliptiques, Faulkner prend un malin plaisir à donner le même prénom à plusieurs personnes de différentes générations, ce qui rend très difficile la reconstitution de la chronologie des évènements, notamment dans les deux cents pages où Benjy et Quentin divaguent et extravaguent.

La lecture de ces deux chapitres est ardue, de nombreux passages paraissent incompréhensibles. A chaque fois, je me suis accroché, quitte à passer sur les zones d'ombres. Certaines se clarifient dans les deux derniers chapitres, plus accessibles, l'écriture perdant en magie poétique mais gagnant en lisibilité. Les événements s'y révèlent dans leur objectivité et leur brutalité. En relisant ensuite la première partie du livre, on comprend que ces évènements sont déjà évoqués, mais qu'ils ont été plus ou moins transformés, occultés ou embrouillés par leurs narrateurs selon leur propre ressenti. C'est ce qui les rendait inintelligibles lors de la première lecture.

Pour lire Le bruit et la fureur dans sa complétude et avec du plaisir, il est nécessaire de se faire aider. C'est comme dans une exposition : il n'est jamais inutile de se faire commenter les œuvres.... et pas seulement les contemporaines. C'est comme pour l'opéra : difficile d'apprécier la complexité et la cohérence du Ring de Wagner sans s'être fait expliquer la trame des péripéties et le principe des leitmotiv. Les éditions françaises du bruit et la fureur comportent une excellente préface. Il faut la lire avant de se lancer dans le roman et ne pas hésiter à y revenir par la suite ; cela fait partie du cursus d'initiation.

Mais quel intérêt de lire un roman dont on connait l'essentiel de l'histoire avant, objecteront certains ! Pas grave ; ce roman est un puzzle dont on connait l'image finale. Et l'on cherche à la reconstituer, fragment par fragment, en décodant l'expression très subjective, chaotique et elliptique des personnages auxquels Faulkner donne la parole.

L'histoire en elle-même importe peu. C'est la littérature et la poésie qui comptent.

TRES DIFFICILE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT

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Academy street, de Mary Costello

Publié le 14 Octobre 2015 par Alain Schmoll

Octobre 2015

On m'a clairement fait remarquer récemment que les femmes et les hommes n'avaient pas les mêmes lectures, tout sexisme mis à part. Loin de moi l'intention de généraliser mon avis de lecteur masculin, mais peut-être Academy street est-il un livre pour femmes...

C'est un roman affreusement triste... Je l'ai lu par un sublime week-end de septembre, ciel bleu, soleil éclatant ; quelle chance ! Je n'ose imaginer le spleen dans lequel mon esprit gémissant aurait sombré si je l'avais lu sous un ciel bas et lourd...

C'est l'histoire de la vie d'une femme, Tess, en Irlande puis à New York. Le livre s'ouvre par la mort et les obsèques de sa mère, quand elle a sept ans ; ça commence bien ! Je dois toutefois reconnaître que ces premières pages du roman, où l'auteur nous décrit les réactions d'une petite fille qui observe les événements sans en saisir pleinement la mesure, sont émouvantes et attendrissantes.

Pendant soixante ans, Tess, petite personne craintive, introvertie, soumise à la fatalité et à la religion, va passer de malheurs en désillusions, de deuils en trahisons. Ça m'a rappelé les romans préromantiques au programme du bac à mon époque, où héros et héroïnes contaient leurs mésaventures tragiques en les ponctuant d'expressions comme : ... Et je versai des torrents de larmes !

D'ailleurs, Tess, à un moment de sa vie, se réfugie dans la lecture. Cela lui permet de se sentir en empathie avec des personnages de romans, de trouver de l'espoir dans leurs destinées heureuses ou de se complaire dans le partage de leur malheur.

Et bien voilà un public pour ce livre ! Academy street est un roman pour ceux – pour celles (?) – qui, comme Tess, cherchent dans la lecture des occasions de verser des torrents de larmes.

FACILE     oo    J’AI AIME… UN PEU

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