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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Par-delà la pluie, de Victor del Arbol

Publié le 12 Décembre 2019 par Alain Schmoll in Littérature, critique littéraire, lecture, romans

Décembre 2019, 

J’avais été très séduit, il y a quatre ans, par Toutes les gouttes de l’océan (rebaptisé depuis, semble-t-il, Toutes les vagues de l’océan), œuvre de l’écrivain espagnol Victor del Arbol. Dans son dernier roman, Par-delà la pluie, je retrouve la même brutalité sordide dans les faits racontés et dans la façon de les raconter. Je retrouve le même ancrage du récit dans la mémoire tragique de l’Histoire, en l’occurrence celle de la dictature franquiste en Espagne dans les années quarante et cinquante.

 

Je retrouve aussi la même pluralité de personnages, de lieux et d’intrigues, dans laquelle je me suis senti un peu perdu au début, ne voyant pas ce qui les reliait. Mais l’incontestable cohérence de l’ensemble apparaît peu à peu, comme un puzzle à construire à l’aveugle, qui ne révèlerait son image finale qu’à la pose des dernières pièces.

 

On dit que Par-delà la pluie est un roman noir. Est-ce le cas ? L’auteur a conçu la partie de l’ouvrage située en Suède comme un polar, au demeurant très captivant, dont les chapitres s’intercalent avec ceux de la fiction principale en Espagne. Mais ces deux parties sont tellement différentes et indépendantes – au-delà de quelques liens – que je me demande si Victor del Arbol n’est pas prisonnier de l’image qu’on a de lui et qu’il a contribué à façonner, celle d’un auteur de roman noir.

 

N’est-ce pas en fait la problématique à laquelle sont soumis les personnages principaux du roman ?

 

A soixante-quinze ans, Miguel vit seul. Depuis sa jeunesse, il porte des lunettes d’écaille et une moustache à laquelle il apporte un soin maniaque : un masque à l’image de l’homme qu’il voudrait que l’on voie en lui. Il a mené une vie professionnelle et familiale on ne peut plus classique, régie par une vision très stricte de ce qu’il devait faire. Un parcours limpide dont il a longtemps pensé qu’il était réussi. Mais Miguel est désormais confronté à des difficultés qu’il ne sait pas résoudre et il ressent de surcroît les tous premiers effets d’un Alzheimer.

 

Encore belle à soixante-dix ans, Helena vit seule, elle aussi. Quand elle avait onze ans, sa mère s’est suicidée devant elle, après avoir cherché à l’entraîner dans la mort. Elle a mené depuis une vie compliquée et éprouvante, dont on ne connaîtra les tenants et aboutissants que vers la fin du livre, car elle les camoufle, en même temps que sa peur de l’avenir, derrière du persiflage et de l’extravagance : son masque à elle.

 

Les contraires s’attirent souvent, Helena et Miguel pourraient en attester. Pour sortir de leur faux-semblant, ils vont entreprendre ensemble ce que l’auteur nomme « un road movie symbolique ». (Ce n’est pas un hasard si les deux femmes qui ont le plus compté pour Helena s’appellent Thelma et Louise). Un voyage censé les amener d’Andalousie jusqu’en Suède. Un voyage semé d’écueils : préparez-vous à des rebondissements. Un voyage qui pourrait les aider à regarder en face leur passé, celui de leur père, celui de leur mère, et celui de leur pays.

 

Au travers des péripéties surprenantes imaginées par l’auteur, la narration aborde plusieurs questions de société actuelles, parmi lesquelles le problème des femmes battues par leur conjoint. Mais le sujet central du livre est la peur de vieillir, notre peur de vieillir. Elle ne serait pas notre peur de la mort, mais au contraire notre peur de la vie, faute de lui avoir donné un sens adapté à ce que nous sommes réellement, et non pas à ce que nous croyons vouloir être, empêtré dans une mémoire que nous n’assumons pas. Et il n’est jamais trop tard pour conjurer notre peur et vivre la vie comme elle vient.

 

Un livre qu’on ne lâche pas. De très belles pages, des passages émouvants. Mais aussi, parfois, des approximations dans l’expression. Peut-être un problème de traduction.

 

Par-delà la pluie !... « Par-delà les confins des sphères étoilées… », écrivait Baudelaire. Dans le dernier chapitre, libéré de sa peur de l’avion, Miguel sillonne pour la première fois l’immensité profonde, au-delà des souvenirs mouillés qui chargeaient de leur poids son existence brumeuse.

 

GLOBALEMENT SIMPLE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

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