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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le cénotaphe de Newton, de Dominique Pagnier

Publié le 20 Septembre 2017 par Alain Schmoll in Littérature

Septembre 2017,

C’est avec un peu d’appréhension que j’ai engagé la lecture de ce livre de six cents pages, dont le titre pourrait faire craindre un traité mystico-scientifique, et dont l’auteur, Dominique Pagnier, m’avait semblé plutôt devoir sa renommée à des textes poétiques qu’à des romans. Et pourtant, Le cénotaphe de Newton est une véritable fiction romanesque ancrée dans le monde réel.

 

Pas facile à lire pour autant ! Complexe, nébuleuse, mais fascinante, cette fiction romanesque met en scène un kaléidoscope étourdissant de personnages qui s’inscrivent dans une Histoire authentique, multidimensionnelle. A la verticale, prenant sa source au dix-huitième siècle, le livre se nourrit de temps forts : la révolution française, la révolution russe, la guerre d’Espagne, le nazisme et les camps, le communisme soviétique et d’autres camps, jusqu’au « Tournant » qui, pour les Allemands de l’Est, accompagne la chute du Mur. A l’horizontal, il part de la France et sillonne l’Europe Centrale de long en large, débordant même parfois ses frontières orientales, faisant étape dans des villes évocatrices, Berlin, Potsdam, Vienne, Moscou, Odessa, Samarcande... Et l’auteur nous embarque, sans logique d’ordre apparente, d’un lieu à l’autre, d’une époque à l’autre, d’un instant à l’autre, d’un monde à l’autre.

 

La fiction s’inspire du rêve d’un architecte du dix-huitième siècle qui voulut honorer le génie de Newton, le maître de la gravitation, par un projet utopique et démesuré, dont la géométrie aura influencé une généalogie d’architectes... De quoi alimenter la gnose de certains de mes amis !

 

Le narrateur, un enseignant français amateur de la culture, des paysages et des femmes germaniques, en quête d’un père disparu avec ses secrets, en vient à se passionner pour le parcours d’un Allemand, Manfred Arius, né et mort avec le vingtième siècle, issu d’une vieille famille prussienne d’architectes renommés. Un idéaliste fidèle aux idées communistes depuis la Révolution d’octobre, membre du Komintern, citoyen de la République Démocratique Allemande jusqu’à la réunification. Ses aînés auront signé des édifices à l’architecture théâtrale ; lui, c’est dans les décors de théâtre qu’une sorte de malédiction le confinera. Tous auront rêvé en vain de construire un jour le cénotaphe de Newton.

 

Une malédiction dans la lignée des Arius ? Le destin de Jeanette, fille que Manfred eut sur le tard, semble le prouver. Son comportement rebelle d’artiste punk constitua une menace pour le merveilleux socialisme est-allemand. Ce fut en tout cas la conviction d’un dénommé Götz, capitaine de la Stasi, l’abominable police politique nationale. Un homme étriqué, maniaque et malsain, auteur de milliers de fiches sur Manfred et Jeanette, enrichies par des cahiers tenus avec obsession bien après le démantèlement de la Stasi. L’ensemble, opportunément récupéré par le narrateur, lui aura servi de matière première pour l’élaboration de son roman, en complément des témoignages des proches des Arius.

 

Un livre constellé de symboles ; à chacun de les déceler et de les interpréter. Le cénotaphe : une forme de sphère, sinistre comme une prison vide ; ou une forme de ballon, léger comme une évasion ; ou encore une forme de bulle, éphémère comme une utopie qui finit par exploser – flop !... – pour avoir trop gonflé, tel un rêve dont l’intensité vous réveille en sursaut et dont le souvenir s’efface aussitôt pour laisser place aux réalités habituelles. Et tant mieux, car les architectures monumentales, gigantesques, oniriques sont souvent le fait des totalitarismes.

 

Comme tous les romans construits en puzzle, Le cénotaphe de Newton est un livre d’accès difficile, qu’il est intéressant de relire en le feuilletant après l’avoir fini, une fois qu’on en a vu toutes les pièces et qu’on en a alors compris la trame globale et la chronologie.

 

C’est l’œuvre d’un érudit, amateur d’arts éclairé, cohérent et clair dans sa pensée. L’écriture est magnifique, jamais grandiloquente, toujours simple, coulant de source, avec de temps à autre des tournures surannées, l’emploi de mots désuets ou inusités. Cela fait partie du charme de ce livre, qu’il est commode de lire sur liseuse, quand on en maîtrise les fonctionnalités.

 

TRES DIFFICILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

 

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