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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Miniaturiste, de Jessie Burton

Publié le 2 Juillet 2017 par Alain Schmoll in Littérature

Juillet 2017,

Fin du dix-septième siècle, Amsterdam est la capitale mondiale du commerce et de la finance. Au cœur de cette cité à l’apogée de sa puissance, où la population est mise en coupe réglée par un calvinisme puritain implacable, Jessie Burton, jeune néo-romancière britannique, place une fiction imaginative à la limite du fantastique... Et je ne jurerais pas que cette limite ne soit pas par instant franchie.

 

En ouverture du livre, une scène de conclusion funèbre préfigure l’opacité trouble des événements du récit. On pourrait pourtant croire à une histoire banale. Johannes Brandt, riche homme d’affaires d’âge mur, célibataire endurci ayant enfin décidé de prendre épouse, a jeté son dévolu sur une jeune fille issue d’une famille modeste de province. C’est ainsi que Petronella – Nella pour les intimes – s’installe dans la maison de sa nouvelle famille, au bord de l’Herengracht, le canal des Seigneurs. Une somptueuse demeure régentée avec autorité par Marin, la sœur de Johannes, une femme belle, imposante, sévère, restée elle aussi célibataire.

 

Nella ne voit jamais son mari. Jamais ! Les affaires de Johannes – qu’on qualifierait aujourd'hui d’import-export – semblent le contraindre à de nombreux voyages et, entre deux, lui imposer une charge de travail incessante, dans son bureau ou en réunion à la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, dont les bateaux sillonnent les mers par centaines.

 

Vois sur ces canaux / Dormir ces vaisseaux / Dont l’humeur est vagabonde ; / C’est pour assouvir / Ton moindre désir / Qu’ils viennent du bout du monde…

 

Dans la maison, Nella découvre une atmosphère étrange, pesante, étouffante. Frôlements de tentures, d’étoffes, de draperies. Bruissements ou craquements de matières riches, soie, velours, bois précieux. Propagation d’odeurs insistantes, les unes agréables, d'autres incommodantes.  

 

… Des meubles luisants / Polis par les ans / Décoreraient notre chambre ; / Les plus rares fleurs / Mêlant leurs odeurs / Aux vagues senteurs de l’ambre, / Les riches plafonds, / Les miroirs profonds, / La splendeur orientale, / Tout y parlerait / A l'âme en secret / Sa douce langue natale...

 

Dans la grande bourgeoisie amstellodamoise, Johannes et Marin tiennent le haut du pavé. Craints, respectés et admirés, ils cachent toutefois de lourds secrets, dont la révélation pourrait compromettre leur position. Car la stricte morale calviniste qui régit les âmes locales se veut un acte collectif de rédemption ne souffrant pas d’exception. Une sorte de contrat tacite avec Dieu : en échange de piété et de vertu, il garantirait la prospérité de la cité et la protègerait d’une montée des eaux qui la submergerait. Chacun surveille donc son voisin et n’hésite pas à dénoncer les comportements déviants.

 

A son arrivée à Amsterdam, Nella s’est vu offrir par Johannes un étrange cadeau ; une reproduction à échelle réduite de leur demeure. Une sorte de maison de poupée, un chef d'œuvre de miniaturisation, reconstituant fidèlement tous les aménagements intérieurs. A l'initiative de Nella – qui s’interroge sur le sens de ce cadeau –, s’ajoutent des figurines à l’image des personnages du roman. Figurines et personnages semblent inexplicablement assujettis. Quelle est la nature du mystérieux miniaturiste sollicité par Nella ? Témoin ou prophète, démiurge ou devin ?

 

En dépit de longueurs dans la narration et de lenteurs dans l’action, je suis resté accroché à la lecture de Miniaturiste. A la fin du livre, on ne sort pas de la confusion engendrée par des indices contradictoires et des discours fumeux. En fait, il faut accompagner l’auteure dans son voyage dans le temps, ne pas chercher à interpréter les choses en s’appuyant sur notre rationalité et notre bon sens d'aujourd'hui. Les lumières de Descartes et de Spinoza n’avaient pas encore rayonné sur les esprits, profondément cupides et bigots, qui s'accommodaient mieux des clair-obscur de Rembrandt, où pouvaient se dissoudre secrets et ambiguïtés.

 

Seule Nella semble capable de s’élever. Mais prisonnière de son temps, elle ne comprend pas tout. Est-ce un problème ? A la différence d’aujourd'hui, l’on savait à l’époque qu’on ne pouvait tout comprendre. On l’acceptait.

 

Etonnant de voir comme Amsterdam a évolué ! Que reste-t-il du moralisme étroit de l’ancienne oligarchie calviniste, dans l’Amsterdam chantée par Jacques Brel ou dans l’image libertaire et bobo affichée aujourd'hui par la cité ?

 

J’ai pensé que Baudelaire, lui aussi, avait vu Amsterdam : Là tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté… Pour la volupté, on repassera !...

 

DIFFICILE     ooo   J’AI AIME

 

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Commenter cet article

Daniele Baudier 11/07/2017 07:53

J'ai adoré. Ambiance particulière...

Alain Schmoll 12/07/2017 22:22

Bonsoir, j'ai découvert votre passion pour les miniatures. Logique que ce livre vous ait plu. Merci d'avoir jeté un coup d'œil sur mes chroniques et d'avoir chaque fois laissé un petit mot.

zazy 02/07/2017 21:37

Il fait l'unanimité sur la blogo