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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Cette nuit, je l'ai vue, de Drago Jancar

Publié le 3 Juillet 2016 par Alain Schmoll

Juillet 2016,

Au cœur de ce roman finement conçu et remarquablement charpenté, une femme, dont l’élégance, la générosité, la sensualité et l’indépendance d’esprit rayonnent sur son entourage et fascinent les hommes.

L’aura troublante de cette femme, Veronika, est omniprésente dans le livre. La parole est répartie entre cinq personnes ayant vécu à son contact ; un chapitre chacune. Le ton est à mi-chemin entre le monologue intérieur et la confession. Rêve ou hallucination, Veronika leur apparaît certaines nuits, longtemps après avoir disparu de leur vie... « Cette nuit, je l’ai vue !... »

Personnels et subjectifs, les témoignages de ces cinq narrateurs se complètent pour constituer l’esprit et le corps du roman. A défaut d’être totalement originale, c’est une construction littéraire diablement efficace. L’histoire est très captivante... Mais sombre, très sombre...

Avant d’évoquer l’intrigue, campons le décor...

La Slovénie. L’auteur, Drago Jančar, y est né. C’est un petit pays tranquille, aux confins de l’Italie et de l’Autriche. Une histoire partagée entre un héritage slave et une ancienne domination germanique. Des paysages riants et verdoyants de montagnes, de forêts, de lacs. Des traditions paysannes. Un culte national pour le cheval et l’équitation. Le Royaume de Yougoslavie... Mais ça, c’était avant !...

Seconde guerre mondiale. Le paradis devient enfer. De nombreux Slovènes germanophones s’accommodent de l’occupation allemande, certains rejoignent même les rangs nazis. En face, la résistance ; les partisans montent en puissance, soutenus par les Soviétiques. Violence des escarmouches, cruauté des représailles. La population observe avant de choisir : de quel côté le destin basculera-t-il ?... Et le gagnant est : la République Populaire de Yougoslavie !

Depuis le début de la guerre, Veronika est installée à la campagne, dans un manoir entouré d’un vaste et magnifique domaine appartenant à son mari, Léo, un riche industriel. Une sorte d’oasis de paix qu’ils s’efforcent de préserver. Elle monte à cheval, il gère ses affaires. Ils reçoivent des artistes, des notables de la capitale – dont certains portent l’uniforme militaire de la Wehrmachtschaft, une milice pro-allemande –, parfois aussi quelques officiers allemands. Cela n’empêche pas Veronika et Leo d’entretenir de bonnes relations avec la population locale, des familles de paysans, dont certains sont employés sur le domaine. Ils ne manquent jamais non plus d’apporter aide et bienveillance aux partisans. Qui pourrait dire du mal d’eux ?

Mais un jour de janvier 1944, Veronika et Leo quittent leur manoir et disparaissent. Qui sont ces gens qui les accompagnent ? En tout cas, nul n’a revu le couple. Sont-ils cachés quelque part, ou en fuite à l’étranger ? Sont-ils même encore en vie ?

Parmi les cinq narrateurs, un seul connaît vraiment la vérité, dans ses détails les plus affreux. C’est le dernier à s’exprimer, bien sûr. Les autres auraient bien voulu donner l’illusion d’un autre scénario possible ; mais y croyaient-ils vraiment eux-mêmes ?

Moi aussi, tout au long de ma lecture, j’avais redouté et pressenti le dénouement. Moi aussi, j’aurais aimé me tromper, car cette femme qui a fasciné les hommes qui l’ont approchée, elle m’a fasciné comme eux. J’avais espéré que l’auteur – un romancier ! –, aurait imaginé un rebondissement inattendu, pour parvenir à une happy end... Ou tout au moins, à une fin moins sordide que celle qu’il nous sert.

Un sentiment de malaise, qui s’accentue au fil des pages. La pire fin qui soit.

Dénonciation mensongère !... La jalousie, la frustration, la rancœur... La cruauté aveugle du combattant traqué... Les fantasmes complotistes des partis extrémistes... La sauvagerie ignominieuse des hommes en horde, protégée par la veulerie pitoyable des autres... Et même si le remord survient, il ne pèse pas lourd devant la lâcheté.

Un bon livre, doté d’une expressivité forte, qui m’a plu même s’il m’a dérangé.

  •  GLOBALEMENT SIMPLE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP
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