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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Purity, de Jonathan Franzen

Publié le 8 Juin 2016 par Alain Schmoll

Juin 2016

Voilà un très long roman, comportant les ingrédients qu’il faut pour en rendre la lecture tour à tour distrayante, intéressante, surprenante, amusante, oppressante, captivante... J’aime absolument !

Arrêtons là les qualificatifs et penchons-nous sur le titre : Purity ! Le mot anglais pour pureté ; conservé tel quel dans l’adaptation française du livre ! Un titre qui pourrait faire craindre un ouvrage engagé, militant, ennuyeux. Ce n’est pas le cas. Purity est le prénom véritable de l’héroïne du roman, celle qu’en fait, tout le monde appelle Pip. Comment peut-on s’appeler Purity ? Même aux Etats-Unis !... Sa mère n’avait pourtant pas choisi ce prénom par pur hasard...

Pip n’a eu comme famille que sa mère, une femme étrange, au caractère tourmenté, qui vit seule pauvrement dans un coin isolé de Californie, depuis qu’elle a quitté son mari, quelque temps après la naissance de sa fille, précise-t-elle. Un homme à fuir absolument et définitivement, proclame-t-elle lorsque Pip l’interroge.

Pip a vingt-trois ans. C’est une jeune femme tout à fait charmante. Ouverte, libre, franche, généreuse. Intelligente mais naïve. Séduisante malgré un manque de confiance en elle. Depuis la fin de ses études universitaires, elle travaille, un job ni passionnant, ni rémunérateur. Les temps sont durs pour les jeunes d’aujourd’hui, notamment pour Pip, qui avait souscrit un prêt étudiant de cent trente mille dollars qu’il lui faut désormais rembourser. Elle s’est mise en tête que la seule personne qui pourrait l’aider à se libérer de cette dette est son père, qu’elle veut retrouver, alors qu’elle ne l’a jamais vu et qu’elle ne connaît même pas son nom... Telle est sa quête !... Bien des choses auront changé pour elle à la fin du livre.

Le deuxième chapitre nous ramène vingt-cinq ans en arrière, à Berlin-Est, peu de temps avant la chute du Mur. Andreas Wolf est un jeune homme au physique avantageux, consommateur de jolies filles et d’images pornographiques. Bien que fils unique d’apparatchiks très privilégiés d’une « démocratie populaire » à bout de souffle, il joue de son charisme pour se poser en contempteur d’un régime qu’il juge fondé sur une hypocrisie ridicule et terrifiante.

Rebelle dans l’âme, porté par un ego démesuré, Andreas deviendra plus tard un lanceur d’alerte célèbre et hors-la-loi, à la manière d’un Julian Assange ou d’un Edward Snowden. Réfugié en Bolivie dans un coin de montagne paradisiaque où il est assisté de groupies aussi belles que dévouées, il entretient sa légende et pilote une cyberorganisation très efficace, le Sunlight Project. Très intelligent, opportuniste et manipulateur, il restera toutefois marqué par un péché originel, un acte criminel dont il redoute la découverte, ce qui le rend paranoïaque par instant. Une paranoïa qui menacera de s’aggraver et de l’engloutir... Entre temps, pourra-t-il aider Pip à retrouver son père ?

Deux autres personnages émergent dans l’intrigue. Tom, un patron de presse d’investigation, sérieux et ambitieux ; un type bien, dont la vie privée n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Et Anabel, la fille d’un industriel multimilliardaire, une femme belle et brillante, mais psychotique, délirante, destructrice et autodestructrice.

Tous ces personnages partagent une particularité : une forme d’exigence envers soi-même, chacun à sa manière ; la détermination – dangereuse ou velléitaire – de respecter scrupuleusement des convictions de base, comme s’il s’agissait de se convaincre de sa pureté personnelle. Mais défendent-ils un idéal ou l’image qu’ils veulent avoir d’eux-mêmes ?

L’intrigue est complexe et l’auteur n’en dévoile les nœuds qu’avec parcimonie, pièce par pièce, comme un puzzle, au fil de sept chapitres non chronologiques, dans lesquels je me suis laissé promener de façon très plaisante sans toujours savoir très bien vers quoi on me menait : tantôt à méditer sur la morale du journalisme d’investigation et du lancement d’alerte ; tantôt à réfléchir sur les limites de la démocratie ; tantôt encore à épier les intermittences du désir entre une jeune femme et un homme ayant l’âge d’être son père ; parfois juste à observer Pip s’enchanter de la richesse des odeurs tropicales dans les vallées boliviennes...  Et aussi à suivre les remous d’une histoire d’amour et de folie ; un amour fou, hors de toute limite de temps et d’exigence – de pureté, notamment –, et qui déferle en haine, en envie de faire mal, de détruire, de se détruire.

Tout cela a-t-il un sens ? Soudain, dans un dialogue, à mi-parcours du livre, une lueur. Est-ce une piste, un fil conducteur ? Viendront finalement des révélations surprenantes ; des circonstances pouvant apparaître comme des hasards n’en sont pas... L’histoire s’achève dans une atmosphère de paix, de bonheur possible. Ou presque, mais tant pis pour ceux qui s’en excluent. Et quel dommage pour le lecteur que ce soit la fin de ce roman magistral. 

  •  DIFFICILE     ooooo   J’AI AIME PASSIONNEMENT
Commenter cet article

Claudith 09/06/2016 08:19

Merci 1000 fois, j'hesitais et maintenant je le lirais.
Par contre j'ai du mal avec Boussole, je le lis a petites doses.
J'ai aime Le Livre des Baltimore parce que c'est une saga familiale qui me parle avec ses secrets et intrigues. ... et queJoel Dickersl la mene bien.

Alain Schmoll 09/06/2016 23:06

Merci pour votre message.
Bonne lecture de Purity.
Il n'y a pas d'inconvénient à lire Boussole de façon discontinue