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ça va mieux en l'écrivant !...

... ENCORE FAUT-IL LE LIRE AVANT !

Le chardonneret, de Donna Tartt

Publié le 17 Novembre 2015 par Alain Schmoll

Novembre 2015

Attentat à la bombe au Metropolitan Muséum de New York. Théo Decker, 13 ans, en sort miraculeusement indemne, un petit tableau au fond de sa sacoche. Sa mère, qu'il idolâtre et avec qui il vit seul, fait partie des victimes. C'est le point de départ de ce très long roman de Donna Tartt, qui lui a valu un prix Pulitzer en 2014.

Le petit tableau, c'est Le chardonneret, chef d'œuvre hollandais du 17ème siècle. Théo va le cacher pendant des années. C'est son secret ; il n'a aucune idée de ce qu'il peut faire d'une œuvre d'art aussi connue et a pleinement conscience du risque pénal qu'il court en la conservant.

Théo ne se remettra jamais de la disparition de sa mère. Il se construit pourtant. D'abord recueilli par une riche famille new-yorkaise, il part pour Las Vegas, réclamé par son père qui y a refait sa vie. Là-bas, il se lie d'amitié avec Boris, un garçon d'origine russe quelque peu marginal. Livrés à eux-mêmes, tous deux partent à la dérive : boissons, paradis artificiels, larcins... Après un nouvel événement brutal et grave, Théo retourne à New York ; il s'installe chez Hobie, un artisan d'un certain âge, mi-antiquaire, mi-restaurateur de mobilier ancien, qui devient son père spirituel.

Des années plus tard, Hobie et Théo sont associés, leur business d'antiquaire est florissant. Théo fait son chemin dans la haute société new-yorkaise. Un beau mariage est en vue... Mais Boris retrouve Théo. Fin des apparences en trompe-l'œil. Boris évolue au sein d'un réseau international de narco-trafiquants. Théo, derrière son apparence de gendre idéal, est resté accro aux drogues et la prospérité de son activité d'antiquaires repose sur des pratiques malhonnêtes. Le tableau du chardonneret, lui-même, n'est pas forcément où l'on croit !

L'histoire se dénouera au cours de trois effroyables journées à Amsterdam. Négociations en anglais, en néerlandais, en russe ; chantage, menace, bluff... Affrontements armés entre bandes rivales. Dans l'esprit de Théo altéré par l'alcool et la drogue, euphorie, incompréhension, désespoir se succèdent de façon décousue, avant que Boris n'apporte une solution inattendue, satisfaisante pour chacun et pour la morale.

Donna Tartt a mis 10 ans à écrire ce livre. C'est sa marque de fabrique, Le maître des illusions lui avait pris autant de temps ! L'architecture et l'écriture du roman sont donc particulièrement élaborées.

C'est Théo lui-même qui raconte toute l'histoire, telle qu'il la comprend et la ressent sur l'instant, avec quelques omissions, volontaires ou involontaires, comme cela arrive à quiconque raconte sa vie. Le lecteur est ainsi au cœur même du vécu de Théo. J'ai ressenti une forme d'empathie paternelle – peut-être due à mon âge ! – pour le personnage. Je partageais ses souffrances et ses angoisses, je me réjouissais de ses succès, je me crispais lorsqu'il partait sur de mauvaises pentes, j'étais saisi en même temps que lui par les imprévus, je brûlais de le conseiller lorsqu'il s'interrogeait... Et  lorsque Théo était défoncé, quand ce qu'il racontait n'était plus clair parce qu'il n'était plus en état de saisir la subtilité des choses, j'avais le sentiment d'avoir moi aussi l'esprit embrumé ; la lecture était devenue ardue, surtout lors des très longs commentaires tortueux de Boris, sans ponctuation, dans son anglais parlé imparfait – bien reproduit dans l'adaptation française. Très beau travail d'écriture !

Autre particularité de l'ouvrage, la description fouillée, détaillée, parfois répétitive du décor de chaque scène : le paysage, la rue, les intérieurs, objets, couleurs, odeurs... Même chose pour les dialogues, interrompues par des soliloques de Théo, réflexions, souvenirs, associations d'idées ; inclusion de silences, d'hésitations, de bredouillements, de coq-à-l'âne sans intérêt. C'est comme si l'auteur avait voulu ralentir la lecture, pour que le lecteur perçoive les scènes en temps réel.

Un grand livre qui se lit globalement avec plaisir tout en exigeant un minimum de persévérance. J'ai aussi envie d'y voir un hymne à l'amitié et à la fidélité.

DIFFICILE     oooo   J’AI AIME BEAUCOUP

Commenter cet article

soloia 10/03/2016 15:24

Je lis ton commentaire du chardonneret après avoir admiré ta critique de "la femme qui avait perdu son âme"... Le chardonneret, c'est long, et finalement un peu simpliste, construction linéaire, fin politiquement correcte. Oui il y a quelques moments où on s'emballe dans des situations et sensations euphoriques et décousues (à Las Vegas) mais globalement, c'est long, c'est long, pourquoi tant délayer, finalement qu'en reste-t-il? le traumatisme du héros, la lumière aveuglante de Las Vegas et les délires drogués, la surprise finale du tableau volé, mais surtout, surtout, ce qui sauve le bouquin, ce sont les 20 dernières pages du roman, quand à bout d'ennui (même si ça se lit vraiment facile, et même avec du plaisir, mais ce style faible et délayé, bref, n'y revenons pas), on trouve enfin ces pages vraiment très belles sur le sens de la vie et de l'art... tout ça pour ça... mais peut-être que ça en valait le coup

Alain Schmoll 12/03/2016 08:31

Merci pour ce message.
Pour ma part, j'aime bien les romans longs, parce qu'un roman, à la différence d'un essai, et même d'une biographie ou d'un récit historique, c'est essentiellement une atmosphère ; et quand je me plais dans une atmosphère, j'apprécie que cela dure un certain temps.
J'éprouve même une forme de frustration quand le livre s'achève.
Je comprends bien toutefois ce que tu veux dire.